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Avec le Covid-19, les professeurs des écoles absents sont plus difficilement remplacés

Elèves masqués dans une salle de classe (illustration)

Elèves masqués dans une salle de classe (illustration) - Fred SCHEIBER / AFP

Plus de 2000 classes ont été fermées en France à cause d'infections de Covid-19, et quand le professeur doit s'isoler après un test positif ou s'il est cas contact, il n'est parfois pas remplacé.

Selon les derniers chiffres du ministère de la Santé datés de vendredi, 2018 classes sont fermées en France, à cause de cas de Covid-19. 15.484 élèves ont été testés positifs, et 1809 membres du personnel scolaire. L'épidémie affecte ainsi directement l'organisation des classes, car si un professeur tombe malade ou est cas contact, il doit s'isoler.

Cette situation entraîne un recours accru aux remplaçants, mais selon les observations de parents d'élèves et de syndicats, ils ne sont pas assez nombreux, ce qui a pour conséquence des regroupements de classes, avec parfois beaucoup d'élèves rassemblés ensemble. Cela rend évidemment plus difficile le respect des gestes barrières et des distanciations sociales, alors que les établissements scolaires sont laissés ouverts.

"On a une grosse tension sur les remplacements dans les écoles", explique auprès de BFMTV.com Dominique Bruneau, membre du syndicat Sgen-CFDT, en charge de l'enseignement du 1er degré. "Quand quelques élèves sont positifs et qu'un enseignant est considéré comme cas contact, il est éloigné. Habituellement il est remplacé, mais aujourd'hui, on manque de remplaçants".

"Les effectifs d'élèves eux ne sont pas réduits"

"Aujourd'hui, si l'enseignant d'un de mes enfants est absent, soit on le garde à la maison, soit il est mis dans une autre classe", explique à BFMTV.com Rodrigo Arenas, co-président du syndicat de parents d'élèves FCPE. Mais s'il est impossible pour des parents de le garder, il sera mis "dans une classe avec d'autres élèves, où il y a forcément moins de gestes barrières, où le virus a plus de chances de circuler".

Mathématiquement, en effet, le nombre d'élèves augmente dans certaines classes, car s'il y a moins d'enseignants disponibles, "les effectifs d'élèves, eux, ne sont pas réduits", souligne Rodrigo Arenas. "Dans certaines classes, on arrive à 57 élèves par classe, c'est énorme", alertait mardi sur Franceinfo une mère d'élève.

Dominique Bruneau parle de "deux injonctions contradictoires" entre le respect des gestes barrières, et la nécessité de ne pas interrompre l'apprentissage en présentiel, car à la maison, "il y a une perte de lien scolaire", selon lui. En ce sens, l'exécutif a plusieurs fois affirmé que les écoles ne seraient fermées qu'en dernier recours. Mais malgré cela, Dominique Bruneau explique que dans certaines académies, vue la situation, "on prône le retour à la maison".

Des milliers d'heures de cours perdues

Le problème a été signalé il y a plusieurs mois déjà par les syndicats, et mi-novembre, Jean-Michel Blanquer avait annoncé l’embauche de remplaçants contractuels supplémentaires: 6000 enseignants pour le premier degré, et 8000 assistants d’éducation (AED) pour les collèges et lycées, notait alors Le Monde. Pour trouver assez de remplaçants, et sortir de cette situation, le SGEN-CFDT demande par exemple l'ouverture des listes complémentaires, pour palier le manque de contractuels.

"La liste complémentaire permet de remplacer des candidats inscrits sur la liste principale qui ne peuvent pas être nommés ou, éventuellement, de pourvoir des emplois vacants entre deux concours" de l'Éducation nationale, expliquait le SE-UNSA sur son site en octobre. Le syndicat soulignait alors qu'aucun d'entre eux n'était appelé, alors que le nombre de postes vacants est "inacceptable".

D'après la plate-forme de la FCPE Ouyapacours, qui existe depuis plusieurs années, près de 2500 heures de cours ont ainsi été perdues depuis la rentrée scolaire juste à Paris. Les données de ce site sont partielles, car elles sont réalisées sur des déclaration individuelles, l'idée est plutôt d'alerter le gouvernement sur la situation.

Sans recrutement, la situation pourrait encore empirer car le nombre de contaminations semble augmenter dans les établissements scolaires: le nombre de classes fermées est passé de 430 à 2018 en deux semaines.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV