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Gestes barrières, distanciation: comment les enfants vivent-ils ces nouvelles contraintes?

Des enfants dans une cour d'école de Tourcoing, le 12 mai 2020.

Des enfants dans une cour d'école de Tourcoing, le 12 mai 2020. - Lionel Top

Depuis mardi, une partie des enfants a retrouvé le chemin de l'école après huit semaines de confinement. Un retour conditionné au respect de mesures sanitaires pour empêcher une contamination au Covid-19.

L'image a beaucoup fait parler. Publiée mardi sur Twitter par notre correspondant à Lille Lionel Top, on y voit de jeunes enfants dans une cour de récréation d'une école maternelle de Tourcoing. Chacun se trouve dans un emplacement délimité par un marquage au sol en forme de carré, afin de leur signifier la nécessaire distanciation physique en ces temps de pandémie.

Sur le réseau social, des commentaires affluent. Certains internautes évoquent un "crève-coeur", d'autres jugent cela "inimaginable" voire "épouvantable". Notre reporter évoque dans un premier temps une "ambiance très étrange, voire dérangeante", avant de préciser son propos par la suite: 

"Les photos sont marquantes et la plupart des réactions sur Twitter témoignent d’une même émotion, celle d’une école qui ne correspond pas à ce que l’on connaît, mais les enfants ce matin n’étaient pas 'malheureux'", écrit-il, détaillant qu'en repassant à l'endroit où la photo avait été prise dix minutes plus tard, l'institutrice et les assistantes maternelles occupaient les enfants, qui étaient "en train de sauter, de rire, de jouer tous ensemble, mais depuis leur carré."

Projection des pensées des adultes

Une interprétation qui semble similaire à celle faite par Pierre Canoui, pédopsychiatre retraité de l'hôpital universitaire parisien Necker-Enfants Malades. 

"Ce qui est frappant dans les commentaires des adultes, c'est la manière anxieuse, pessimiste et dramatique qu'ils ont projetée sur cette photo. (...) Je pense que la projection de la pensée des adultes n'est pas forcément la projection de la pensée des enfants", analyse-t-il auprès de BFMTV.com. 

Matérialisation physique

Pour le spécialiste, l'initiative prise par les enseignants de cette école de Tourcoing est positive pour les enfants en ce sens qu'elle permet de rendre tangible la nécessité de maintenir ses distances. 

"Cette mesure de distance interpersonnelle est verbalisée par les adultes, mais chez les enfants, elle a besoin d'être matérialisée un petit peu", poursuit le pédopsychiatre. "En faisant une matérialisation physique, (les enseignants) ont plutôt aidé les enfants", poursuit Pierre Canoui. "Un danger dont on ne peut pas se défendre, ça fait peur. Mais quand on met une marque et qu'on matérialise les choses, on sait ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire. On pose des limites qu'on peut objectiver, qu'on peut voir."

L'importance de la communication

D'après lui, les enfants ne vivent pas nécessairement mal cette période de crise sanitaire, marquée par un confinement de huit semaines et pour certains un retour à l'école avec des consignes inédites qui les empêchent d'interagir comme ils le souhaiteraient, alors que l'école a jusque-là été pour eux un lieu de fortes interactions sociales. Tout dépend de la manière dont on leur présente les choses.

"Je pense que c'est important pour les adultes qui parlent aux enfants de leur dire que c'est aujourd'hui comme ça et que ça ne sera pas toujours comme ça. L'enfant est tout à fait capable de comprendre qu'on ne sait pas tout actuellement. C'est anxiogène pour l'adulte mais pas pour l'enfant. Il y a deux choses qui sont anxiogènes pour les enfants, c'est le mensonge et le 'tu sauras ça quand tu seras plus grand', qui est une autre forme de mensonge."

D'où la nécessité, pour Pierre Canoui, d'être le plus transparent possible avec les plus petits, afin qu'ils s'approprient la réalité: "Il ne faut pas bêtifier avec les enfants. J'ai un exemple très joli de cour d'enfants, de petits enfants de quatre ans qu'on m'a rapporté. Ils jouaient aux globules blancs, aux globules rouges et aux anticorps." Et d'estimer qu'"on a l'impression que l'enfant est une éponge à anxiété, mais c'est une éponge à anxiété avec filtre".

Clarisse Martin