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"Un désastre", "on perd du temps": les critiques fusent contre la campagne de vaccination française

Vaccination d'une pensionnaire d'un Ehpad de Bobigny, le 30 décembre 2020

Vaccination d'une pensionnaire d'un Ehpad de Bobigny, le 30 décembre 2020 - STEPHANE DE SAKUTIN © 2019 AFP

De nombreux professionnels de santé s'alarment du retard pris par la France pour vacciner sa population, une semaine après l'administration des premières doses.

"Autopsie d'un désastre." Tel est le titre du billet publié ce samedi par l'ancien généticien Axel Kahn sur son site internet. Dans ce long texte, l'actuel président de la Ligue contre le cancer critique vivement la stratégie de vaccination mise sur pied par le gouvernement et déplore notamment "la lourdeur administrative et la rigidité procédurale des corps de l’État, notamment dans le domaine sanitaire".

Alors qu'à peine plus de 400 personnes ont été vaccinées en France depuis le lancement de la campagne le 27 décembre dernier, de nombreux professionnels de santé s'offusquent du retard pris par rapport à nos voisins européens. En Allemagne, où les premiers vaccins ont également été administrés le 27 décembre, plus de 230.000 citoyens ont reçu une première dose, tandis que le Royaume-Uni, qui a entamé la vaccination le 8 décembre, a dépassé le cap du million.

"Nous sommes bons derniers du palmarès européen", confirme William Dab. Dans les colonnes du Parisien, l'ancien directeur général de la Santé critique ce dimanche une stratégie vaccinale qui "ne ressemble à rien" et estime que si on continue à ne vacciner que 300 personnes par semaine, "nous y serons encore dans 5000 ans".

Une perte de temps "frustrante"

"Toute la communauté soignante ne comprend pas pourquoi il y a un tel écart avec l'Allemagne: l'Allemagne vaccine 20.000 personnes par jour, nous sommes à 50", a dénoncé samedi le Pr Mehdi Mejdoubi. Invité sur le plateau de BFMTV, le chef de pôle au Centre hospitalier de Valenciennes, dans le Nord, a plaidé pour l'installation de vaccinodromes, "seule solution" selon lui "pour vacciner rapidement" et rattraper "nos quatre semaines de retard".

"On perd du temps à n'en plus finir et c'est cela qui est très frustrant. Des doses, on en a, mais on a fait cette stratégie d'aller au contact du patient alors que dans la majorité des autres pays, ce sont les patients qui se déplacent", a abondé sur notre antenne Anne Sénéquier, médecin et co-directrice de l'Observatoire de la santé mondiale à l'Iris.

Interrogé sur Franceinfo vendredi, le chef du service de réanimation de l'hôpital Raymond Poincaré à Garches, dans les Hauts-de-Seine, a lui aussi mis en garde contre un scénario "catastrophique".

"Tous les ingrédients sont réunis" pour que les "prochaines semaines ressemblent à mars" 2020, ce qui "serait vraiment catastrophique", a ainsi déclaré le professeur Djillali Annane qui souhaite que tous les Français "volontaires" pour se faire vacciner "doivent pouvoir y accéder sans attendre trois, voire quatre mois".

"Ça doit changer vite et fort", insiste Macron

Face à ces critiques, l'exécutif a changé de ton et promet désormais une accélération de la campagne. Lors de ses voeux aux Français le 31 décembre, Emmanuel Macron a promis qu'il "ne laisserai(t) pas, pour de mauvaises raisons, une lenteur injustifiée s'installer", tandis que le ministre de la Santé annonçait quelques minutes plus tôt l'ouverture de la vaccination aux soignants de plus de 50 ans dès ce lundi.

Le Journal du Dimanche a par ailleurs rapporté ce jour la colère du président de la République qui juge, en privé, que la campagne vaccinale "n'est pas à la hauteur ni du moment ni des Français".

"Ca ne va pas […]. Ça doit changer vite et fort et ça va changer vite et fort", a notamment martelé le chef de l'Etat lors d'échanges téléphoniques.

Ce dimanche, dans les colonnes du Parisien, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a pour sa part évoqué "un renforcement des moyens pour faire arriver les vaccins aux Ehpad" et a rappelé que des centres de vaccination en ville seraient mis en place dès le début du mois de février, comme cela avait été annoncé par Olivier Véran.

En déplacement au Tchad pour le passage à la nouvelle année, le Premier ministre Jean Castex a quant à lui assuré que "dans les mois qui viennent, à l'arrivée, la situation sera totalement équilibrée en termes de vaccination en Europe".

Mélanie Rostagnat Journaliste BFMTV