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A quoi sert encore le brevet des collèges?

Les épreuves du brevet débutent le 28 juin 2018.

Les épreuves du brevet débutent le 28 juin 2018. - Martin BUREAU / AFP

Près de 800.000 collégiens passent jeudi et vendredi le brevet des collèges, mais l’intérêt réel de cet examen continue de susciter le débat.

Les plus anciens l’appellent encore improprement le BEPC. Jeudi et vendredi, les 800.000 élèves de troisième ont rendez-vous avec le premier examen de leur vie scolaire qui s'appelle désormais le DNB, pour diplôme national du brevet. Avec un stress a priori limité: l’an dernier, le taux de réussite du brevet a atteint 89% de réussite, pour 26,1% de mentions très bien, 23,1% de mentions bien et 21,2% de mentions assez bien. Des chiffres records qui posent la question de l’utilité d’un diplôme même pas obligatoire pour entrer au lycée.

Certes, son obtention permet aujourd’hui encore de tenter certains concours administratifs de catégorie C, qui ouvrent la voie à des métiers comme magasinier de bibliothèque ou surveillant pénitentiaire. Décrocher une mention "bien" ou "très bien" permet également aux élèves boursiers de décrocher une aide "au mérite" de 800 euros.

Inventé en 1947, le brevet a connu d’innombrables réformes. La version 2018 n’est d’ailleurs plus la même que celle de 2017, installée par Najat Vallaud-Belkacem et qui n’aura tenu qu’un an. Cette année, les épreuves écrites sont au nombre de quatre: français (3h), mathématiques (2h), histoire-géographie (2h) et sciences (1h). L’épreuve orale a quant à elle été maintenue. Le changement réside aussi dans le barème des points: il y a désormais un équilibre entre les épreuves (400 points) et l’évaluation des compétences socles (400 points). "Cet ajustement rétablit un peu les choses. L’an passé, énormément d’élèves savaient déjà bien avant les épreuves qu’ils n’allaient passer le brevet que pour tenter de décrocher une mention. Mais ça reste un pansement sur une jambe de bois", regrette Lysiane Gervais, porte-parole du syndicat de chefs d'établissements Snpden.

"Nous réclamons sa suppression depuis plusieurs années"

Trop facile, trop lourd à organiser, sans réel impact sur l’orientation des élèves… Au syndicat des personnels de direction, le débat sur l’utilité du brevet a d’ailleurs été tranché depuis longtemps.

"Il n’en a absolument pas. Nous réclamons d’ailleurs sa suppression depuis plusieurs années. On évalue déjà le socle commun de connaissances, de compétences et de cultures, avec un minima exigé en fin de troisième. Pour nous, c’est suffisant pour savoir si les élèves ont atteint ce socle commun voulu par la nation pour devenir un bon citoyen et pouvoir continuer ses études. Au final, cette double évaluation n’a aucun sens", assure Lysiane Gervais. Elle propose de le remplacer par la seule épreuve orale, mais "peut-être un peu plus formalisée".

Même chez certains parents d’élèves, le passage par le brevet n’apparaît d’ailleurs pas comme indispensable. "Cela fait toujours plaisir aux familles et aux élèves d’avoir un diplôme," explique Samuel Cywie, porte-parole de la PEEP. "Il y a peut-être aussi un intérêt à mettre les jeunes en condition d’examen une fois dans leur vie avant le bac. Mais comme la plupart n’ont besoin que de peu de points pour avoir leur examen, au final, ils n’ont même pas l’once de stress qu’on peut avoir quand on a besoin de réussir un examen. Il faut reconnaître que l’intérêt du brevet est très limité". A tel point selon lui qu’il faudrait se pencher sur le coût de l’organisation du concours, "mais aussi sur le fait que les élèves du collège arrêtent les cours un peu plus tôt à cause du brevet".

"Il y a une forme de sacralisation, de rite de passage"

Certains défendent tout de même le caractère rituel de ce qui est parfois présenté comme un "mini-bac". "Cet examen marque la fin du collège, c’est un moment important de la scolarité. Il ne faut pas oublier aussi qu’après le brevet, une partie des élèves va quitter le système scolaire", fait remarquer Frédérique Rolet, secrétaire générale du syndicat d'enseignants SNES-FSU. "Il y a une forme de sacralisation, de rite de passage. Même pour les bons élèves: c’est la première fois qu’on tente d’obtenir un diplôme organisé véritablement comme un examen. On n’a pas cet effet avec le contrôle continu".

Celui-ci ne prend pas en compte les notes obtenues par l’élève. Mais il repose sur un barème d’évaluation en quatre niveaux appliqué sur les huit composantes du socle de connaissances requises: 10 points pour une maîtrise insuffisante, 25 points pour une maîtrise fragile, 40 points pour une maîtrise satisfaisante et 50 points pour une très bonne maîtrise, ceux-ci étant accordés par les professeurs. Et c’est justement ce qui confère son intérêt à l’épreuve écrite, anonyme et nationale, selon Marie Duru-Bellat, sociologue spécialiste de l’éducation et professeur émérite à Science-po.

"Avec le contrôle continu, on ne note pas simplement ce qu’on sait à l’instant T, on note une trajectoire, une attitude… C’est humain, mais cela parasite l'ensemble si l’on veut évaluer simplement ce que savent les élèves".

Au final, "ce n’est pas parce que le brevet n’est pas utile aux élèves pour leur carrière scolaire qu’il n’est pas utile pour le système éducatif lui-même", poursuit la sociologue. Elle voit en effet dans l’examen "un baromètre commun" pour comparer "des collèges aux réalités très hétéroclites". "Je ne comprends pas très bien ce qu’on gagnerait à supprimer ça. Il y a des établissements plus difficiles que d’autres où on pourrait laisser tomber des pans entiers du socle commun et personne ne s’en apercevrait. Parce que c’est une forme de vérification, fût-elle imparfaite". "L’épreuve du brevet permet de mettre tous les élèves sur le même plan", confirme Frédérique Rolet. "C’est une preuve plus objective des acquis. Mais quand vous avez des établissements à 90% de réussite et d’autres à 70%, c’est aussi un révélateur du manque de mixité scolaire". 

Antoine Maes