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Pourquoi les tatouages ne s'effacent-ils pas?

Un homme se fait tatouer le dos à Lima, le 4 novembre 2006.

Un homme se fait tatouer le dos à Lima, le 4 novembre 2006. - Eitan Abramovich - AFP

Une découverte de chercheurs français vient remettre en question les connaissances sur la longévité des tatouages. Comment restent-ils gravés dans la peau alors que les cellules qui absorbent les pigments se renouvellent régulièrement?

Dans quelques jours, des milliers de personnes se presseront au Mondial du tatouage à Paris pour admirer les oeuvres des artistes ou se faire encrer. L'art du tatouage est millénaire. Pourtant, la raison pour laquelle il reste "à vie" dans la peau n'était encore que partiellement expliquée. 

Jusqu'à maintenant, l'hypothèse la plus communément acceptée était que l'aiguille faisait pénétrer l'encre au-delà de l'épiderme, dans le derme. Là, elle était en partie "mangée" par des cellules macrophages voulant "soigner" l'infection, et le reste était absorbée par des fibroblastes qui restaient dans le derme et assuraient la pérennité du tatouage.

Dans tous les cas, il était supposé que les cellules ayant absorbé les pigments étaient éternelles, d'où la longévité de l'encre dans la peau. Sauf que ces cellules meurent et que le tatouage perdure quand même, a constaté une équipe de chercheurs de l'Inserm, du CNRS et d'Aix Marseille Université.

Dans une étude publiée le 6 mars dans la revue Journal of Experimental medecine, ils expliquent le procédé qui les a amenés à cette découverte. D'après leurs conclusions, ce sont en réalité les macrophages qui se "transmettent" les particules de pigment en mourant, et non les fibroblastes. 

Les chercheurs ont utilisée une souris, tatouée et génétiquement modifiée pour que les macrophages de son derme s'autodétruisent.

Des cellules éphémères, un tatouage indélébile

Le premier constat a été que les macrophages sont les seules cellules à absorber l'encre dans le derme. Le deuxième que, malgré la mort programmée de ces cellules, de nouveaux macrophages faisaient leur apparition sans que l'apparence du tatouage ne change.

Les scientifiques en ont alors conclu qu'une fois qu'un macrophage mourrait, les particules de pigment étaient libérées, avant d'être ingérées par des macrophages "frais", et ainsi de suite. Manifestement, le processus continue même lorsque la peau tatouée est greffée sur un nouvel organisme.

"Nous pensons que, lorsque des macrophages porteurs de pigment de tatouage meurent au cours de la vie adulte, d'autres macrophages environnants re-capturent les pigments libérés et assurent d’une manière dynamique l’apparence stable et la persistance à long-terme des tatouages", résume dans un communiqué Sandrine Henri, chercheuse à l'Inserm et co-responsable de l'étude.

Ces conclusions sont susceptibles d'améliorer la manière dont sont effacés les tatouages. Aujourd'hui, des impulsions laser détruisent les cellules et libèrent les pigments, afin qu'il soient évacués par les vaisseaux lymphatiques qui traversent la peau. En ciblant également les macrophages présents dans le derme, au moins temporairement, cela les empêcherait de recapturer les pigments et en optimiserait l'évacuation.

Liv Audigane