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École, collège, lycée: comment les enseignants envisagent la rentrée de septembre

La reprise des cours dans une école de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, le 14 mai 2020 (photo d'illustration)

La reprise des cours dans une école de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, le 14 mai 2020 (photo d'illustration) - Martin Bureau-AFP

Alors que tous les écoliers, collégiens et lycéens ne sont pas encore retournés en classe et que pour certains, ce retour ne sera que partiel, c'est le grand flou pour les enseignants en ce qui concerne la rentrée de septembre.

Alors que de nombreux écoliers, collégiens et l'ensemble des lycéens ne sont pas encore retournés en classe depuis la mise en place du confinement mi-mars - que certains d'entre eux retrouvent ou vont retrouver dans les prochains jours le chemin de l'école - souvent de manière partielle - comment les enseignants envisagent-ils la rentrée de septembre? "On se pose tous les jours la question", témoigne pour BFMTV.com une enseignante d'un collège francilien sous couvert d'anonymat. 

"En deux mois, les écarts de niveau entre élèves se sont creusés avec un fossé entre ceux qui ont pu être soutenus par leurs parents et ceux qui ont perdu le fil de l'école. En septembre, cela va aussi poser problème pour la gestion de la classe. Mais pour l'instant, tout est très flou."

Si elle ajoute que dans son établissement, "l'idée a été évoquée d'une remise à niveau à la rentrée", son collège semble naviguer à vue. "On a des instructions au jour le jour." Et pour sa direction, "septembre, c'est très loin", poursuit cette enseignante. "La réouverture du collège cette semaine n'est même pas encore réglée." 

"Faire comme si l'école s'était arrêtée le 16 mars"

Seuls 22% des écoliers et 28% des collégiens de 6e et 5e sont retournés en classe depuis le début du déconfinement. Sur notre antenne, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale, avait pourtant assuré que les établissements scolaires seraient prêts à accueillir tous les élèves pour la rentrée de septembre. Mais Francette Popineau, co-secrétaire générale du Snuipp-FSU - le syndicat des professeurs des écoles - se dit inquiète.

"C'est très mal engagé pour septembre", pointe-t-elle pour BFMTV.com.
"Nous ne sommes pas rassurés par les annonces qui ne prennent pas en compte la réalité du terrain. Dire que l'on pourra envoyer en classe tous les enfants des parents qui le veulent, c'est faux (le ministre a assuré jeudi que toutes les familles qui le souhaitent devront pouvoir scolariser leurs enfants à partir du mois de juin, au moins sur une partie de la semaine, NDLR). Nous, on s'arrache les cheveux et ça nous met en porte-à-faux avec les familles. Non, on ne peut et on ne pourra malheureusement pas accueillir tous les enfants."

Une des solutions selon cette représentante des enseignants du premier degré: que les collectivités prennent le relais. C'est ce qui est en train de se mettre en place avec le système 2S2C, "sport santé et culture civisme", que le gouvernement développe avec les communes. "Mais il faut qu'elles soient financièrement aidées pour pouvoir le faire." Quant aux questions d'ordre pédagogique, Francette Popineau estime que le chantier est bien plus vaste qu'il n'y paraît.

"Il faudra faire comme si les cours s'étaient arrêtés le 16 mars et reprendre comme si le dernier trimestre manquait pour ne pas léser les élèves qui auraient eu plus de difficultés avec la continuité pédagogique."

Réviser les programmes?

Si Francette Popineau assure que ce retard pourra être comblé, cela ne pourra se faire, selon elle, que si ces apprentissages s'étalent sur plusieurs années dans le cadre des cycles (cycle 1 pour les petite, moyenne et grande sections de maternelle; cycle 2 pour les CP, CE1 et CE2; cycle 3 pour les CM1, CM2 et 6e; et cycle 4 pour les 5e, 4e et 3e).

"On ne pourra pas rattraper trois mois d'école en quelques jours à la rentrée. Pas question non plus de bricoler ça chacun dans son coin. Les programmes doivent être revus. Et il faut un plan d'urgence national pour l'école car les enseignants auront besoin d'être accompagnés en infirmières scolaires, psychologues et conseillers pédagogiques."

Même point de vue pour le secondaire. Claire Guéville, secrétaire nationale du Snes-FSU pour les lycées - le syndicat le plus représentatif des enseignants pour le second degré - appelle pour BFMTV.com à "un allègement et une adaptation" des programmes. "Forcément il y aura des lacunes". D'autant plus avec la réforme des lycées, estime-t-elle.

"Comment envisager que des élèves qui étaient cette année en première et seront donc en terminale l'année prochaine passent les épreuves du bac pour les enseignements de spécialité dès le mois de mars alors qu'il leur a manqué tout le dernier trimestre? En plus de la question des programmes, il faut une réflexion sur le calendrier des examens. On ne peut pas faire comme s'il ne s'était rien passé."

"Ce ne sera pas une rentrée normale"

Plus délicat pour les classes charnières - grande section de maternelle, CE2 ou 6e - qui changent de cycle. C'est pour cela que Nicolas Anoto, délégué national au SE-Unsa - un syndicat d'enseignants du premier et second degré - souhaite que les premières semaines de rentrée soient impérativement consacrées aux enseignements de l'année précédente qui n'auraient pas été abordés en classe.

"Cela doit être fait et ajusté localement, selon les besoins des élèves, juge-t-il pour BFMTV.com. Il faut faire confiance à celles et ceux qui sont sur le terrain au quotidien. Mais de toute évidence, ce ne sera pas une rentrée normale. On ne pourra pas faire comme avant."

Mais selon lui, ce n'est pas qu'une question de notions ou de savoirs. "Il faut aussi apprendre aux enfants à être plus autonomes dans les apprentissages", craignant un rebond de la pandémie qui imposerait une nouvelle fermeture des écoles. "Il faut tirer les leçons de ce qu'il s'est passé."

"Aucune perspective" 

Pour Claire Guéville, il y a urgence. "On a plein d'interrogations mais le ministère est dans l'improvisation. Et aujourd'hui, il ne nous répond pas." Cette représentante du Snes-FSU assure n'avoir "aucune perspective" pour la rentrée. Et appelle à ce que des moyens conséquents soient mis sur la table.

"Dans le secondaire, il va y avoir des suppressions de postes massives. J'ai fait le calcul, pour le lycée, cela va représenter 1200 personnes en moins dans les établissements au quotidien. Comment envisager une rentrée qui exige un encadrement supérieur mais avec moins de moyens?"

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale, a annoncé ce mardi sur BFMTV que si l'épidémie continuait à "évoluer positivement", le protocole sanitaire serait "allégé en septembre".

Si le scénario pour la rentrée reste pour le moment flou, Nicolas Anoto, du SE-Unsa, se veut néanmoins optimiste. "La relation entre les élèves, leurs parents et les enseignants s'est fortifiée pendant le confinement. C'est quelque chose de très positif." Et si certains élèves se sont "éloignés" de l'école, "je le sais par expérience, ils seront contents de revenir en classe. Je suis très confiant."

Céline Hussonnois-Alaya