BFMTV

La sélection à l'université bientôt expérimentée?

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - AFP

Comme l'avait annoncé Emmanuel Macron dans son programme, la nouvelle ministre de l'Enseignement supérieur souhaite expérimenter les prérequis pour l'entrée à l'université. Les associations étudiantes craignent la mise en place d'une sélection à l'entrée.

C'était une des promesses du candidat Emmanuel Macron durant sa campagne. Le nouveau président de la République souhaite que les futurs étudiants aient des "prérequis" afin d'entrer à l'université pour "enrayer l'échec" scolaire. "Chaque université affichera les prérequis de chacune des formations qu'elle propose", annonçait Emmanuel Macron dans son programme présidentiel.

"Par exemple, pour une licence en sciences, ces prérequis pourront être des acquis minimaux en mathématiques, en sciences physiques ou en sciences de la vie et de la Terre, détaillait-il. Un lycéen ne disposant pas de ces prérequis pourra s'inscrire après avoir comblé ses lacunes, par des cours d'été ou par la validation de modules universitaires. Un 'contrat de réussite' sera établi entre chaque étudiant et son établissement."

"J'aime bien expérimenter les choses à petite échelle"

Ce qu'a confirmé la semaine dernière la nouvelle ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. "C'est possible", a déclaré Frédérique Vidal lors de la passation de pouvoir avec Thierry Mandon, que l'expérimentation soit "l'une des méthodes" pour mettre en place les prérequis.

"J'aime bien expérimenter les choses à petite échelle parce que cela permet de maîtriser les risques, de voir ce qui peut être amélioré et de retrouver le goût du risque et redonner l'envie d'essayer (...) Envoyer des étudiants sans avoir vérifié s'ils sont en capacité de réussir, c'est les mettre dans une situation d'échec. On va changer de logique et sortir de l'échec pour aller vers l'accompagnement de la réussite."

"Personne n'a la solution, il vaut mieux expérimenter"

C'est également ce que propose la Conférence des présidents d'université (CPU). Mais tout le problème repose sur la définition de ces fameux prérequis, qui ne font pas l'unanimité. Le mot "n'a pas de définition juridique et le Conseil d'État a déjà écarté cette notion", a précisé aux Échos Emmanuel Roux, président de l'Université de Nîmes et de la commission juridique de la CPU. Son président, Gilles Roussel, préfère même évoquer des "objectifs" aux prérequis. Il souhaite que "l'État fixe des objectifs aux établissements -accueillir un nombre donné d'étudiants ou des étudiants de tel territoire, par exemple- et leur laisse une liberté d'expérimentation, évaluée à l'issue de celle-ci".

"Aujourd'hui, personne n'a la solution, donc il vaut mieux expérimenter. Que chacun essaie, qu'on voie ce qui marche ou pas et ensuite, éventuellement, on généralise. Cela peut se mettre en place pour la rentrée 2018, sans changer le cadre juridique actuel."

"Une sélection qui ne dit pas son nom"

Les organisations étudiantes sont quant à elle inquiètes. "On a toujours été favorables aux expérimentations, indique pour Les Échos Jimmy Losfeld, président de la Fage. Mais si c'est pour expérimenter une forme de sélection et exclure des jeunes du système de l'enseignement supérieur, on s'y opposera." Mêmes craintes pour l'Unef, "sceptique sur l'expérimentation des prérequis". Lilâ Le Bas, sa présidente, craint "une sélection qui ne dit pas son nom".

Ils étaient plus de 2,5 millions d'étudiants à poursuivre des études supérieures en 2016. Un chiffre en constante hausse depuis 2008. Une augmentation du nombre d'élèves qui pose problème: amphithéâtres bondés, tirage au sort pour accéder à certaines licences -auquel est opposé Emmanuel Macron- engorgement au niveau du master. Avec pour conséquence de nombreux étudiants qui, après quatre ans d'étude, se retrouvent sans débouché pour obtenir leur diplôme. La sélection à l'entrée de l'université n'est pas nouvelle, elle avait déjà été envisagée sous le quinquennat de François Hollande et autorisée au niveau du master 2 pour un millier de formations.
Céline Hussonnois-Alaya