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Prérequis à l'entrée de l'université: qu'est-ce que cela implique?

Cours de droit dans un amphithéâtre de l'université Lyon III

Cours de droit dans un amphithéâtre de l'université Lyon III - FRED DUFOUR / AFP

L'instauration de pré-requis pour entrer à l'université pourrait aboutir à la prise en compte des notes obtenues en terminale et au baccalauréat.

Inscrite dans le programme de campagne d’Emmanuel Macron, l’instauration de prérequis pour l’entrée des bacheliers à l’université a été confirmée mardi par le Premier ministre lors de son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale. Edouard Philippe a en effet défendu cet engagement du président censé "enrayer la sélection par l’échec".

Cette réforme de l’université viendra remplacer la sélection par tirage au sort, qualifiée de "scandale absolu" par le Premier ministre. Une méthode mise en place pour faire face à la saturation de certaines formations, et à un taux d’abandon et d’échec spectaculaire des étudiants dès les premières années de leur cursus universitaire.

"Une plus grande cohérence entre le lycée et l'université"

Dès la rentrée 2018, Edouard Philippe entend ainsi mettre en place des "contrats de réussite étudiante" qui indiqueront aux futurs bacheliers "les prérequis pour réussir dans la filière visée". Une initiative qui permettra d’instaurer "une plus grande cohérence entre le parcours du secondaire et du supérieur", selon Paul Cassia, professeur de droit à l'université Paris 1 et auteur du livre Sélectionner à l’entrée de l'université. Oui, mais comment ?, publié en juin 2017 aux éditions LGDJ.

"La sélection aléatoire est une sélection très injuste", estime-t-il. "Le devenir universitaire d'un bachelier ne peut pas être le fruit du hasard mais doit découler de son mérite et de sa motivation", explique le professeur. "L'instauration de pré-requis permettra de créer une passerelle entre le secondaire et les études universitaires", ajoute-t-il.

Paul Cassia préconise, avant toute chose, de prendre en compte les résultats du baccalauréat lors de l'inscription à l'université. "Un critère de motivation pour les futurs étudiants" au moment de passer leur diplôme, et "un moyen de revaloriser l'université" en réduisant le taux d'échec et en limitant les abandons quasi-immédiats des étudiants en première année, estime-t-il.

"Le bac doit rester le ticket d'entrée pour l'université"

Pour Paul Cassia, nul besoin de créer un nouvel examen à l'entrée de l'université pour s'assurer du niveau des élèves. "Le baccalauréat doit rester le ticket d'entrée pour l'université", estime le professeur qui suggère que les prérequis doivent également consister à analyser les notes obtenues par l'étudiant au cours de son cursus en première et en terminale, notamment dans les matières correspondant au parcours universitaire qu'il choisit. Par exemple: ses notes dans les matières scientifiques pour une inscription en première année de médecine.

Pour ce professeur de droit, les prérequis permettraient de rentrer "dans un cercle vertueux avec une plus grande réussite des étudiants, moins de redoublements et donc plus de places pour les élèves entrant en première année". A une seule condition: que les prérequis soient uniformisés sur tout le territoire, dans toutes les universités. "Pour une même formation, il faut que les critères soient les mêmes partout pour ne pas accentuer la hiérarchie entre les établissements", prévient-il.

Créer une "année de sas"

Et pour les étudiants qui ne seraient pas admis dans la formation à laquelle ils prétendaient, Paul Cassia recommande de créer une "année de sas": une année de transition comportant des enseignements généralistes et dont la réussite conditionnerait l’accès en licence l’année suivante.

"La sélection sur pré-requis permettrait ainsi de revaloriser l’université sans porter atteinte au droit des bacheliers d'accéder à une formation dans l’enseignement supérieur", conclut-il.

Mélanie Rostagnat