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Instituteur d'Aubervilliers: pourquoi ce mensonge?

Comment peut-on expliquer le geste de l'instituteur qui a affirmé avoir été victime d'une attaque terroriste avant de reconnaître avoir tout inventé. Les psychiatres Michel Lejoyeux et Roland Coutanceau nous éclairent sur ce type de cas qui reste rare.

Son histoire était crédible. L'instituteur a réussi à faire venir la ministre de l'Education dans une l'école maternelle d'Aubervilliers en Seine-Saint-Denis, après raconté avoir été attaqué au cutter dans sa classe par un homme se revendiquant de l'État islamique, Daesh. Le groupe djihadiste a récemment accusé les enseignants d'être "en guerre ouverte contre la famille musulmane". Et appelé à les "combattre" et les "tuer".

Mais invité par les enquêteurs à raconter une nouvelle fois son récit, l'enseignant de 45 ans a vite reconnu avoir tout inventé.

Cette affabulation a jeté la stupeur dans l'école de banlieue parisienne et interroge. Ce mensonge fait échos à d'autres faits-divers "inventés", qui ont faits les gros titres ces dernières années.

"C'est un cas qui est relativement rare mais en même temps répétitif", tient à relativiser Michel Lejoyeux, chef du service de psychiatrie et d'addictologie à l'Hôpital Bichat à Paris. "Ce profil de personnes qui peuvent inventer ce type d'agression, ça existe mais c'est assez rare", confirme le psychiatre et criminologue Roland Coutanceau.

"Pour attirer l'intérêt"

Si les deux médecins interrogés par BFMTV se gardent bien de toute réponse définitive sans avoir rencontré l'intéressé, ils émettent néanmoins des hypothèses.

Il peut y avoir "l'envie de rentrer dans l'actualité", avance Michel Lejoyeux. "La personne se propulse au premier plan pour attirer l'intérêt. Pourquoi? Ça peut être pour se faire plaindre; être plus soutenu par les gens qui l'ont lâché dans son entourage ou se rendre intéressant. C'est attirer l'attention sur fond de fragilité. Souvent ce sont des gens qui ont un contexte de mal être existentiel avec une tonalité dépressive", développe Roland Coutanceau.

"Ça peut aussi être un délire et dans sa tête il a vraiment vécu ça", avance également Michel Lejoyeux.

On sait que l'instituteur soignait une dépression.

"Il atteint quelque chose qui nous fait très mal"

Citant différentes histoires qui ont fait la une des journaux, Roland Coutanceau affirme que "souvent ce qu'ils inventent est lié à l'actualité, ce sont des gens très sensibles à l'ère du temps". Et c'est aussi ce qui permet d'avoir un écho retentissant.

"Des mythomanes il y en a partout, des mensonges il s'en fait énormément tous les jours en France. Mais là, il est en lien ce qui est énorme pour nous. Il atteint quelque chose qui nous fait très mal", analyse Michel Lejoyeux.

Placé dans un établissement psychiatrique

L'instituteur va être expertisé et s'il est considéré comme responsable de ses actes, sera jugé par la justice. Les juges peuvent estimer qu'il peut bénéficier d'une peine de prison avec sursis ou une peine de prison avec obligation de suivi s'il présente un danger, mais ce n'est pas le cas le plus fréquent. En l'occurrence, l’instituteur d’Aubervilliers a été placé en garde à vue lundi soir. Cette garde à vue a été levée dans la nuit puis il a été placé dans un établissement psychiatrique. 

L'Education nationale l'a d'ores-et-déjà suspendu. Une procédure disciplinaire va être ouverte, pouvant aller jusqu'à la révocation.

Karine Lambin