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Les discothèques en voie de disparition

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Les boîtes de nuit disparaissent peu à peu. Pour faire face au changement d'habitudes des noctambules, elles doivent se diversifier.

Au Macumba, on ne danse plus tous les soirs. En quarante ans, le nombre de discothèques a chuté de 70% en France, passant de 4000 dans les années 1980 à quelque 1200 aujourd'hui, selon des données communiquées à BFMTV par l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih).

Adieu Macumba, Kes West...

En 2015, le Macumba - il en existe ou existait plusieurs de ce nom, sans doute grâce à Jean-Pierre Mader - une boîte de nuit géante de Haute-Savoie à la frontière avec la Suisse met la clé sous la porte. La discothèque accueillait depuis 1977 jusqu'à 5000 personnes par soir. C'est la fin d'une époque: chaque année, de nouveaux hauts lieux de la nuit ferment leurs portes.

Dernier exemple au mois de décembre dernier: le Kes West, entre Béthune et Arras, dans le Pas-de-Calais, a tiré le rideau. Cette boîte de nuit emblématique qui a fait "vibrer des générations entières depuis trente-trois ans", comme le regrettait son dirigeant lors de l'annonce de sa fermeture, était considérée comme le plus grand complexe de nuit au nord de Paris avec huit salles. Il indique à BFMTV.com que "le modèle économique n'était plus viable".

"Les gens sortent encore, mais plus de la même manière, ils marchent plus à l'événement, leur façon de consommer les loisirs a changé. Ce qui est vraiment fini pour notre branche c'est les multisalles. Les gens ne veulent plus de ça, ça a très bien marché, mais c'est fini."

"La nuit est en pleine mutation"

Ce que confirme à BFMTV.com Laurent Lutse, le président de l'Umih pour les cafés, brasseries et établissements de nuit.

"La nuit est en pleine mutation. Quand je disais il y a quelques années que la nuit commençait le jour, on me regardait avec de gros yeux. Pourtant, j'avais raison."

Si la vie nocturne dans les grandes agglomérations ou villes étudiantes - comme Paris, Lyon, Rennes ou Toulouse - est en "excellente santé", nuance Laurent Lutse, difficile de survivre pour les boîtes de nuit plus excentrées, voire situées en zones rurales.

"Dans le Cantal, il n'y a plus aucune boîte de nuit, les deux dernières ont été frappées de fermetures administratives." 

Ailleurs, si elles peinent à survivre, elles n'ouvrent souvent plus que le samedi soir.

Pourtant, la nuit n'est pas morte. "Aujourd'hui, la plupart des établissements de nuit sont plus petits et accueillent de 100 à 500 personnes", remarque Laurent Lutse. Économiquement, le secteur reste rentable: ces bars, restaurants ou clubs - 4500 au total - emploient toujours 50.000 salariés pour un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros, selon lui.

Concerts, cours de danse, karaoké

La solution: faire de l'événementiel et se diversifier. Beaucoup de ces boîtes de nuit se sont ainsi transformées et proposent spectacles, concerts, voire se sont lancées dans la restauration.

"Les trentenaires ne se retrouvaient plus dans les discothèques avec des soirées tardives jusqu'au lendemain matin, analyse Laurent Lutse. S'ils veulent de la musique, ils préfèrent un endroit plus petit, cosy, plus calme où ils peuvent se retrouver pour discuter entre amis."

Ces dernières ouvrent ainsi plus tôt avec des animations dès la fin de journée. C'est le cas des deux discothèques de Jérôme Lacroix, à Poitiers, d'une capacité de 600 personnes chacune. L'une - la Grand'Goule - est tournée vers les étudiants, l'autre - la Tomate blanche - est réservé aux plus de 25 ans. Dans son établissement réservé aux plus jeunes, ce patron s'est lancé dans le vidéo-maping, ces fresques lumineuses projetées qui permettent une immersion totale. 

"Il faut se différencier, apporter quelque chose de nouveau, pointe Jérôme Lacroix à BFMTV.com. À la Tomate blanche, où je propose un système de navettes gratuites, le jeudi soir, ce sont les afterwork, avec tapas et musique chill-out (mélodie reposante et tempo modéré, NDLR). Le vendredi, on peut venir dîner dès 19h30 et ensuite assister à un cours de danse: salsa, bachata, kizamba. Et le samedi soir, c'est karaoké en début de soirée."

"Il faut vivre avec son temps"

Le Kes West, un de ces multisalles du Pas-de-Calais qui avait dans un premier temps fermé, a su rebondir. Une salle de spectacle, un bar-dinner à l'américaine, un club réservé aux plus de 25 ans avec possibilité de restauration et de transport en voiture, deux salles disponibles à la location pour des événements privés et bientôt une nouvelle activité de loisir qui reste à trancher: les 5600m2 du site offrent des perspectives d'avenir, explique à BFMTV Jérémy Leroy, son patron, également propriétaire de deux clubs en centre-ville d'Arras.

"J'ai vu l'évolution des sorties du samedi soir. Il y a eu les discothèques dans les années 1980, puis les multiplexes dans les années 1990 et ces dernières années, les habitudes ont changé. Il y a trente ans, pour rencontrer des gens, il fallait sortir en boîte et on attendait le moment des slows. Aujourd'hui, tout se fait sur internet. Et puis les jeunes recherchent davantage des lieux faciles d'accès, où l'on peut rester une demi-heure, une heure et repartir."

D'une monoactivité sur le créneau spécifique de la nuit, Jérémy Leroy doit maintenant jongler avec cinq métiers différents. "Ça ne sert à rien de s'accrocher au passé, il faut vivre avec son temps."

Céline Hussonnois-Alaya