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La tension monte dans les universités françaises

L'université de Toulouse le 22 mars 2018.

L'université de Toulouse le 22 mars 2018. - Pascal Pavani - AFP

Les incidents et les blocages ont pris de l'ampleur cette semaine dans les universités, après les violences contre des étudiants à Montpellier.

Tensions dans les facs françaises. Vendredi, elles sont 12 à être bloquées. Dénominateur commun aux établissements en grève: la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE), promulguée le 8 mars, qui définit des "attendus" pour chaque filière.

> Des facs bloquées dans toute la France

A Toulouse, des sites de l'université Jean-Jaurès (sciences humaines) sont bloqués depuis plusieurs semaines. Le campus de la Victoire, dans le centre de Bordeaux, est bloqué depuis mi-mars. La faculté de lettres de Nancy est également bloquée contre la loi ORE. Même chose pour l'université Paul-Valéry (Humanités) de Montpellier, où le blocage a été reconduit en AG "pour une durée illimitée".

A Paris, le site de Tolbiac (université Panthéon-Sorbonne) est fermé depuis lundi et le président de l'établissement, Georges Haddad, dit craindre que la situation "dégénère". Il n'exclut pas de devoir faire appel à la police. A Rouen, la faculté de sciences humaines est bloquée depuis mercredi par une centaine de jeunes. A Nantes en revanche, le blocus a été levé vendredi, a indiqué l'université. Deux amphis restent occupés à la fac de lettres et les cours ont été transférés sur un autre site.

> Un mouvement protéiforme

Les motivations sont différentes. "La cause commune, c'est l'opposition à Parcousup et à la loi relative à l'orientation et à la réussite des étudiants (ORE)", affirme Hervé Christofol, secrétaire général Snesup-FSU, syndicat majoritaire et opposé à la loi. Les enseignants et étudiants grévistes reprochent au projet de loi d'instaurer un système de sélection pour entrer à l'université.

Des facteurs locaux entrent également en compte: à Toulouse, le mouvement a ainsi commencé il y a plusieurs semaines pour s'opposer à la fusion des universités de la ville. A Nantes, l'Espé (Ecole supérieure du professorat et de l'éducation) qui forme les futurs professeurs des écoles, est en crise depuis le début de l'année. Jimmy Losfeld, président de la Fage, syndicat étudiant majoritaire et favorable à la loi, explique de son côté que "plusieurs sujets d'actualité" s'intègrent aux revendications, comme "la réforme de la SNCF".

"On profite de ce qui se passe pour agglomérer les luttes, c'est un phénomène assez classique", résume Franck Loureiro, co-secrétaire général de la Sgen-CFDT, également favorable à la loi.

Selon certains enseignants syndicalistes, les confrontations avec la police seraient également responsables du développement du mouvement. "A Bordeaux le 6 mars, un amphi a été évacué par les CRS, cela a provoqué un vrai choc et a amené d'autres étudiants et profs à se mobiliser, ainsi qu'à Caen, Dijon, Lille, etc", avance Hervé Christofol. Le cas de l'université de droit de Montpellier, où des hommes cagoulés et armés de bâtons ont commis des violences dans un amphi bloqué, a contribué à crisper le mouvement. "La mobilisation était assez réduite au départ, et cet événement a contribué à le développer", constate Franck Loureiro.

> Quelles suites?

Désormais, la question de la tenue des examens de fin d'année est dans toutes les têtes. "A l'approche des examens, la tension monte entre les bloqueurs et ceux qui veulent passer leurs examens", note Franck Loureiro, qui dit "craindre des dérapages". "Le mouvement est légitime, mais il ne peut pas y avoir de violence."

Jimmy Losfeld, de la Fage, craint lui aussi "la surenchère entre extrême droite et extrême gauche" dans cette affaire, notamment après les tags antisémites découverts dans le local de L'union des étudiants juifs de France à Paris I.

"Les AG bloquent les instances démocratiques des facs, ces organisations ne sont pas majoritaires", rappelle-t-il. Selon lui, "les 50 ans de mai 68 donnent des espoirs à certains".

La Sgen-CFDT en appelle à Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, et souhaite la création d'un comité de suivi de la mise en œuvre de la loi, "pour s'assurer qu'effectivement certains établissements ne profitent pas de loi ORE pour mettre en place un système de sélection." Le Snesup-FSU, de son côté, a interpellé la ministre jeudi pour lui demander le retrait de la loi, "mais elle n'a pas réagi". Sur Franceinfo jeudi, Frédérique Vidal a appelé à ne pas franchir "deux lignes rouges: "pas de violence dans les établissements" et la garantie que "les examens aient lieu dans les meilleures conditions". L'évolution au début de la semaine prochaine, après un week-end prolongé, pourrait donner des indications quant à l'avenir du mouvement.

Ariane Kujawski