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Covid-19: fermer les écoles, "une cartouche de secours" si la situation devient hors de contrôle?

Photo d'illustration.

Photo d'illustration. - Lionel BONAVENTURE © 2019 AFP

Le gouvernement n'en démord pas. Dans le dispositif mis en place pour lutter contre le Covid-19, retouché pour reconfiner 16 départements et repousser le couvre-feu à 19h dans le pays, il a choisi de maintenir les écoles ouvertes. Les autorités, politiques comme scientifiques, font de leur fermeture le dernier recours.

Depuis ce week-end, 16 départements sont reconfinés - bien que d'une manière largement plus souple cette fois -, et le couvre-feu est repoussé à 19h dans tout le pays. Il est une chose en revanche qui ne change pas: les écoles primaires et secondaires restent ouvertes, continuant à accueillir leurs élèves, même si les lycées basculent en "demi-jauge". L'idée de leur fermeture, si elle flotte dans le débat public, demeure lointaine: selon l'exécutif, comme certaines autorités scientifiques, elle apparaît impraticable et peu déterminante dans la lutte contre le Covid-19.

L'épouvantail des difficultés scolaires

Même Arnaud Fontanet, épidémiologiste et membre du Conseil scientifique, qui dans le JDD ce dimanche a jugé que "l'école (était) le talon d'Achille assumé du dispositif actuel", que maintenir les écoles ouvertes "dans une situation où le virus circule fortement (...) (revenait) à prendre à risque", a posé: "Garder les établissements ouverts le plus longtemps possible est important".

C'est d'abord la volonté d'éviter les décrochages ou d'ajouter aux difficultés scolaires de certains élèves qui explique cette décision politique. "C’est toujours pareil, c’est une balance bénéfices-risques. On connaît les dégâts potentiels à la fermeture des écoles primaires notamment. Je crois qu’il faut tout faire pour les conserver (ouvertes) autant que possible en tout cas", a ainsi affirmé Olivier Guérin, chef du pôle gériatrie du CHU de Nice, et membre du Conseil scientifique.

"On croit beaucoup à la capacité de détection, avec les tests salivaires et là aussi il faudra une grande discipline des familles et de l’Education nationale pour réussir à mettre de côté les élèves potentiellement contaminants", a-t-il encore ajouté.

La question du travail au centre de la réflexion

D'autres pensent aux emplois du temps des Français dont l'activité est bien souvent bousculée par la pandémie. "Ça désorganiserait beaucoup d’entreprises, tout simplement parce que les parents seraient forcés de s’occuper des enfants, notamment des enfants en bas âge donc ça pose de vraies difficultés, y compris pour les salariés qui sont en télétravail", a avancé Jean-Eudes du Mesnil, secrétaire général de la CGPME, devant nos caméras.

Aussi, ils sont nombreux à dépeindre une éventuelle fermeture des établissements scolaires comme une ultime tentative, tenant plus du dernier recours que de la solution.

"Je crois qu’il faut voir (la fermeture des écoles, NDLR) comme une cartouche de secours et pas quelque chose qui aujourd’hui révolutionnerait la transmission du virus", a ainsi développé Benjamin Davido, directeur médical référent Covid-19 à l’hôpital Raymond-Poincaré, Garches dans les Hauts-de-Seine sur BFMTV.

"Ce n’est même pas par une contamination au sein des classes"

"Avoir un collégien ou un lycéen chez soi accroît de 30% le risque d'être infecté", a pourtant assuré Arnaud Fontanet dans le JDD. Karine Lacombe, infectiologue et cheffe du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine, a expliqué à notre antenne:

"Ce n’est même pas par une contamination au sein des classes, où tous les enfants portent des masques tout comme les enseignants – mais c’est plutôt parce que les adolescents souvent se regroupent et dans la plupart des cas ne portent pas de masque."

Les prises de position des scientifiques devraient apporter de l'eau au moulin d'un gouvernement qui a fait du maintien du fonctionnement des écoles l'une de ses rares certitudes du moment, tandis que les circonstances ne cessent d'éroder son dogme en matière de lutte contre l'épidémie. Sur notre plateau dimanche, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a d'ailleurs remarqué: "Le Conseil scientifique lui-même, la société française de pédiatrie, dans leurs avis, ne recommandent pas la fermeture des écoles."

"Une marge de manœuvre"

Jean-Michel Blanquer, quant à lui sur LCI, a encore appuyé: "La fermeture des écoles n’est en aucun cas le remède miracle pour vaincre l’épidémie. En revanche, quand vous fermez les écoles vous êtes sûr de créer des dégâts pour le futur qui sont considérables."

Il y a quelques jours, le ministre de l'Education nationale, avait en revanche précisé qu'il pouvait envisager de fermer les cantines: "On peut imaginer de fermer les cantines, qui sont effectivement le maillon faible dans la journée de l'élève, sans pour autant fermer les écoles."

"Cette décision, elle nous laisse aussi une marge de manœuvre. Ça veut dire que si jamais les mesures, dans les semaines qui viennent, n’apportaient pas les bénéfices escomptés, il faudrait alors s’interroger à la fois sur le fait d’augmenter le télétravail, limiter les cantines dans les établissements scolaires", a toutefois lancé Benjamin Davido, à nos micros dans un reportage diffusé ce lundi matin.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV