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Une nouvelle étude de l’Institut Pasteur confirme la faible contagiosité des enfants

Un panneau annonçant la fermeture des établissements scolaires à Crépy-en-Valois (Oise), en raison de la diffusion de l'épidémie de coronavirus.

Un panneau annonçant la fermeture des établissements scolaires à Crépy-en-Valois (Oise), en raison de la diffusion de l'épidémie de coronavirus. - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Fin avril 2020, 1340 personnes reliées aux écoles primaires de Crépy-en-Valois (Oise) ont participé à une enquête épidémiologique menée par les chercheurs de l’Institut Pasteur.

Après le lycée, des écoles élémentaires. Les chercheurs de l’Institut Pasteur sont revenus à Crépy-en-Valois, dans l’Oise, l’une des premières communes françaises touchées par l’épidémie. Si leur étude est trop limitée pour tirer des conclusions à l’échelle nationale, elle confirme d’autres études sur la faible contagiosité des enfants de 6 à 11 ans.

Les scientifiques ont pratiqué un test sérologique, qui permet de détecter la présence d’anticorps et donc un contact antérieur avec le virus, sur 1340 personnes. 139 ont été infectées par le SARS-CoV-2, soit 10,4% de la population étudiée, selon les résultats de cet étude, qui n'ont pas encore été publiés dans une revue scientifique.

Des formes mineures de la maladie

Dans le détail, 510 élèves, répartis sur six écoles primaires, ont été inclus dans cette étude. Preuve que le virus circulait dès février, il y a eu trois cas probables d’infection par le SARS-CoV-2 dans trois écoles différentes avant la fermeture des écoles pour les vacances scolaires de février, puis pour le confinement mis en place dès le 1er mars à Crépy-en-Valois.

"On a pu constater en trois occasions l’introduction du virus dans ces écoles sans qu’il y ait dans les 14 jours qui ont suivi d’autres écoliers ou d’enseignants ou de personnels non enseignants qui aient présenté des symptômes liés à ce nouveau coronavirus", explique à BFMTV Arnaud Fontanet, premier auteur de l’étude et responsable de l’unité Epidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur.

Premier enseignement, ou plutôt premier rappel, lorsqu’ils sont atteints, les enfants développent des formes mineures de la maladie. "Les seuls symptômes que l’on a observés sont des diarrhées ou de la fatigue, ce qui n’est pas évocateur d’une maladie respiratoire. Et aucun enfant étudié n’a fait de complication ni n’a été hospitalisé", détaille Arnaud Fontanet.

Les enseignants peu touchés

Selon lui, l’étude permet aussi de confirmer la fréquence des patients sans symptômes: "40% des enfants du panel ont fait une forme asymptomatique de la maladie, ce qui est la fourchette basse." "Parce que d’autres enfants ont fait des symptômes que l’on a attribués au coronavirus alors qu’en fait c’était peut-être autre chose", poursuit-il. "Donc on peut estimer qu’au moins la moitié des enfants ne font pas de symptômes."

Quant aux enseignants, ils ont été peu touchés, puisqu’il n’y a eu que 3 infectés sur 42 testés, soit 7,1%. Pour les personnels non enseignants, la proportion d’infection a été de 1 sur 28, soit 3,6%.

À l’inverse, la proportion d’infection est très élevée (61,0%) chez les parents d’enfants eux-mêmes contaminés, alors qu’elle n’est que de 6,9% chez les parents d’enfants non infectés. Ceci permet de penser que les parents ont été la source de l’infection de leurs enfants dans de nombreux cas.

"On retrouve un regroupement familial fort: 60% des parents infectés, 40% des autres frères et sœurs. Cela laisse supposer que ce sont les parents qui ont infecté leurs enfants comme d’autres études le laissent entendre. Et que les enfants eux-mêmes ont été peu contagieux pour leur entourage", estime Arnaud Fontanet.

Un faible risque de contamination secondaire

Pour autant, l’étude souffre de limites, notamment la période d’exposition à la maladie au moment où le virus circulait déjà, comme le reconnaît son premier auteur. "Si cette étude avait duré huit semaines en milieu scolaire avec un échantillon de 6 écoles, et que l’on n’avait pas vu de transmission secondaire, alors oui ce serait extrêmement rassurant", explique-t-il.

"Là, on est limités, on n’a vu que trois épisodes probants d’introduction du virus dans les écoles, ce qui est pour moi insuffisant pour pouvoir faire des généralisations à l’échelle nationale. En revanche, elle s’inscrit dans un ensemble de travaux qui sont intéressants à comparer", concède l’épidémiologiste.

Les mêmes chercheurs s’étaient rendu au lycée de Crépy-en-Valois en mars. Le virus y a été responsable d’une épidémie importante : 38% des lycéens, 43% des enseignants et 59% des personnels non enseignants ont été infectés.

"Dans le lycée, l’épidémie a très bien pris alors que dans les écoles primaires, il y a eu trois introductions sans qu’il y ait de foyer résultant", conclut Arnaud Fontanet.

Enfin, même si l’échantillon est petit, cette nouvelle étude va dans le même sens que d’autres menées par exemple en Australie ou en Irlande sur le faible risque de contamination secondaire chez les moins de 11 ans.

En France, une enquête menée par Santé publique France aux Contamines-Montjoie avait conclu qu’un enfant de 9 ans infecté, sans symptômes, avait fréquenté trois écoles, et 172 personnes (dont 112 élèves et professeurs), sans en contaminer aucune.

Margaux de Frouville