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Orthographe: la twictée à la rescousse des élèves de CM1 et CM2

Des élèves de CM2 écrivent une dictée en juin 2007 sous le préau de l'école primaire du Puits Picard, à Caen (photo d'illustration)

Des élèves de CM2 écrivent une dictée en juin 2007 sous le préau de l'école primaire du Puits Picard, à Caen (photo d'illustration) - Michèle Daniau-AFP

Des écoliers écrivent de courtes phrases dictées par leur enseignant et les envoient via Twitter à des élèves d'une autre classe. Ces derniers les corrigent et leur font part de leurs remarques en retour. La twictée fait son entrée à l'école.

De quoi réconcilier les élèves avec l'orthographe? Dans plusieurs écoles de France, les enseignants exercent leurs élèves à la dictée sur Twitter. Les classes ont ainsi leur propre compte sur le réseau social et s'échangent exercices et corrections.

Pour chaque faute, un rappel d'une règle

Concrètement, les enseignants se mettent d'accord sur huit phrases à dicter, leur classe étant divisée en huit groupes. Chaque élève rédige individuellement sa dictée. Puis, en groupe, les enfants se mettent d'accord sur l'écriture d'une phrase qui est envoyée à la classe partenaire.

Dans cette seconde classe, de petits groupes d'élèves se concertent pour rédiger une brève correction qui est ensuite envoyée à la première classe. Pour chaque faute, un rappel d'une règle de grammaire, de conjugaison ou d'orthographe est formulée.

"L'orthographe prend un sens important"

En Seine-et-Marne, des élèves de CM2 du groupe scolaire Pierre-et-Marie-Curie de Roissy-en-Brie, dans le nord de ce département francilien, reçoivent sur le réseau social une courte dictée réalisée par des enfants de CM1 de l'école André-Fenez du Mée-sur-Seine, à côté de Melun. Et doivent eux-mêmes la corriger.

"C'est la communication qui change tout, le fait de travailler avec d'autres classes, d'ouvrir les portes virtuellement", a confié à France inter Yannick Choulet, enseignant et directeur de cette école de Roissy-en-Brie. "On travaille avec une classe à Melun mais ça peut être au fin fond du Canada, dans la Creuse, n'importe où. L'orthographe prend un sens important (...) Il faut communiquer sans erreur, ça donne l'envie de bien faire."

Le système fonctionne dans les deux sens: les élèves du Mée-sur-Seine reçoivent eux-aussi des corrections de leurs dictées via le réseau social.

"Savoir que d'autres classes participent à la twictée ça fait du bien, on ne se sent pas seul", a témoigné un enfant pour RTL. "J'aime bien les twictées, car on aide les autres élèves", a commenté Burhanuddin pour 20 minutes. "Moi je préfère les twictées aux dictées normales car j'aime bien travailler en groupe", a ajouté Aline.

"Cela rend la dictée ludique"

La twictée s'adresse à tous les niveaux, du CP au CM2, et jusqu'au collège. "Ce qu'on fait en classe a du sens", assure à BFMTV.com Bruno Mallet, enseignant de CM1 au Mée-sur-Seine. Il fait partie des tous premiers à avoir adopté la twictée, qui selon lui dédramatise l'apprentissage des règles de français.

"C'est une évaluation positive, on ne met pas forcément de note. Cela rend la dictée ludique. Les enfants ont moins peur de se tromper car ils sont corrigés par des copains. Ils jouent au maître et à la maîtresse."

La twictée a fait son entrée dans l'école élémentaire de Roissy-en-Brie il y a un peu plus de deux ans. Et selon Yannick Choulet, c'est un outil supplémentaire pour les élèves alors que le ministre de l'Éducation nationale a annoncé que les écoliers auraient désormais une dictée par jour au menu de leur programme scolaire. "Ça permet de mémoriser, de reformuler, de ne pas que réciter", a-t-il précisé à RTL.

La twictée fait-elle progresser les élèves?

Une équipe de chercheurs, dans le cadre du projet E-Fran, va évaluer l'efficacité de ces séances de TAO (twictée pour apprendre l'orthographe). "Cela va permettre de savoir dans quelles conditions la twictée permet aux élèves de progresser. Et nous allons aussi analyser comment les pratiques des enseignants twicronautes favorisent leur développement professionnel", a expliqué à 20 minutes Thierry Pagnier, maître de conférences à l'école supérieure du professorat et de l'éducation (ESPE) de Créteil.

Pour Bruno Mallet, qui a adopté la twictée il y a cinq ans, cet outil est loin d'être gadget. "Le but, c'est qu'ils fassent de moins en moins d'erreurs et ça marche. Un de mes élèves m'a récemment dit que les dictées étaient de plus en plus faciles. En réalité, les enfants ont cette impression parce qu'ils progressent." Un nouvel épisode de twictée sera lancé le 22 janvier pour une durée de trois semaines.

Selon lui, près d'un millier d'enseignants, et autant de classes, de nombreuses académies de France et de toute la francophonie ont franchi le pas.

Céline Hussonnois-Alaya