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Comment le comité Adama est devenu le fer de lance de la lutte contre les violences policières

La soeur d'Adama Traoré accompagnée du réalisateur Ladj Ly pose devant un collage de JR en hommage à son frère à Paris, le 9 juin 2020

La soeur d'Adama Traoré accompagnée du réalisateur Ladj Ly pose devant un collage de JR en hommage à son frère à Paris, le 9 juin 2020 - BERTRAND GUAY / AFP

Depuis quatre ans, Assa Traoré porte le combat de la vérité pour son frère Adama, mort en 2016 après une interpellation policière, et se bat plus largement contre les violences policières et le racisme dans la police.

Une grande sœur charismatique, des militants expérimentés, des soutiens médiatiques... Fort de quatre ans de mobilisation, le comité Adama Traoré est en France le fer de lance de la mobilisation contre les violences policières, revenue au premier plan depuis la mort de George Floyd.

Assa Traoré, la sœur d'Adama mort après son interpellation par les gendarmes à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) le 19 juillet 2016, est en première ligne depuis quatre ans pour réclamer "vérité et justice" dans ce dossier, toujours en instruction. Elle appelle à une nouvelle mobilisation ce samedi à Paris de la place de la République à Opéra.

"Elle a toujours été quelqu'un de compétent, courtois, posé", confie à notre antenne l'ancien maire de Sarcelles où elle a débuté sa carrière d'éducatrice spécialisée. "Elle a aidé des centaines de jeunes", ajoute-t-il.

Un comité soudé

Dès le début, Assa Traoré et sa famille ont pu compter sur un collectif efficace et soudé d'une "vingtaine" de personnes. Parmi eux des proches de la famille, mais aussi des militants de longue date comme l'énergique Youcef Brakni, 34 ans, qui vit en Seine-Saint-Denis.

Le comité Adama Traoré s'appuie également sur l'expérience du Mouvement de l'immigration des banlieues (MIB) - une organisation née dans les années 90, après la marche pour l'égalité de 1984 - en élargissant et politisant son discours: il dénonce non plus seulement les violences policières, mais un "racisme systémique", les discriminations en général et s'implique dans d'autres luttes sociales.

Vêtus de leurs tee-shirts "Justice pour Adama", dont la vente est leur principal moyen de financement avec les dons, les membres du comité défilent aux côtés des Gilets jaunes, prennent la tête d'une manifestation de partis et d'organisations de gauche contre la politique de Macron en mai 2018, participent à l'occupation d'un centre commercial avec les militants écologistes radicaux de Extinction rebellion. 

Organisateurs le 2 juin d'une manifestation d'ampleur devant le palais de Justice de Paris, ils sont de toutes les marches contre les violences policières. Et tiennent régulièrement des réunions dans les quartiers populaires. A Grigny ou à Sarcelles, "on s'installe en bas des immeubles et on discute de tout avec les jeunes, des violences policières mais aussi des retraites par exemple", détaille Youcef Brakni.

De nombreux soutiens

Autre pilier du comité, Almamy Kanouté. Carrure imposante, le militant associatif de Fresnes (Val-de-Marne) a récemment joué dans le film "Les Misérables" dont le scénario est centré sur une bavure policière. 

"On est dans une forme de sérénité, de détermination et de courage. On décide de mobiliser un certain nombre de citoyens qui souhaitent exprimer leur colère profonde, et accompagner une famille qui se bat depuis quatre ans", a-t-il expliqué ce samedi sur BFMTV.

Le réalisateur du film, Ladj Ly, fait d'ailleurs partie des personnalités qui ont contribué à la médiatisation du comité, aux côtés de figures du rap français (Youssoupha, Fianso, Kery James...) ou de l'acteur Omar Sy.

Le sociologue et philosophe Geoffroy de Lagasnerie et son ami l'écrivain Edouard Louis rejoignent eux aussi le mouvement, même s'ils n'ont jamais été directement membres du collectif.

"Dès qu'Assa Traoré a pris la parole, ça a amené une bouffée de réel à gauche où le mouvement contestataire connaissait un essoufflement", explique le sociologue.

Si des ponts ont rapidement été lancés avec la mouvance antifasciste, les relations sont plus compliquées avec les partis de gauche. Certains membres de LFI, EELV ou du PS ont déjà marché aux côtés du comité, mais c'est par exemple la première fois samedi que le leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, viendra à l'une de leur manifestation.

#GénérationAdama

C'est que le comité est aujourd'hui un acteur "important" dans le paysage des mouvements sociaux français, explique Julien Talpin, chercheur au CNRS et spécialiste des mobilisations des quartiers populaires.

"Leur force est de réussir à élargir le spectre et à universaliser leur combat, en disant: quand on parle d'Adama Traoré, on parle de toutes les victimes de violences policières et de la valeur de la vie des personnes des milieux populaires", observe-t-il.

Le comité est enfin très actif sur les réseaux sociaux, un moyen de faire "jeu égal" avec les médias, où il utilise désormais le hashtag #Generationadama. "Nous, nous sommes de la génération Zyed et Bouna, dont la mort en 2005 a été un tournant", dit Youcef Brakni. "Le 2 juin, c'est la génération Adama qu'on a vue dans la rue" veut-il croire, espérant qu'elle s'inspirera à son tour du comité pour continuer son combat.

Mélanie Rostagnat avec AFP