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Visé par des propos haineux après avoir défendu Samuel Paty, un prof placé sous escorte policière

Didier Lemaire est professeur de philosophie à Trappes. Il a témoigné dimanche soir sur BFMTV car sa sécurité est mise en péril depuis la publication d'une lettre ouverte dans la presse, peu après la mort de Samuel Paty. Il est aujourd'hui accompagné d'une escorte policière pour entrer et sortir de son établissement.

Didier Lemaire enseigne la philosophie depuis vingt ans à Trappes, dans les Yvelines. Une ville où il n'est, désormais, plus en sécurité. La police l'escorte à présent à son entrée à sa sortie du lycée où il officie. "Aujourd’hui, je suis accompagné au lycée par des policiers armés qui suivent mon véhicule", a-t-il expliqué à BFMTV, ajoutant: "Je sais que le lycée est également protégé, parfois de façon visible parfois de façon invisible".

C'est la réception de sa lettre ouverte, publiée dans L'Obs quinze jours après l'assassinat de Samuel Paty par un terroriste islamiste le 16 octobre dernier, qui est à l'origine de ce dispositif. Car le texte lui vaut aujourd'hui d'être l'objet de propos hostiles, voire malveillants.

"Mes élèves m'ont demandé pourquoi j'avais écrit 'contre eux'"

Dans cette publication intitulée Comment pallier l'absence de stratégie de l'Etat pour vaincre l'islamisme?, il avait notamment écrit: "Professeur de philosophie à Trappes depuis vingt ans, j’ai été témoin de la progression d’une emprise communautaire toujours plus forte sur les consciences et sur les corps."

Sur le plateau de BFMTV dimanche soir, Didier Lemaire a évoqué la défiance d'abord soulevée par ses mots:

"Après l’assassinat de Samuel Paty, la ville de Trappes était en ébullition. Une partie de mes élèves, du corps enseignant, du personnel du lycée n’a pas toujours bien compris cette lettre. Je suis passé pour quelqu’un de haineux, raciste".

"En classe, certains de mes élèves – une classe entière - m’ont demandé à la rentrée pourquoi j’avais écrit une lettre 'contre eux'. Je leur ai expliqué que c’était pour eux et non contre eux", a-t-il poursuivi. Dans sa lettre ouverte, il écrivait ainsi:

"Il y a actuellement à Trappes 400 fichés S de catégorie 'radicalisation' qui se promènent librement, sans compter les fichés pour terrorisme. Et nos élèves vivent dans une situation schizophrénique où le conflit de loyauté devient pour eux inextricable".

"Séparatisme" à Trappes

Dimanche, sur notre plateau, Didier Lemaire a d'ailleurs dénoncé l'atmosphère régnant à Trappes. Il en a livré cette description, évoquant un "séparatisme" dorénavant "installé" dans la commune:

"À Trappes, il n’y a plus de coiffeur mixte. Les femmes maghrébines ne peuvent plus entrer dans des cafés. Il s’exerce une pression très forte sur les femmes, par le voile. (...) La synagogue a brûlé, les juifs sont partis. Puis ça a été l’exode d’autres populations. Et maintenant, ce sont les musulmans modérés et les athées qui s’en vont."

Une lettre à Emmanuel Macron en 2018

C'est sur Internet que les colères se sont déchaînées contre son texte paru dans L'Obs.

"Sur les réseaux sociaux, il y a eu une ébullition. Moi je ne suis pas sur les réseaux sociaux, donc aucun ne m’a été adressé personnellement. C’est le commandant de police qui m’a prévenu, il m’a dit que des propos haineux circulaient, je ne sais pas s’il y a des menaces de mort contre ma personne, mais on m'a accusé d'être raciste, islamophobe, d'extrême droite. Ce sont des menaces de mort indirectes par ces calomnies", a développé l'enseignant qui a souligné le soutien sans faille que lui a apporté le proviseur de son lycée.

Engagé depuis plusieurs années contre l'islamisme, Didier Lemaire avait déjà envoyé une lettre au président de la République en 2018. Il y assurait notamment: "De nombreux jeunes Français, musulmans ou non-musulmans, partagent aujourd’hui des valeurs anti-démocratiques, anti-républicaines."

Didier Lemaire souhaite à présent être muté et être affecté à un poste plus discret. Il en a formulé la requête à l'Éducation nationale.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV