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Tatouages: l'Académie de médecine appelle à plus de contrôles

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Face à l'attrait croissant des Français pour les tatouages, l'Académie nationale de médecine pointe une réglementation insuffisante dans ce domaine. Car si la loi limite l’emploi de certains produits dans les encres afin de prévenir les risques toxiques, de nombreux effets indésirables demeurent en raison d'un manque de contrôle.

Le tatouage fait de plus en plus d'adeptes chez les Français: selon les chiffres du ministère de la Santé, 10% de la population générale et 20% des jeunes âgés de 25 à 34 ans en portaient au moins un en 2010. Si cette pratique gagne en popularité, les consommateurs ne doivent pas oublier qu'elle comporte des risques pour la santé, rappelle l'Académie nationale de médecine dans un récent communiqué.

Dans ce document, elle affirme en effet que "la diffusion de la pratique et la diversité des produits utilisés justifient de nouvelles précautions". En 2007 déjà, l'Académie de médecine avait mené un travail sur les risques encourus lors ou à la suite de la réalisation de tatouages. A l'époque, elle alertait sur les "incidents dont la fréquence est en constante progression" et sur les "possibilités de les réduire grâce à des mesures de réglementation ou tout au moins d’encadrement."

Dix ans plus tard, l'institution relève que la réglementation "demeure insuffisante". Si le risque de transmission de virus par le sang (virus des hépatites B et C, virus de l’immunodéficience humain) peut être maîtrisé par le respect de mesures d’hygiène, elle met en garde contre le risque d’infections bactériennes lié à l'utilisation de nouvelles encres dont la composition est rarement précisée.

Des produits potentiellement toxiques dans les encres

"Ces encres nouvelles persistent dans la peau sur une longue période subissant des modifications de leurs structures physiques et chimiques. Elles peuvent migrer et sont une source d’infection par la présence fréquente de bactéries", font savoir les experts. Ils évoquent ainsi une étude allemande montrant que les infections bactériennes sont causées par divers agents, essentiellement des staphylocoques et streptocoques.

À distance du tatouage, le réveil de germes (mycobactéries) de la peau est aussi constaté et ces infections peuvent être extrêmement graves. Si l'usager est mal informé, s'ajoutent aussi des complications de type prurit ou œdème déclenchées par les expositions au soleil. L'Académie nationale de médecine souligne donc à quel point le rôle des encres est essentiel. Ces produits font l’objet d’une réglementation prévue dans le code de la santé publique, cependant leur composition peut dangereusement évoluer.

"Ces dernières années, les colorants organiques se sont multipliés dans les encres de tatouages alors que ces pigments étaient initialement développés pour un usage limité aux laques et plastiques, aucune donnée n’est disponible sur leur toxicité après injection intradermique", explique-t-elle. Des prélèvements de peaux tatouées avec de l'encre noire ont ainsi révélé la présence d’hydrocarbures aromatiques polycycliques, un composé potentiellement génotoxique.

Un carnet de tatouages pour retracer l'historique

Les experts indiquent aussi que des encres peuvent contenir des produits dont certains sont interdits en cosmétiques comme des colorants, conservateurs et des métaux toxiques sous forme nanoparticulaire. D'autant que le danger ne tient pas forcément à l'encre en elle-même, mais peut aussi provenir d'un métabolite provoqué par sa dégradation. C'est pourquoi le risque d'effets indésirables peut aussi être sur le long terme, comme ils le précisent.

"Une sensibilisation, complication la plus fréquente particulièrement avec les encres rouges, peut apparaître des années après, notamment par modification de la structure chimique d’un composé de l’encre sous des UV ou du laser pour faire disparaître le tatouage", souligne le document. C'est en raison de ces nombreux dangers que l'Académie souhaite compléter les précédentes recommandations en proposant notamment de créer un carnet des "interventions", où chaque acte devra être noté ainsi que les constituants utilisés (encre, pigment, métaux…)

Une liste de substances sans danger

Elle appelle également à mieux réglementer l'usage des encres sur le plan européen avec la publication d'une liste de substances dont l’utilisation en injection est sans danger. En France, "un contrôle régulier de cette activité s’impose" car les pouvoirs publics assurent selon elle un contrôle insuffisant de cette activité. Enfin, l'information de la population sur les risques liées aux tatouages et sur leurs caractères quasi-irréversible doit être renouvelée.

Attention à ne pas confondre les produits de tatouage qui sont permanents ou semi-permanents avec les tatouages éphémères superficiels, le plus souvent à base de henné, qui comportent leurs propres dangers (eczéma allergique). L'Agence de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) déconseille fortement leur utilisation et indique que tout effet indésirable faisant suite à l’utilisation d’un produit cosmétique ou d'un produit de tatouage peut être signalé en quelques clics aux autorités sanitaires sur un site dédié.

Alexandra Bresson