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Amnesty International dénonce la réponse "liberticide" de la France aux attentats

Amnesty International épingle la France dans son rapport annuel sur les droits de l’Homme dans le monde. L’organisation dénonce des dérives liées notamment au prolongement de l’état d’urgence.

La France pays des Droits de l’Homme? Pas en 2015, estime Amnesty International dans son rapport annuel. L’organisation habituée à dénoncer les atteintes aux droits et libertés dans les dictatures étrille cette année plusieurs pays européens dont la France.

L’année écoulée "a été éprouvante pour la France et pour les droits humains" estime Amnesty International qui dresse un bilan sans appel de cette fin d’année. Pour l’organisation, la France a eu une réponse liberticide aux attentats. "Nous reconnaissons qu’au lendemain des attentats, il pouvait y avoir une nécessité pour un état d’exception", admet Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty France sur BFMTV.

Mais prolonger l’état d’urgence qui permet notamment de mener des perquisitions administratives n’était pas nécessaire estime-t-elle.

"Il ne faut pas croire que jusqu’à l’état d’urgence il n’y avait aucune loi pour protéger les Français, estime-t-elle. Ce que nous demandons c’est permettre que quand il y a perquisition, quand il y a assignation à résidence ce soit sur la base d’éléments concrets et pas sur la base de comportements qui pourraient être suspects".

L'organisation estime que la protection des droits devrait être la priorité du gouvernement. "S’il y a besoin de répondre à une menace qui mettrait en cause la sécurité des Français, il faut que celle-ci soit clairement dans le cadre de la protection des droits et libertés et des personnes", appuie à son tour Jean-François Dubost, responsable du programme personnes déracinées à Amnesty.

Population stigmatisée, droits des migrants pas respectés

A travers les perquisitions menées et les assignations à résidence, Amnesty International accuse par ailleurs la France de stigmatiser une partie de la population, en particulier les musulmans.

"Nous avons constaté des abus, assure Geneviève Garrigos. Qu’on dise à une personne quand on la perquisitionne au milieu de la nuit avec ses enfants, ‘c’est parce que vous pratiquez trop’ et que cette personne va ensuite être stigmatisée auprès de ses voisins etc, ça nous dérange beaucoup".

Outre la gestion de la sécurité après les attentats, Amnesty International estime également que la France n’est pas à la hauteur concernant les droits des réfugiés et des migrants. Le rapport pointe notamment la situation à Calais et rappelle que le 23 novembre, "le Conseil d’Etat a jugé que les conditions de vie dans ce campement s’apparentaient à un traitement inhumain".
C. B