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Mort d'Adama Traoré: plus de 20.000 personnes rassemblées à Paris, des incidents au moment de la dispersion

Plus de 20.000 personnes, d'après une source policière à BFMTV, se sont rassemblées devant le tribunal judiciaire à Paris pour rendre hommage à Adama Traoré et dénoncer les violences policières. Le rassemblement a commencé dans le calme mais des incidents ont éclaté vers 21 heures dans la capitale.

"Pas de justice, pas de paix", n'ont-ils cessé de clamer sur le parvis du tribunal judiciaire parisien. Ce mardi, dans la soirée, ils étaient plus de 20.000 personnes, d'après une source policière à BFMTV, à se rassembler pour réclamer justice pour Adama Traoré, mort en juillet 2016, alors qu'il avait été interpellé par les gendarmes dans le Val-d'Oise. D'autres rassemblements ont également été observés à Lille ou Marseille.

Le rassemblement à Paris, très encadré par les forces de l'ordre (CRS et gendarmerie mobile), s'est tout d'abord déroulé dans le calme à partir de 19 heures, mais des incidents ont éclaté dans la capitale vers 21 heures.

Jets de pierre, brasiers et gaz lacrymogènes

Des jets de pierre ont pu être constatés, puis un drapeau américain a été accroché à un poteau et brûlé par quelques manifestants, tandis que certains récupéraient barrières et autres poubelles pour faire des barricades. Un tronçon du périphérique parisien a ainsi été bloqué par les manifestants au niveau de la porte de Clichy.

Les pompiers se sont rendus sur place, encadrés par des CRS, pour éteindre plusieurs brasiers allumés sur les lieux, et les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour maîtriser les manifestants. Selon nos informations, un gros dispositif de sécurité était prévu pour cette manifestation. 

La situation est progressivement rentrée dans l'ordre, et a été maîtrisée un peu après 22 heures, selon Laëtitia Vallar, la porte-parole de la préfecture de Paris interrogée sur notre antenne, qui a par ailleurs qualifié ces débordements de "sporadiques". Selon nos informations, un cortège de 300 à 400 manifestants s'est déplacé vers l'est de la capitale un peu plus tard dans le cours de la soirée. 

"Tout le monde déteste la police"

Malgré l'interdiction prononcée par le préfet de police de Paris, ils étaient nombreux à avoir répondu présents à l'appel du comité de soutien à la famille d'Adama Traoré, ce jeune homme noir âgé de 24 ans au moment de sa mort. "Aujourd'hui, ce n'est plus que le combat de la famille Traoré, c'est votre combat à vous tous (...). Aujourd'hui, quand on se bat pour Georges Floyd, on se bat pour Adama Traoré", a lancé Assa Traoré, soeur aînée d'Adama, face à des manifestants qui scandaient "Révolte" ou "Tout le monde déteste la police".

Parmi les manifestants rassemblés sur le parvis du nouveau palais de justice de Paris, beaucoup de jeunes, mais aussi des gilets jaunes. "La violence n'a pas sa place en démocratie", a réagi le ministre de l'Intérieur dans la soirée. "Rien ne justifie les débordements survenus ce soir à Paris, alors que les rassemblements de voie publique sont interdits pour protéger la santé de tous", a tweeté Christophe Castaner, félicitant par la même occasion les forces de l'ordre pour "leur sang-froid" et "leur maîtrise". 

Mardi matin, la préfecture de police avait annoncé que la manifestation n'était pas autorisée en raison de l'état d'urgence sanitaire qui proscrit tout rassemblement public de plus de dix personnes, car elle n'avait "fait l'objet d'aucune déclaration préalable". La préfecture de polie de Paris estimait également que "la tonalité de l’appel à manifester relayé par les réseaux sociaux laissait craindre que des débordements aient lieu sur un site sensible".

"Les mêmes mots: je n'arrive plus à respirer"

Assa Traoré, porte-parole du comité la "Vérité pour Adama" à l'initiative du rassemblement, dénonce un "déni de justice" dans cette affaire devenue, pour ses défenseurs, un symbole des violences policières. L'appel à ce rassemblement intervient dans le contexte d'une flambée de manifestations aux Etats-Unis, après la mort de George Floyd lors de son interpellation.

"Ce qui se passe aux USA fait écho à ce qui se passe en France", a estimé la militante, ajoutant: "Ils ont eu les mêmes mots: je n'arrive plus à respirer."

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré était décédé dans la caserne de Persan, près de deux heures après son arrestation à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) au terme d'une course-poursuite avec les gendarmes. Quatre ans après, l'affaire Traoré est devenue celles d'une guerre d'experts: alors que trois expertises médico-judiciaires ont écarté la responsabilité des gendarmes, une expertise commandée par la famille, dévoilée mardi, la contredit. 

Mardi matin, la préfecture de police avait annoncé que la manifestation n'était pas autorisée en raison de l'état d'urgence sanitaire, qui proscrit tout rassemblement public de plus de dix personnes, car elle n'avait "fait l'objet d'aucune déclaration préalable". Elle estimait également que "la tonalité de l'appel à manifester relayé par les réseaux sociaux laissait craindre que des débordements aient lieu sur un site sensible".

Sarah Lou Cohen, Esther Paolini avec AFP