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Exploration des fonds marins: inquiétude de Greenpeace après l’annonce d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron lors de la présentation du plan d'investissements "France 2030" à l'Elysée, le 12 octobre 2021.

Emmanuel Macron lors de la présentation du plan d'investissements "France 2030" à l'Elysée, le 12 octobre 2021. - Ludovic MARIN © 2019 AFP

Le chef de l'État veut faire de cette exploration un des piliers du plan "France 2030".

"Il ne faut pas laisser dans l’inconnu une grande partie du globe". Voici les mots prononcés par Emmanuel Macron ce mardi 12 octobre devant quelques 200 chefs d'entreprise et d'étudiants à l'Élysée. Durant la présentation de son plan "France 2030", qui prévoit un investissement de 30 milliards d’euros sur cinq ans pour booster la compétitivité industrielle et technologique du pays, le chef de l’État a fait de l’exploration des fonds marins une priorité.

Si douze hommes ont déjà foulé le sol de la Lune, les profondeurs de notre propre planète restent largement inexplorées et inconnues. Ainsi, près de deux milliards d’euros seront consacrés à l’exploration des fonds marins et de l’espace.

Laboratoire de recherche

Il s’agit d’"un levier extraordinaire de compréhension du vivant, d'accès à certains métaux rares, de compréhension du fonctionnement de nouveaux écosystèmes d'innovation", a souligné Emmanuel Macron. Avec tant d’inconnues, le fond des mers et des océans apparaît comme un véritable laboratoire de recherche.

Profonds de plusieurs milliers de mètres, avec des fosses culminant à 10.000 mètres, les fonds marins regorgent de mystères. On récence aujourd’hui 250.000 espèces vivantes sous-marines alors qu’il y en a vraisemblablement entre un et dix millions, estime Jean-Marc Daniel, directeur du département en charge de l’exploration des grands fonds à l’Ifremer (l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer), dans des propos rapportés par FranceInfo.

Manque d’oxygène, températures extrêmement basses, obscurité totale, forte pression… Les conditions extrêmes fournies par les fonds marins peuvent permettre des expérimentations scientifiques innovantes, notamment en terme de santé.

"La France est la deuxième puissance maritime du monde", a poursuivi Emmanuel Macron. Devant les États-Unis, elle possède également la plus grande Zone Economique Exclusive (ZEE) du monde à travers ses territoires d’outre-mer. Certaines de ces zones suscitent d’importantes convoitises pour les ressources dont elles regorgent.

Inquiétudes

En effet, les fonds marins contiennent des nodules polymétalliques riches en minerais comme le nickel, le cobalt ou le manganèse. Ces ressources sont de plus en plus demandées, notamment car elles sont utilisées pour la fabrication de batteries électriques.

"J'entends déjà le débat à venir. Je ne parle pas d'exploitation, je parle d'exploration", a très vite ajouté Emmanuel Macron. Mais pour de nombreuses ONG de protection de l’environnement, entre exploration et exploitation, il n’y a qu’un pas. L'exploitation minière en haute mer n'existe pas actuellement. En revanche, des instituts de recherche comme l'Ifremer en France ou des entreprises privées mènent des opérations d'exploration, à condition d'être parrainés par un pays.

Des ONG opposés à l'exploitation minière des fonds marins estiment que la menace est imminente. Elles appellent à mieux recycler les métaux pour répondre à la demande croissante ou à développer de nouvelles technologies pour les batteries. Elles craignent aussi une absence de contrôle totale des conditions d'exploitation minière à de telles profondeurs.

"Cauchemar"

Pour les scientifiques, il est difficile de quantifier les impacts d'une exploitation minière, dans des milieux caractérisés par une obscurité totale, le froid, la pression hydrostatique élevée, la nourriture limitée provenant de la surface.

Pour Greenpeace, l’extraction minière en eaux profondes serait "un cauchemar". L’association pointe notamment du doigt le risque de dommages sur la vie marine à cause des machines et robots utilisés pour ces activités. Les défenseurs de l’environnement craignent également que ces explorations affaiblissent les processus naturels qui permettent de stocker le carbone dans les fonds marins et qui constituent donc un outil dans la lutte contre le dérèglement climatique.

À l’instar de Greenpeace, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a adopté, le 8 septembre, une motion demandant un moratoire sur l'exploitation minière des fonds marins. Le texte exige ainsi que le moratoire soit en place jusqu'à ce que "des évaluations d'impact rigoureuses et transparentes aient été menées" et que "la protection efficace du milieu marin soit garantie". Lors du vote, la France s’était abstenue.

Salomé Robles