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Applications, réseaux sociaux: un rapport dénonce l'essor de la "prostitution 2.0"

Un homme surfe sur un site de rencontre, le 10 février 2014 à Washington

Un homme surfe sur un site de rencontre, le 10 février 2014 à Washington - EVA HAMBACH, AFP/Archives

Selon un rapport réalisé par la Fondation Scelles et publié ce mardi, la prostitution sur Internet serait en plein essor.

Les proxénètes gèrent leurs activités sur la messagerie Whatsapp, repèrent leurs proies sur Instagram et appâtent les clients via des petites annonces déguisées sur Internet: un rapport dévoilé ce mardi dénonce le détournement des nouvelles technologies au profit d'une "prostitution 2.0".

"La prostitution et l'exploitation sexuelle sur Internet apparaissent comme un fléau en pleine expansion", constate la Fondation Scelles, à l'origine de cette étude de 548 pages.

Whatsapp, Tinder, Facebook, Instagram, Snapchat, Airbnb...: rares sont les applications, réseaux sociaux ou messageries instantanées à ne pas avoir été "détournées de leur destination à des fins de prostitution", constate l'étude qui a passé 35 pays à la loupe.

"Tous les pays sont touchés, quelle que soit la législation, restrictive en Chine ou permissive en Allemagne", souligne auprès de l'AFP le magistrat Yves Charpenel, président de la Fondation Scelles.

En France, 2/3 de la prostitution a lieu sur Internet

Cette "prostitution 2.0" a depuis quelques années supplanté la prostitution classique, sur la voie publique. En France, elle représenterait "deux tiers de la prostitution", selon le rapport.

La Fondation Scelles, qui mentionne une note du ministère français de l'Intérieur datée de mai 2018, souligne que "pour la première fois en 2017, le pourcentage de victimes identifiées exerçant sur la voie publique était inférieur à celui des victimes exerçant 'en prostitution logée'", en appartements ou en hôtels.

Dans l'Hexagone, les jeunes filles victimes de l'essor d'un "proxénétisme des cités", souvent mineures, en rupture familiale et rendues dépendantes à la drogue, ont été repérées sur Snapchat ou Instagram, avant d'être prostituées dans des appartements loués sur la plateforme Airbnb et transformés en "bordels éphémères".

Un phénomène difficile à enrayer

Internet a "mangé la prostitution de rue" qui ne concerne plus qu'une frange marginale, abonde Yves Charpenel. Le magistrat dénonce le niveau "industriel et sans risque" de l'exploitation sexuelle en ligne, qui permet aux proxénètes d'"éviter les risques personnels" en se tenant "à distance du trafic".

"Le numérique facilite la dissimulation, l'anonymat et la discrétion qui permettent de développer des activités illicites", observe la Fondation. "Depuis un même ordinateur, un réseau criminel peut repérer ses futurs 'produits', faire venir les clients, puis blanchir l'argent", synthétise Yves Charpenel.

Difficile, parfois, pour les autorités de caractériser ce proxénétisme qui se glisse dans les sites de petites annonces derrière des messages ambigus, promettant "massages", des "moments d'évasion" voire de "prendre une douche après".

Pour enrayer ce phénomène, "une véritable gouvernance de l'internet reste à construire", estime la Fondation Scelles.

En France, la loi sur la prostitution d'avril 2016, dont la mesure phare était la pénalisation des clients, impose aux hébergeurs et fournisseurs d'accès de mettre en place un système permettant aux utilisateurs de signaler des contenus frauduleux. "Ça ne suffit pas. La prostitution génère tellement de profits que ça déferle de partout. Il faut davantage responsabiliser les plateformes", estime Yves Charpenel. Cependant, le rapport note "de premiers jalons significatifs".

Aude Solente avec AFP