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La dernière semaine d'école est-elle de trop? 

Une école primaire de Quimper.

Une école primaire de Quimper. - FRED TANNEAU / AFP

Alors que la fin officielle de l’année scolaire est prévue pour le 7 juillet au soir, de nombreux parents d’élèves sont prêts à faire manquer les derniers jours d’école à leurs enfants.

C’est vrai que c’est tentant. Les températures montent, votre patron est d'accord, et les enfants qui ne passent ni le bac ni le brevet n’ont plus grand-chose à jouer à l’école: tout est réuni pour tenter de partir en vacances en famille dès la première semaine de juillet. D’autant que les tarifs des séjours sont souvent beaucoup plus avantageux. Sauf que la fin officielle de l’année scolaire tombe le 7 juillet, et qu’enlever vos enfants de la classe avant revient à leur faire sécher les cours. Dans un sondage de l’institut Toluna pour la chaîne de campings Siblu, 49% des sondés estiment que "les vacances, en empiétant sur le mois de juillet, sont problématiques pour la gestion des congés d’été". "Je comprends la tentation de notre clientèle à faire manquer quelques jours d’école à leurs enfants lorsque l’on constate qu’ils peuvent faire jusqu’à 400 euros d’économies en partant la semaine du 30 juin", indique Mikael Quilfen, directeur marketing de Siblu.

Dans le détail, le sondage que sa société a commandé indique également que 86% des sondés sont prêts à faire manquer l’école maternelle à leurs enfants, 27% en primaire, 17% au collège et 12% au lycée. Ils sont tout de même 14% à déclarer ne pas souhaiter faire manquer l’école à leurs enfants, peu importe leur âge. Sur le site Eduscol de l’Education nationale, la consigne est claire: "L’assiduité aux enseignements obligatoires prévus à leur emploi du temps est un des devoirs des élèves. Les vacances prises par les parents en dehors des congés scolaires fixés par le calendrier scolaire national ne constituent pas un motif légitime d’absence. En effet, il n’est pas possible d’envisager des vacances "à la carte", qui perturberaient le fonctionnement de la classe et nuiraient à la scolarité".

"Dans les faits les parents ne risquent rien"

En maternelle et au niveau élémentaire, ils sont tout de même nombreux à se dire que les derniers jours comptent parfois un peu pour du beurre. Au point de faire sécher les cours à leurs enfants?

"C’est interdit mais je n’ai jamais entendu parler de sanction. En théorie, il peut y avoir un signalement au rectorat, mais dans les faits les parents ne risquent rien, explique Samuel Cywie, porte-parole de la PEEP. Mais c’est un cercle vicieux. D’un côté, quand les instituteurs se rendent compte qu’il manque la moitié de leur classe, ils font des jeux de société. De l’autre, les parents décident de ne plus les mettre à l'école parce que les enfants ne font plus rien. Mais il faudrait aller jusqu’au bout, avec de la vraie école jusque la fin, et que ça ne devienne pas de la garderie à partir de la fin juin".

Cette évaporation des élèves est également très réelle au collège et au lycée. Dans les établissements qui ont accueilli des épreuves du bac et du brevet, certains n’ont plus cours depuis plusieurs semaines. "Quand un parent nous dit qu’il veut partir fin juin parce qu’il n’y a plus classe et que les prix d’avions et des locations sont beaucoup moins chers, que voulez-vous qu’on lui réponde, sachant que l’élève n’a quasiment plus cours? On est aussi parent, et on comprend la demande. Sur le plan légal on est à la limite, mais si on ne peut que lui proposer de lui ouvrir l’établissement…", souffle Gwenaël Surel, secrétaire nationale du SNPDEN, le syndicat des chefs d’établissements.

"Tout reste à faire en termes de réorganisation sur cette période-là"

Ce problème des fins d’année scolaire en pente douce, "nous le pointons du doigt depuis plusieurs années", regrette Carla Dugault, vice-président de la FCPE. "Les choses restent compliquées, mais ça s’est amélioré. A force de protester, nous avons obtenu de l’Education nationale que les conseils de classes se tiennent un peu plus tard au cours du 3e trimestre. C’est une petite victoire mais ça change tout. Des efforts ont aussi été consentis pour accueillir les élèves dans les collèges jusque la fin des cours, même si les enseignants sont mobilisés par les examens. Il y a de plus en plus d’établissements qui organisent une autre façon de poursuivre le travail, en renforçant par exemple l’accompagnement personnalisé. Mais tout reste à faire en termes de réorganisation sur cette période-là".

Pour tout cela, il faudrait que les chefs d’établissement soient capables de trouver des enseignants, alors que ceux-ci sont souvent mobilisés sur le bac ou sur le brevet, et plusieurs semaines avant la fin officielle de l’année scolaire.

"Quand on n’en a pas, c’est très, très compliqué d’organiser quelque chose, regrette Gwenaël Surel. Et ça ne peut être qu’épisodique et très parcellaire. Il y en a qui organisent des voyages scolaires, d’autres où il y a des stages en entreprise en seconde. Ce sont des possibilités de n’avoir qu’une ou deux semaines de cours en moins, mais ça se fait établissement par établissement".

Cette période de flou, qu’on traverse la plupart du temps avec joie quand on est élève, pourrait s’atténuer voire disparaître avec la nouvelle version du bac. Prévue pour 2021, elle ne proposera plus que quatre épreuves et un grand oral, contre une dizaine actuellement, en laissant également une plus large place au contrôle continu. Une organisation qui sera donc a priori moins gourmande en personnel. "Il faudra voir comment ça se passe, mais on sera sur des temps de fonctionnement très probablement différents", espère Gwenaël Surel. Par contre, les vacances en famille début juillet, ce sera terminé.

Antoine Maes