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Dernière minute, séjour dans la famille: quand le coronavirus fait changer de plan pour les vacances

Des plagistes à Arcachon, le 2 juin 2020 (photo d'illustration)

Des plagistes à Arcachon, le 2 juin 2020 (photo d'illustration) - Georges Gobet

Ils et elles ont dû annuler leur voyage à l'étranger ou leur séjour en club de vacances et sont à la recherche d'une nouvelle destination pour l'été. Le coronavirus bouleverse aussi le programme des estivants.

Des vacances à la mer, à la montagne ou à la campagne? Un séjour en gîte, au camping ou chez les grands-parents? Alors que la situation sanitaire est exceptionnelle en raison de la pandémie de Covid-19, les habitudes des vacanciers pourraient en être bouleversées.

Delphine*, une Seine-et-Marnaise de 41 ans, a tiré un trait sur la semaine prévue dans un village vacances de la côte Atlantique. "On devait partir avec mon fils, ma mère, ma soeur et sa fille, raconte-t-elle à BFMTV.com. Mais on ne se voyait pas du tout au en collectivité, avec les repas pris en commun au restaurant, les contacts rapprochés à la piscine et la promiscuité au quotidien. D'autant que ma mère est une personne à risque." Après avoir une première fois opté pour dix jours dans un gîte en Sologne - craignant que la limitation des 100 km ne soit maintenue - la famille a finalement décidé de raccourcir ce séjour à la campagne pour ajouter une semaine dans une location en Normandie.

"On s'est dit que ce serait quand même dommage de ne pas aller à la mer, surtout pour les enfants. La côte normande, c'est un bon compromis et en principe, ce n'est pas aussi bondé que les plages de la Côte d'Azur."

Malgré ce contexte inédit, de nombreux Français partiront bel et bien en vacances. Selon une étude commandée par Les Entreprises du voyage et réalisée début juin par le cabinet BVA, quelque 59% des personnes interrogées envisagent de changer d'air cet été. Ce qui représente quatre points de plus que l'année dernière. Et sans surprise, neuf vacanciers sur dix partiront en France.

Voyage au Japon annulé

Ce sera le cas de Mélanie*, une habitante de la Seine-Saint-Denis âgée de 33 ans, qui ne fera pas de voyage à l'étranger contrairement aux étés précédents. "On avait prévu de partir trois semaines au Japon avec mon compagnon, c'est râpé", témoigne-t-elle pour BFMTV.com.

Le couple s'est entendu pour reporter le voyage et le remplacer par des vacances entre amis et en France. Dont une semaine dans une maison louée avec plusieurs familles du côté de Bordeaux, une autre avec d'autres amis à Chambéry et une troisième qui reste à déterminer. "C'est plus sûr de rester en France et puis en plus, on fera un acte patriotique en réinjectant notre budget vacances dans l'économie française!" tente de positiver Mélanie.

Depuis les annonces d'Edouard Philippe mi-mai assurant que les Français et Françaises pourraient partir en vacances au-delà de la limite des 100km, les réservations ont repris, constate pour BFMTV.com Didier Arino, directeur du cabinet d'études Protourisme. "Il y a eu une première vague juste après cette prise de parole et une deuxième récemment quand le beau temps est revenu." Mais les réservations restent très en deçà des pratiques habituelles.

"Pour le mois de juillet, on se trouve entre -15 et -40% selon les opérateurs par rapport à l'année dernière à la même époque. Et -10 à -25% pour le mois d'août."

"L'idée, c'est de se retrouver en famille"

Timothée de Roux, président de l'Union nationale pour la promotion de la location de vacances (UNPLV) qui réunit les acteurs de la location meublée touristique, remarque pour BFMTV.com que pour de nombreux vacanciers, "l'idée générale, c'est de se retrouver en famille dans un lieu privé pour éviter les contacts avec la foule". Si les appartements en station balnéaire, après six semaines de confinement, ont moins la cote, il note un pic de réservation pour les maisons individuelles avec jardin et piscine.

"Ce qui est nouveau cette année, c'est que nous avons beaucoup de réservations pour l'arrière-pays. Une autre tendance, c'est l'allongement des séjours de huit à dix jours, avec un prix moyen plus élevé."

Les grandes villes pourraient ainsi apparaître comme les grandes perdantes de l'été pour ne séduire que 9% des vacanciers. "Le tourisme urbain, c'est le gros point noir, ajoute Didier Arino, du cabinet Protourisme. Toutes les villes touristiques comme Paris, Nice ou Bordeaux, qui dépendent du transport aérien, souffrent de l'absence des étrangers, des visiteurs liés aux voyages d'affaire ou aux loisirs."

Club, gîte ou camping

Quant au type d'hébergement, malgré la situation sanitaire inédite, près de quatre Français sur dix ayant l'intention de partir en vacances envisagent un séjour dans un endroit collectif - hôtel ou club, selon le sondage des Entreprises du voyage. Presque autant que ceux et celles qui comptent loger chez des proches ou dans leur résidence secondaire. Et en ce qui concerne la location entre particuliers, 20% des estivants pourraient faire ce choix.

L'été 2020 pourrait-il faire la part belle au camping? C'est ce que croit deviner Banque Casino, spécialisée dans les solutions de paiement qui revendique 30% du marché français et 800.000 détenteurs de sa carte de paiement. "Les Français se ruent depuis quelques jours vers les solutions de loisirs en plein air où les réservations ont doublé par rapport à la même période l'an passé", affirmait au Parisien Marc Lanvin, son directeur général adjoint, après avoir observé les paiements de ses utilisateurs.

Nicolas Dayot, président de la Fédération nationale de l'hôtellerie de plein air (FNHPA), constate également que de nombreux vacanciers se tournent vers l'hébergement locatif, 83% contre 77% habituellement. Chalet, mobil-home et roulotte ont le vent en poupe. "Un phénomène lié au fait que qu'une clientèle nouvelle fréquente les campings, ceux qui n'ont jamais dormi sous une tente mais se tournent cette année vers ce type d'hébergement", pointe-t-il pour BFMTV.com. Un argument revient souvent: l'envie de grands espaces naturels. "Les campings sont en général en pleine nature et offre de la sociabilité tout en respectant les emplacements de chacun."

Quant aux gîtes, s'ils sont encore loin d'avoir fait le plein avec 40 à 70% de taux d'occupation, une partie du retard aurait dores-et-déjà été rattrapé, assure à BFMTV.com Solange Escure, directrice de la Fédération nationale des gîtes de France. "Nous avons enregistré 46% de nouveaux utilisateurs sur notre site, avec une part de clientèle jeune qui a doublé."

Lot, Dordogne et Cantal dans le top 10

Mais pour de nombreux estivants, les vacances ne sont pas encore tranchées. "Habituellement, 40% des vacanciers séjournent dans leur région de résidence ou dans une région voisine. Cette année, ce serait plutôt 50%", estime Didier Arino, du cabinet Protourisme. Et selon lui, beaucoup n'ont encore rien décidé, "notamment les 9 millions qui sont partis à l'étranger l'année dernière". Si 2 millions de Français et Françaises pourraient tout de même franchir les frontières, notamment pour l'Italie, le Portugal, l'Espagne ou là Grèce, "ce sont potentiellement 7 millions de personnes qui sont actuellement en train de chercher un séjour", ajoute ce spécialiste.

Pas étonnant ainsi que de nouvelles destinations apparaissent pour la première fois dans le top 10. "Le Lot, la Dordogne, le Cantal, la Lozère, l'Ariège, l'Aveyron ou encore le Puy-de-Dôme remontent dans les recherches sur notre site, observe Solange Escure, de la Fédération nationale des gîtes de France. Habituellement, ces départements se sont pas tant recherchés." Avec pour conséquence certaines destinations boudées, comme la Corse ou les Dom-Tom, la voiture étant cette année privilégiée comme moyen de transport.

Pauline*, son mari et leurs deux enfants devaient justement partir en Corse à la fin du mois de mai. Mais la situation sanitaire les a contraints à renoncer. "On va partir une semaine dans un gîte à Annecy avec mes parents, détaille à BFMTV.com la jeune femme de 35 ans qui réside dans l'Essonne. Et on va passer quinze jours dans notre maison de famille, dans le Nord. On a décidé de faire au plus simple."

Si la mer restera la destination la plus plébiscitée - un voyageur sur deux prévoit de passer ses vacances à la plage - la campagne - avec 24% des intentions de départ - devance la montagne (12%). Éloïse Raillard, fondatrice de la récente agence de voyage Nos chères campagnes, remarque en effet que certains vacanciers sont à la recherche de séjours à l'écart des sentiers battus.

"Depuis quinze jours, le téléphone n'arrête pas de sonner, c'est la course aux réservations, indique à BFMTV.com celle qui propose des vacances dans ce que l'on présente comme la diagonale du vide, de la Meuse aux Landes. certaines personnes m'appellent pour partir la semaine prochaine. Ça commence même à se tendre au niveau des disponibilités."

L'Auvergne au lieu des Canaries

Cette professionnelle du séjour hors pistes note ainsi une envie de se mettre au vert, à l'écart des grands sites touristiques. "Nous proposons de découvrir la France autrement, avec des voyages sur mesure actifs et proches de la nature, à la découverte des savoir-faire, des terroirs, ajoute Éloïse Raillard. Au total, 100% de nos propositions sont signées."

C'est ce qu'a décidé Antoine*, un Parisien de 42 ans, en remplacement du séjour plongée qui était prévu avec son fils de 9 ans dans les Îles Canaries. Il va ainsi passer deux semaines entre l'Auvergne - chez son père pour y retrouver ses frères - Clermont-Ferrand - chez le parrain de son enfant - et les gorges du Tarn, en Lozère.

"Quand j'ai vu comment la situation évoluait, j'ai tout annulé, confie-t-il à BFMTV.com. Et je ne me vois pas aujourd'hui rechercher une nouvelle location et reprendre des réservations à la dernière minute avec le risque de quatorzaine dans certains pays. Seul, je serais peut-être parti à l'arrache, mais avec un enfant ce n'est pas possible. Je ne vais pas me compliquer la vie."

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV