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Déconfinement: comment les boîtes de nuit envisagent de rouvrir

Une soirée en septembre 2015 au Queen, une boîte de nuit parisienne qui a fermé en 2018

Une soirée en septembre 2015 au Queen, une boîte de nuit parisienne qui a fermé en 2018 - Miguel Medina-AFP

Les patrons de discothèques trépignent de pouvoir de nouveau faire danser les fêtards et fêtardes. Et assurent qu'ils sont en mesure d'assurer la sécurité sanitaire de leurs clients.

Alors que les bars, cafés et restaurants ont réouvert ce mardi, les boîtes de nuit trépignent de pouvoir à nouveau accueillir les fêtards et fêtardes. Mais officiellement, rien n'est encore tranché.

"On est capable de recevoir en toute sécurité"

"On est en attente d'une annonce", indique à BFMTV.com Laurent Lutse, le président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) pour les cafés, brasseries et établissements de nuit. En ce qui concerne le calendrier de réouverture, il évoque la date du 22 juin, troisième étape du déconfinement, sans aucune certitude. Mais pour lui, "la nuit doit revoir le jour".

"On est capable de recevoir notre public en toute sécurité", assure ce représentant de l'Umih, évoquant une possible distribution de masques pour tous ceux et toutes celles qui se présenteraient sans ce précieux sésame à l'entée des discothèques.

Thierry Fontaine, propriétaire de deux boîtes de nuit à Lyon et président de l'Umih nuit, va même plus loin et estime pour BFMTV.com qu'il n'y a aucune raison pour que les discothèques ne puissent pas rouvrir le 22 juin. "Les Français ont envie de faire la fête, on le voit aux rassemblements sauvages qui se tiennent un peu partout." Il y aurait même, selon lui, plus de bénéfices que de risques.

"Nous avons un service de sécurité, nous pouvons proposer des règles sanitaires et du point de vue de l'alcoolisation, nous pouvons encadrer les choses. Il n'y a que les personnes à risques qui pourraient dans un premier temps éviter de se rendre dans nos établissements."

L'air renouvelé "toutes les huit minutes"

Ce patron de discothèques rappelle également que les boîtes de nuit disposent de dispositifs de désenfumage, dans le cadre de la sécurité incendie, permettant un renouvellement et un apport d'air extérieur.

"Dans mes établissements, 100% de l'air est renouvelé toutes les huit minutes, assure Thierry Fontaine. Quand les turbines se mettent en route, ce sont 17.000 m3 qui sont expulsés dehors. Pour certaines boîtes plus grandes, c'est le triple." 

Il suffirait, selon lui, que cette ventilation tourne en continu dès l'ouverture. "Il y a plein de pistes pour que l'on puisse rouvrir, il faudrait que le gouvernement connaisse un peu mieux nos métiers." Et regrette l'absence de visibilité pour son secteur d'activité. "Une saison, ça se prépare. Comment voulez-vous vous organiser avec vos équipes, booker des artistes quand on vous prévient au dernier moment?"

"Un vigile pour séparer les gens? C'est ridicule" 

Le point noir: les rapprochements collé-serré sur la piste de danse. Alors que les bars, cafés et restaurants ont rouvert, interdiction totale pour les clients de consommer debout. Une distance d'un mètre doit également être respectée entre chaque tablée, les groupes sont limités à dix convives et dans les zones orange, seuls les établissements qui possèdent une terrasse ont le droit d'accueillir du public. 

"Un vigile devrait séparer les gens qui se rapprocheraient d'un peu trop près en dansant? C'est ridicule", dénonce Laurent Lutse, de l'Umih.

Analyse similaire pour Jérôme Lacroix, propriétaire de deux clubs à Poitiers pour qui les règles de distanciation sont "antinomiques" avec le principe de la boîte de nuit.

"Placer les personnes à un mètre les unes des autres, ce n'est pas possible. Si les clients ne s'y retrouvent pas, ne peuvent pas danser, ne peuvent pas être servis au comptoir, ça n'a pas de sens", regrette-t-il pour BFMTV.com.

"Le principe, c'est de rapprocher les gens"

Ce patron de boîtes de nuit dans la Vienne envisage différents dispositifs pour la réouverture de ses établissements: des distributeurs de gel hydroalcoolique disséminés un peu partout ou encore une prise de température à l'entrée de ses clubs. "Mais réorganiser la salle, cela paraît compliqué", ajoute Jérôme Lacroix.

"Que les espaces soient petits ou grands, ça ne change pas le problème. Le principe, c'est justement de pouvoir rapprocher les gens afin de créer une ambiance."

C'est également le point de vue de Thierry Fontaine, à la tête de deux discothèques dans le Rhône. "Nous avons sondé les professionnels du secteur: 75% d'entre eux assurent que rouvrir dans les conditions actuelles n'est pas viable."

Quant à la possibilité de déplacer le bar ou la piste de danse en extérieur - lorsque les infrastructures le permettent - elle se heurte à d'autres difficultés. "Le bruit pose problème pour le voisinage, on ne peut pas risquer des plaintes pour tapage nocturne, voire une fermeture administrative", pointe Laurent Lutse, de l'Umih.

"Si la crise dure, la moitié des discothèques va disparaître"

Déjà avant le confinement et la crise liée au covid-19, les boîtes de nuit n'étaient pas au meilleur de leur forme. Fin mai, le patron du VIP Room, une institution parisienne, annonçait qu'il fermait ses portes définitivement. Jean Roch évoquait ainsi des "contraintes économiques et administratives" ainsi qu'une succession de périodes difficiles. En une quarantaine d'années, le nombre de clubs et boîtes de nuit a ainsi chuté de 70%, passant de 4000 dans les années 1980 à quelque 1200 aujourd'hui.

"On est déjà une profession en plein marasme économique, poursuit Jérôme Lacroix. Si la crise dure, dans les deux-trois mois, la moitié des discothèques va disparaître. Et à la fin de l'année, on risque d'en compter moins de 500."

Cet entrepreneur estime que ces établissements devraient pouvoir bénéficier des mêmes dérogations que le secteur ferroviaire (100% des sièges seront commercialisés dans les trains et TGV) ou le secteur aérien (l'Organisation de l'aviation civile internationale ne préconise pas la neutralisation d'un siège sur deux). Quant à la limitation du nombre de clients, la solution est loin d'être gagnante, juge encore Laurent Lutse.

"Si, pour une discothèque, l'équilibre économique est la jauge de 1000 personnes, recevoir moins de monde ne sera pas rentable. Et certains préféreront ne pas rouvrir."
Céline Hussonnois-Alaya