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De 290.000 manifestants à 9500: le début de la fin des gilets jaunes?

Le 29e samedi de mobilisation des gilets jaunes apparaît comme la plus faible journée de rassemblements en six mois. Selon les autorités, ils étaient 9500 en France et 1500 à Paris. Certaines figures du mouvement semblent voir la fin de cette mobilisation se dessiner.

Des cortèges clairsemés et des manifestants souvent désabusés. Plus de six mois après le début du mouvement, seuls quelques milliers de gilets jaunes ont répondu présent à ce 29e samedi de mobilisation. D'après les chiffres du ministère de l'Intérieur, qui sont toujours contestés par les gilets jaunes, 9500 manifestants ont été dénombrés dont 1500 à Paris, soit la plus faible mobilisation depuis le début du mouvement, qui n'était jamais passée en dessous de la symbolique barre des 10.000 protestataires.

Après des mois de mobilisation variable, attirant de plusieurs dizaines de milliers à plus de 287.000 gilets jaunes au premier jour de la contestation, les dernières semaines ont en effet montré un essoufflement: le 18 mai, ils étaient environ 15.500 à travers la France, et 12.500 le 25. La mobilisation avait toutefois connu un regain d'intérêt après les vacances de Noël, avec 84.000 participants le 19 janvier, pile au moment du lancement du grand débat par le gouvernement.

Les gilets jaunes étaient 287.710 au début du mouvement, le 17 novembre 2018.
Les gilets jaunes étaient 287.710 au début du mouvement, le 17 novembre 2018. © BFMTV

"C'est la première fois qu'il y a si peu de monde"

Face à cette démobilisation, certains manifestants n'hésitent plus à afficher leur blues. Comme Josiane, mobilisée dès la première heure depuis le mois de novembre et présente dans les rues de Toulouse, l'une des places fortes du mouvement, où seules quelques centaines de personnes étaient réunies samedi.

"C'est la première fois qu'il y a si peu de monde à Toulouse, ça me fait mal au coeur. Le gouvernement, le pouvoir, ils sont trop forts, au final on n'a rien gagné et en plus on s'est fait insulter et taper dessus", déplore cette retraitée.

Même constat à Paris où deux cortèges se sont élancés séparément, l’un partant de la place Denfert-Rochereau dans le XIVe arrondissement, l’autre du XVIe arrondissement. Un manque de cohérence et d’organisation qui dessert le mouvement, selon certaines figures emblématiques. "Ça part en dérive totale, les manifestations comme celle d’aujourd’hui, je ne suis vraiment pas pour", a déploré samedi matin sur notre antenne Eric Drouet, qui n'a pas pris part à la marche ensuite.

Retour en septembre?

Pourtant, beaucoup dans les cortèges tentent de garder espoir. "On ne lâche rien! Les médias disent que le mouvement est mort mais c'est faux", affirme Sandrine 53 ans, de Massy-Palaiseau, auxiliaire familiale, présente chaque samedi depuis le 17 novembre. D’autres pensent déjà à la rentrée:

"On va peut-être faire une petite trêve cet été mais en septembre on est tous très motivés pour continuer et on espère que tous les Français nous rejoindront", lâche, optimiste, Sophie Tissier sur BFMTV. Plusieurs manifestants assurent déjà leur retour dans la rue la semaine prochaine pour leur trentième samedi jaune.

"Pour continuer à venir, il faut vouloir aller au-delà, penser un peu politiquement, structurer l'élan qu'a été les gilets jaunes. Mais pas dans un parti, en tout cas", estime Jean-Marc, 64 ans, enseignant à la retraite, de Créon, dans la grande banlieue de Bordeaux. Dans cette ville, en pointe depuis le début du mouvement, quelque 450 manifestants ont battu le pavé, selon la préfecture. Pour lui les "quelques mesurettes du gouvernement ont pu donner un peu d'oxygène à certains, mais la souffrance est toujours là. Des gens au point de rupture, j'en vois toujours".

Punir les violences policières

Si la rue ne rassemble plus autant, les manifestants continuent de s'entendre sur le fond des revendications, et notamment sur la "répression policière". Cette semaine, le procureur de Paris a assuré que des policiers seraient jugés pour violences lors des manifestations, suscitant la colère des organisations syndicales de la police.

"Cela reste de la communication, l'arbre qui cache la forêt et je pense que l'on est loin du compte donc j'appelle tous les blessés à aller porter plainte", a commenté Jérôme Rodrigues, figure du mouvement, qui a lui-même perdu un oeil le 26 janvier.

Selon le procureur de Paris, 171 enquêtes ont été confiées à l'inspection générale de la police nationale (IGPN) et trois à l'inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). Les investigations sont désormais terminées pour 57 d'entre elles et le parquet doit décider d'éventuelles suites judiciaires. Depuis le début du mouvement le 17 novembre, 2448 personnes ont été blessées côté manifestants et 1797 parmi les forces de l'ordre, selon des chiffres du ministère de l'Intérieur arrêtés au 13 mai.
Ambre Lepoivre avec AFP