BFMTV

Benalla secoue à nouveau l'exécutif

Alexandre Benalla - Image d'illustration

Alexandre Benalla - Image d'illustration - Bertrand Guay - AFP

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire samedi après les révélations sur les passeports diplomatiques d'Alexandre Benalla.

Une nouvelle affaire Benalla couvait après les révélations sur les activités en Afrique de l'ancien collaborateur de l'Elysée. Elle a finalement explosé en fin de semaine.

Selon Mediapart et Le Monde, Alexandre Benalla continuerait de voyager avec un passeport diplomatique émis le 24 mai, c'est-à-dire, après sa mise à pied liée à des violences lors de manifestations du 1er mai. Ce passeport a été utilisé ces dernières semaines pour entrer dans différents pays africains ainsi qu'en Israël", selon Mediapart qui cite "des sources sécuritaires". 

L'exécutif plaide l'ignorance

Deux questions se posent donc: pourquoi l'ancien chargé de mission dispose toujours de passeports diplomatiques? Les a-t-il utilisés pour des voyages d'affaires auprès de dirigeants africains? L'opposition a immédiatement demandé "la vérité" sur cette nouvelle affaire Benalla embarrassante pour le chef de l'État, déjà sous pression de la crise des "gilets jaunes". 

La présidence a dû se fendre d'un communiqué, plaidant l'ignorance: elle dit ne disposer "d'aucune information remontée par les services de l'État concernés sur l'utilisation par Alexandre Benalla des passeports diplomatiques qui lui avaient été attribués dans le cadre exclusif de ses fonctions à la présidence de la République".

Benalla contre-attaque

Contre-attaquant, Alexandre Benalla a assuré que ses passeports lui avaient été restitués par un salarié de l'Elysée, son entourage précisant que c'était "début octobre". Il avait affirmé, sous serment devant la commission d'enquête du Sénat le 19 septembre, avoir laissé ce document dans son bureau de l'Élysée.

Il a également souligné entretenir des "relations" et des "échanges réguliers" avec "certains membres de la présidence", dans une lettre adressée le 26 décembre au cabinet d'Emmanuel Macron. Il assure par ailleurs n'avoir "jamais effectué de missions personnelles et privées" durant ses fonctions à l'Élisée et n'avoir "a fortiori jamais reçu directement ni indirectement de rémunérations en résultant". En outre dans ses activités actuelles, il ne s'est "jamais prévalu d'une quelconque recommandation ou appui de la présidence de la République dans le cadre de (s)es nouvelles activités, et le prétendre serait purement mensonger" et "diffamatoire", affirme-t-il.

Le Quai d'Orsay a annoncé dans la foulée l'intention de Jean-Yves Le Drian de saisir le parquet, "sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale" qui enjoint tout représentant des autorités de le faire s'il a connaissance d'un crime ou d'un délit. Le ministère affirme avoir réclamé en juillet, puis en septembre la restitution des deux passeports. Ce samedi, le parquet de Paris a annoncé l'ouverture d'une enquête préliminaire, notamment pour "abus de confiance". 

Dysfonctionnements

Le flou gouvernemental a provoqué la colère de l'opposition: de LR à LFI, elle demande en choeur "la vérité" à l'Élisée, voire à Emmanuel Macron. La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a tweeté: "Les affaires Benalla ne révèlent pas simplement un dysfonctionnement, mais une dénaturation de notre République. Emmanuel Macron aura abîmé tant en si peu de temps." "Ce qu'il s'est passé depuis le 1er mai jusqu'à maintenant est inadmissible", a abondé le député Modem des Yvelines Bruno Millienne sur LCI.

"En pleine crise des gilets jaunes, cette nouvelle affaire Benalla alimente un sentiment global de désordre et d'amateurisme de la part du gouvernement", commente Jérémy Brossard, rédacteur en chef du service politique de BFMTV. Et d'ajouter: "Pourquoi lui a t-on délivré ses passeports? Et pourquoi les a t-il toujours? Nous avons de nouveau l'impression d'une affaire compliquée et d'un exécutif à la traîne, qui donne le sentiment de ne pas maîtriser les choses." 

Une enquête préliminaire ouverte

Au Sénat, dominé par l'opposition de droite, la commission d'enquête qui a entendu Alexandre Benalla sur les conditions dans lesquelles il a participé à une interpellation musclée le 1er mai, va examiner "tous les éléments parus dans les médias ces jours-ci et relèvera toute contradiction entre ces informations et les éléments recueillis sous serment pendant ces auditions", a déclaré jeudi une source proche de la commission.

L'un des vice-présidents de la commission, Alain Marc (Les Indépendants), s'est interrogé auprès de l'AFP: les passeports non-rendus "traduisent soit la faiblesse de l'exécutif, soit une complaisance pour Alexandre Benalla: en sait-il trop sur d'autres affaires?". Les nouvelles révélations semblent confirmer que "Benalla était dans un rôle de conseiller spécial du président, qui ouvre des portes grâce à son entregent", avance un autre membre de la commission.

Cyrielle Cabot avec AFP