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Hausse de 300 euros des salaires des professeurs: un syndicat critique une augmentation en trompe-l'oeil

Mercredi soir, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education nationale, a annoncé sur le plateau de BFMTV une augmentation du salaire des professeurs de "300 euros en moyenne en 2020". Une croissance modeste qu'il faut encore nuancer et que critique devant nos caméras ce jeudi Jean-Rémi Girard, le président du SNALC.

De but en blanc, la phrase a des airs de bonne nouvelle. "Concrètement, c'est sous ce gouvernement que des augmentations de salaire vont avoir lieu: c'est-à-dire 300 euros pour tout le monde en moyenne en 2020", a en effet déclaré mercredi soir sur BFMTV Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education nationale, à cinq jours de la rentrée scolaire. Mais la nature annuelle de la hausse en question invite tout d'abord à la relativiser. Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et collèges (le SNALC), a remis les pendules à l'heure sur notre antenne ce jeudi matin:

"Ça représente moins de 30 euros par mois en moyenne, ça veut dire que certains toucheront nettement moins. On tient à rappeler qu’aujourd’hui, c’est le métier d’enseignant qui est sous-payé et qu’on ne peut pas se contenter de donner de l’argent à quelques-uns et de laisser les autres sur le carreau alors que le pouvoir d’achat des enseignants est en baisse depuis plus de trente ans maintenant". 

Il est vrai que lorsqu'on en livre le détail, ladite augmentation est à considérer avec précaution, différant largement du coup de pouce que le syndicalisme enseignant réclame et qu'il faut encore négocier pour les années à venir. Les 300 euros par an en moyenne de Jean-Michel Blanquer avaient par ailleurs déjà été annoncés. 

Le détail de la mesure 

Pour bien comprendre à quoi correspondent ces derniers, il faut se pencher sur le milliard supplémentaire versé pour l'an prochain au budget de l'Education nationale. En le décomposant, on note déjà que 700 millions seront dévolus à l'augmentation naturelle des grilles de ce segment de la fonction publique, ainsi qu'à des primes à destination du personnel enseignant dans les Réseaux prioritaires renforcés (ou REP+ selon la signalétique officielle). Certaines pourraient atteindre 1000 euros annuels. 

Les 300 millions d'euros restant s'inscrivent dans le cadre du protocole de modification et d’amélioration des grilles (le PPCR, pour Parcours professionnels, carrières et rémunérations), fruit d'un accord passé entre l'exécutif et les syndicats il y a trois ans, sous François Hollande donc, et publié en mai 2016. 

Les préavis de septembre 

Ce sont ces 300 millions, indépendants et antérieurs aux revendications salariales actuelles des professeurs, qui ont permis à Jean-Michel Blanquer de parler d'une hausse de 300 euros par an en moyenne, dans la mesure où le personnel concerné par ce PPCR se monte à un million d'individus. Une simple division fait le reste. 

Dérisoire dans les montants, prévu au programme depuis trois ans, sans lien avec les négociations entreprises, ce geste ne devrait pas vraiment calmer la colère des enseignants, ni pousser les syndicats à ranger au fond des tiroirs les préavis de grève déposés pour le mois de septembre. 

Robin Verner, avec Véronique Fèvre