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Décès inexpliqué à Lariboisière: les urgentistes pointent un manque de moyens

Après le décès inexpliqué, mardi, d'une femme admise aux urgences de Lariboisière, syndicats, associations et personnels soignants dénoncent un manque d'effectifs et de moyens à l'origine du drame.

Le décès inexpliqué d’une femme, mardi matin, à l’hôpital Lariboisière, dans le nord de Paris, relance la question du manque de moyens dans les services d’urgences. Lundi soir, vers 18h45, une femme de 55 ans s’est présentée aux urgence avec un mal de crâne et de la fièvre. Son corps sans vie a été retrouvé douze heures plus tard sur un brancard.

"La patiente avait initialement cherché à consulter un centre médical mais n'avait pu être reçue. [...] A 1h20 du matin, après avoir été appelée sans succès, la patiente est considérée comme étant sortie. Elle est retrouvée décédée vers 6 heures dans la salle d'attente du service d'accueil des urgence de l'hôpital", explique l'AP-HP. 

Problème dans la procédure de prise en charge

Y a-t-il eu une défaillance dans la prise en charge de la patiente? "Elle est décédée, donc forcément", a répondu mercredi soir la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, à cette question qu'on lui posait sur France 3.

"Il ne faut pas forcément mettre ça sur [le compte d']un problème de moyens, c'est aussi peut-être un problème de procédure. Cette femme, visiblement, a été appelée [par le personnel hospitalier], elle n'a pas répondu, on a considéré qu'elle était partie", a poursuivi la ministre, soulignant qu'il fallait "vérifier que toutes les procédures mises en œuvre dans les services d'urgences ont bien été respectées".

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances du décès. De son côté, l’APHP diligente des investigations en interne "pour reconstituer la chronologie précise des faits". Les premières conclusions sont attendus tout début janvier 2019. 

L'AP-HP précise que ce soir-là, "les effectifs étaient conforme au planning dans un contexte d'activité soutenue". Le nombre de passages à l'hôpital Lariboisière est le plus important de l'AP-HP avec 85.000 passages annuels et une progression de plus de 5% en 2017. "Le recrutement de 3 postes supplémentaires est en cours et les personnes arriveront au printemps 2019 au plus tard". 

Manque de moyens

Sans attendre les résultats des deux enquêtes, le premier syndicat de l'APHP, l'Usap-CGT, a fait observer que les urgences de Lariboisière étaient "fréquemment en saturation" et a dénoncé dans un communiqué "le manque de lits et de moyens". Pour les soignants, ce sont ces lacunes qui sont à l’origine du drame.

"Les structures comme Lariboisière sont totalement dépassées par les flux de malades. Ces urgences ont été construites pour accueillir 200 patients par jour, elles en reçoivent 300 maintenant", commente Patrick Pelloux, médecin et membre de l’association des médecins urgentistes de France (Amuf).

Saturation

Cédric Lussiez, directeur du centre hospitalier d’Arpajon, dans l'Essonne, abonde dans ce sens et précise que "le nombre d’urgences a doublé en 15 ans, a quadruplé en 25 ans et, tant les locaux que les organisations, n’ont pas suivi ces changements, entraînant un niveau de saturation totalement inédit".

L’association des médecins urgentistes avait déjà "alerté" le gouvernement "sur la situation devenue impossible à gérer" aux urgences hospitalières, qui ont enregistré 21 millions de passages en 2016.

"Cet été, le personnel de Lariboisière avait dénoncé un manque d’effectifs et des dysfonctionnements au sein du service d’urgence qui mettaient les patients en danger. Aucune réponse n’a été apportée. Quand, face à ce drame, la ministre de la Santé évoque des questions de procédure, elle tourne autour du pot," s’agace Christophe Prudhomme, porte-parole des médecins urgentistes de France, au micro de BFMTV.

Plus que procédurale, le problème est pour lui lié à l’inadéquation des moyens en rapport avec le flux aux urgences.

"C’est clair, on manque de moyens aujourd’hui à l’hôpital. La ministre doit comprendre qu’il faut desserrer les cordons de la bourse"

Patients entassés

Certains patients ressentent également le chaos ambiant et décrivent des urgences surchargées.

"Dans la journée, j’ai vu la salle se remplir, il n’y avait plus aucune place assise. Tout le monde était entassé dans la salle d’attente", commente une jeune femme.

Déplorant cette situation, l’Amuf a réclamé un rendez-vous avec la ministre de la Santé "afin de proposer et de trouver des solutions face à la saturation du système". Un CHSCT (comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) extraordinaire doit par ailleurs se tenir ce jeudi, a fait savoir l'un des responsables CGT de Lariboisière, Yann Flecher, appelant à la "transparence".

Ambre Lepoivre