BFMTV

Covid-19: médecins et épidémiologistes dubitatifs après l'instauration des nouvelles restrictions

L'exécutif a annoncé le renforcement des mesures sanitaires dans 16 départements les plus touchés par l'épidémie de Covid-19 dès ce week-end, mais pour certains médecins, elles sont bien insuffisantes.

Face à l'envolée des contaminations et des hospitalisations en réanimation, "de nouvelles mesures de freinage massives de l'épidémie interviendront à compter de ce vendredi soir minuit et pour quatre semaines", annonçait jeudi le Premier ministre Jean Castex. Le freinage semblait toutefois limité samedi, au regard des badauds circulant dans les rues fréquentées de la capitale.

En effet, l'exécutif a fait le choix de ne pas imposer aux personnes vivant dans ces zones un confinement chez eux, ils peuvent sortir à l'extérieur pour une durée illimitée, mais dans un rayon de 10km maximum, avec en leur possession un justificatif de domicile. Mais cette mesure, bien plus légère qu'un confinement, ne contribuera que peu à la baisse de la courbe épidémique, selon certains médecins.

"Tiens, on ne reconfine pas, on déconfine"

Comme le rappelait ce dimanche le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal sur notre antenne, cette mesure a pour vocation d'éviter les rassemblements en intérieur. "Aujourd'hui la logique c'est chacun chez soi, ou alors dehors", explique-t-il, et pour "les Français qui ont besoin d'entretenir du lien et de ne pas rester seuls chez eux, voyez [vos proches] dehors autant que possible", en respectant les règles de gestes barrières et de distanciation sociale.

"On peut peut-être la freiner un petit peu, mais la situation épidémiologique ne va pas s'arranger rapidement avec les mesures prises", expliquait samedi sur BFMTV William Dab, épidémiologiste et ancien directeur général de la Santé. "Il y a un décalage entre la gravité de la situation épidémiologique et la réalité des mesures adoptées", pour lui.

"Ma première réaction quand j'ai entendu les mesures a été de dire: 'tiens, on ne reconfine pas, on déconfine'", déclarait vendredi sur RMC Djillali Annane, chef du service de réanimation à l'hôpital de Garches (Hauts-de-Seine). "On peut continuer de se rassembler, de circuler autant de temps que l'on veut. C'est un risque très important d'aggraver la situation épidémique et sanitaire", selon lui. "On voit mal comment après quatre semaines la situation sera vraiment de meilleure qualité" abonde Jean-François Timsit, chef du service de réanimation médicale et infectieuse de l'hôpital Bichat (Paris).

Pour William Dab, ce laisser-aller de la population donne l'impression "que la bataille sur les contaminations est perdue". Il rappelle que les données actuelles donnent environ 40.000 nouveaux cas détectés par jour, alors qu'en décembre, l'objectif de l'exécutif était de passer sous la barre des 5000. Pour l'épidémiologiste, "il n'y a plus d'objectif annoncé" et "il y a comme un renoncement, on croise les doigts pour que les soignants et nos hôpitaux tiennent".

"On peut s'attendre quasiment à une accélération"

Outre cette mesure des rassemblements en extérieur, le gouvernement a également fermé certains commerces jugés non-essentiels, et le Premier ministre a demandé aux entreprises de mettre en place "au moins 4 jours" de télétravail par semaine.

"On a vu avec la réouverture de ces commerces au deuxième confinement que finalement cela avait eu peu d'impact, donc on s'attend à peu d'impact", explique à BFMTV Luc Dauchet, maître de conférence en santé publique au CHU de Lille (Nord). "La restriction à 10km peut être intéressante, mais on ne se contamine pas tellement plus à 20km qu'à 10. Ça peut être intéressant mais avec un impact relativement limité". Pour lui, il faut avant tout mettre l'accent sur l'interdiction des regroupements en intérieur, "la mesure la plus importante, la plus intéressante" car "on sait que c'est là où il y a des contaminations".

Mais "il n'y a pas de message clair et fort sur cette mesure qui est absolument essentielle". En ce sens, "si on fait la somme de toutes les recommandations et des impacts que l'on peut avoir, comme on est passé à un couvre-feu à 19 heures, on peut s'attendre quasiment à une accélération par rapport à un freinage" de l'épidémie.

"Il faut laisser sa chance à ce plan"

Arnaud Fontanet, épidémiologiste et membre du Conseil scientifique, parle lui d'une "approche rationnelle" dans le JDD. Selon le médecin, le gouvernement s'appuie "sur un double constat. D'une part l'impact très lourd du confinement sur la santé mentale des Français. D'autre part, la physiologie de la transmission du SARS-CoV-2", car "la très grande majorité des contaminations se produit en espaces clos".

"La plupart des médecins sont d'accord pour dire qu'il faudrait confiner, au sens dur", déclarait samedi sur BFMTV Patrick Berche, médecin français et biologiste. Mais il souligne également que "le pouvoir politique voit d'autres choses: le moral des Français, l'acceptabilité après un an de galère, le chômage, les conséquences économiques dramatiques... Et en prenant ça il décide de restreindre sans confiner, en rappelant des règles". Pour lui, ces mesures ne sont pas fatalement vouées à l'échec:

"On ne le verra que dans 15 jours. Il faut laisser sa chance à ce plan et voir comment cela va se passer."
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV