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Vincent Peillon lance sa "charte de la laïcité" déjà critiquée

Vincent Peillon, ministre de l'Education nationale.

Vincent Peillon, ministre de l'Education nationale. - -

Le ministre de l'Education dévoile officiellement ce lundi le document qui rappelle, dans chaque école, que l'enseignement est laïque. Mais elle est loin de régler tous les problèmes liés à la pratique d'une religion parfois très prégnante dans la vie des enfants.

Elle sera affichée dans toutes les écoles. Le ministre de l'Education nationale Vincent Peillon dévoile officiellement sa "charte de la laïcité" ce lundi dans un lycée de La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne) en présence du président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, ou encore de l'ancien garde des Sceaux Robert Badinter.

La "vocation" de la charte est "non seulement de rappeler les règles qui nous permettent de vivre ensemble dans l'espace scolaire mais surtout d'aider chacun à comprendre le sens de ces règles, à se les approprier et à les respecter", explique le ministre dans un courrier aux chefs d'établissement.

Mais avant même sa mise en place, la charte cristallise les critiques. Notamment parcequ'elle énonce des principes sans régler certaines questions pratiques.

> Qu'est-ce que cette charte?

La charte est un texte de 15 articles que les directeurs d'établissements devront afficher dans les jours qui viennent dans un lieu "visible de tous" et présenter lors des réunions de rentrée avec les parents. Il est souhaitable que son affichage "revête un caractère solennel", ajoute le ministère dans une circulaire.

• Enseigner les valeurs de la République

"L'école doit enseigner les valeurs de la République". Pour lui, si ces valeurs ne sont pas expliquées et leur histoire rappelée, "il ne faut pas s'étonner après qu'elles soient méconnues. (…) Trop de gens ont une représentation erronée de la laïcité", analyse le ministre.

• Devoir de neutralité et interdiction des signes ostentatoires

Plus concrètement, la charte rappelle quelques règles déjà écrites: "les personnels ont un strict devoir de neutralité", le port de signes religieux ostentatoires est interdit, nul ne peut invoquer ses croyances pour refuser de se plier au règlement intérieur.

• Neutralité des programmes

Elle en ajoute une: "aucun élève ne peut invoquer une conviction religieuse ou politique pour contester à un enseignant le droit de traiter une question au programme". Cette disposition est susceptible de mettre un point final aux polémiques qui peuvent jaillir dans certains collèges et lycées autour des cours de biologie abordant la reproduction ou la théorie de l'évolution, ou en histoire sur la naissance des religions ou la Shoah.

> La loi de 2004 n'était-elle pas suffisante?

"Nul n’est censé ignorer la loi, c’est le principe républicain. Encore faut-il faire connaître la loi!", a rappelé Vincent Peillon dans Le Journal du Dimanche ce week-end. La loi de 2004 d'interdiction des signes réligieux ostentatoires marquait déjà une première ligne de défense de la laïcité, notamment face aux ports du voile à l'école par certaines jeunes filles.

Mais le ministre de l'Education insiste. Il préfère "convaincre que contraindre": il est "nécessaire" selon lui "de rappeler dans la charte que le port de tous les signes ostentatoires manifestant une appartenance religieuse est interdit".

Vincent Peillon voit cette charte comme "ferme et intransigeante sur les principes" pour justement, par l'imposition de cadre stricte, éviter d'en arriver à des situations d'exclusion qui sont "toujours un échec".

> Avant même son affichage, des critiques?

Pour beaucoup, la première critique formulée à l'encontre de cette charte est qu'elle forme des principes généraux qui ne réglent nullement certains problèmes pratiques.

• Des questions pratiques éludées

Mais Valérie Marty de la fédération de parents d'élèves Peep déplore que la charte fasse l'impasse sur d'autres sujets épineux, notamment autour "du sapin de Noël ou de la cantine". Parfois, "il y a un scandale parce qu'il y a du poisson à la cantine le vendredi", dit-elle. Même regret pour Jean-Pierre Obin, inspecteur général honoraire de l'Education nationale. Pourtant, "le droit existe sur ces questions" et il aurait pu être rappelé dans la charte, note-t-il.

• Entrave à la liberté?

"S'ils la perçoivent comme liberticide, c'est bien que le contresens est total", fait remarquer dans Le Monde Benjamin Marol, membre du SNES-FSU, enseignant d'histoire-géographie à Montreuil en Seine-Saint-Denis. Après un rapide sondage de colégiens, l'enseignant conclut que les élèves voient la charte comme un texte les "empêchant d'exprimer leurs croyances". Selon, lui beaucoup de travail reste donc à faire. "Mais encore faut-il que l'enseignant soit formé pour s'en emparer", fait-il remarquer.

• Une valeur surtout symbolique

"La charte est davantage de l'ordre du symbolique qu'un outil pratique", relativise Philippe Portier, directeur du groupe société, religion et laïcité au CNRS. Elle vise à "redonner du sens à des établissements qui ont été longtemps considérés comme des lieux de consommation scolaire", estime-t-il "Le propre de Vincent Peillon est de dire que l'école est le lieu où va se former l'adulte de demain." "Cette charte s'inscrit dans un projet global du ministre. D'une certaine manière, c'est sa valeur ajoutée cette histoire de laïcité", ajoute-t-i. D'ailleurs, dès 2015, des cours de "morale laïque" seront introduits du primaire au lycée.

> Un regard critique voire inquiet des autorités religieuses

"Je perçois aussi dans ce texte un regard oblique sur l’islam, notamment le passage sur l’interdiction du port de signes ou de vêtements", expliquait ce dimanche au JDD, Dalil Boubakeur, président du Conseil français du Culte musulman, qui appelait en même temps à respecter cette charte.

Pour Dalil Boubakeur, "on voit très bien à qui il [le texte de la charte] s’adresse, je crains – comme c’était le cas pour la loi de 2004 de voir les musulmans de France stigmatisés dans leur ensemble et que cette interdiction ne soit perçue comme trop brutale".

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D. N. avec AFP avec C.Costes et J.Migaud-Muller