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A Grenoble, Rennes ou Trappes, les cours de récréation "non genrées" se multiplient

Des enfants jouent dans une cour de récréation (image d'illustration)

Des enfants jouent dans une cour de récréation (image d'illustration) - THOMAS SAMSON / AFP

Des villes se penchent sur la question de l'égalité entre les garçons et les filles dès le plus jeune âge. Les élus se servent de l'urbanisme pour lutter contre le sexisme dans l'espace public.

“Débitumiser, dégenrer, végétaliser, potagiser.” Un air de changement flotte dans les cours d’école de Grenoble. Début juillet, le maire de la ville, Eric Piolle, a annoncé sur Twitter la réorganisation de la cour de récréation du groupe scolaire Clémenceau qui ressemble “à des parkings en bitume, brûlants”.

Les travaux ont débuté depuis quelques semaines et doivent s’achever à la rentrée de septembre afin de transformer la cour de 5000 mètres carré jusqu’ici “trop réservée aux pratiques des garçons”, selon Eric Piolle, en un espace partagé à parts égales avec les filles.

“Géographie de la cour de récréation très sexuée”

Le constat de la mairie est simple: les jeux bruyants et sportifs monopolisent le centre de la cour, généralement occupé par les garçons, tandis que les filles, se sentant rejetées, mettent en place des stratégies d’évitement.

En 2014, un rapport du Commissariat général à la stratégie et à la prospective, a effectivement observé “une appropriation inégalitaire” de l’espace en milieu scolaire. Un bilan réaffirmé en 2017 par le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, qui dépeint “une géographie de la cour de récréation très sexuée”, avec des garçons qui “investissent l’essentiel de la cour par des jeux mobiles et bruyants”.

Grenoble a donc pensé le projet “Libre Cour”, qui vise à faire de la cour de récré un îlot de fraîcheur - dans un contexte de réchauffement climatique - dans lequel filles et garçons vivent sur un même pied d’égalité. Dans cet espace de 5000 m2, la mairie prévoit de désimperméabiliser 30% de la surface. Près de 2000 m2 seront par ailleurs végétalisés avec des pelouses, des arbres, des potagers et des arbustes, explique à BFMTV.com Lucille Lheureux, chargée des espaces publics et de la nature en ville.

“A l’issue de concertations avec les enfants, on a imaginé des espaces de jeux avec des endroits qui invitent au repos. L’idée est d’éviter d’avoir un grand espace, comme un terrain de foot par exemple, qui occupe toute la place et exclut les filles, les handicapés et les enfants peu sportifs”, explique l’élue, rappelant que tous les enfants ont le droit d’exister en dehors des normes de virilité qui dirigent la cour.

“Déconstruire les stéréotypes“

Et Grenoble n’est pas la seule ville à se servir de l’urbanisme et du design pour lutter contre le sexisme dans l’espace public. A Trappes, dans les Yvelines, les cours d’école se transforment depuis 2018 à la faveur d’une plus grande mixité dans un espace là aussi plus vert, qui “apaise et détend” les enfants, détaille à BFMTV.com l’ancien maire-adjoint à l’urbanisme, à l’environnement et à la qualité de vie, Thomas Urdy.

“La cour, c’est le premier espace public qu’ils connaissent. C’est donc le premier sur lequel on peut agir pour déconstruire les stéréotypes du genre, cette question doit être abordée dès le plus jeune âge”, estime-t-il, surnommant ces nouveaux espaces “cours de l’égalité”.

Dans l’école Michel de Montaigne, le bitume a laissé place aux revêtements souples, les arbres et les potagers émaillent la cour, créant dans espaces intimes reliés entre eux par une piste cyclable.

“L’idée est de favoriser la fluidité entre les espaces et d’éveiller la coopération dans les jeux plutôt que d’être dans la compétition”, abonde Gaëlle Rougier, adjointe à l’éducation de la ville de Rennes qui planche sur un projet similaire pour 2023.

Apprendre à coopérer

Le réaménagement des cours s’accompagne de jeux spécialement pensés pour favoriser la collaboration entre les garçons et les filles. La designeuse sociale, Célia Ferrer, qui travaille sur la question des violences sexistes en milieu urbain, a mis au point le jeu Pazapa, testé par deux écoles de la ville de Bordeaux.

“Le jeu se fait en deux temps. D’abord, il y a un plateau vierge sur lequel les élèves imaginent et construisent leur espace de récréation lors d’un temps pédagogique en classe. Il utilisent des cartes avec des symboles (des croix, des ronds, des flèches) pour créer un parcours parsemé de jeux. Dans un second temps, ils transposent ce qu’ils ont imaginé dans la cour de récréation, nous raconte la créatrice de Pazapa.

Des enfants élaborent leur espace de récréation avec le jeu Pazapa, de Célia Ferrer.
Des enfants élaborent leur espace de récréation avec le jeu Pazapa, de Célia Ferrer. © L'école du design
Et d’ajouter: “L’idée est de leur apprendre à se réapproprier le territoire. En créant des espaces ensemble, ils sont ensuite plus enclins à les partager”, nous indique-t-elle.

A Grenoble, Trappes, Rennes, Bordeaux... la quête d’égalité entre les garçons et les filles est donc enclenchée. Dès la rentrée 2018, les enfants de l’école Michel de Montaigne à Trappes “se sont assis et ont joué ensemble”, assure Thomas Urdy, affirmant que cette nouvelle mixité s’observe dans la quinzaine d’écoles de la ville qui ont profité de ces réorganisations.

Mais pour être effectives et pérennes, ces évolutions doivent aller de pair avec un accompagnement des enseignants sur la question de l’égalité des genres, souligne Lucille Lheureux, de Grenoble. Les élus en charge de ces projets rappellent à l’unisson qu’ils ne “cherchent pas à nier les différences qui existent entre les deux sexes mais simplement à tirer un trait sur les stéréotypes subis.”

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV