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Covid-19: comment la France peut-elle rattraper son retard sur la campagne de vaccination?

De plus en plus de voix, notamment de soignants, s'élèvent face à la lenteur de la stratégie vaccinale en France contre le Covid-19. Le gouvernement, lui, assure que l'accélération est déjà engagée.

Lente, insuffisante, mal organisée. La campagne de vaccination contre le Covid-19 en France connaît des débuts pour le moins houleux. Alors que certains pays européens ont déjà vacciné plusieurs dizaines de milliers de leurs habitants, les chiffres provisoires en France relayés par CovidTracker dont état au 31 décembre 2020, seuls 352 Français ont été vaccinés contre le Covid-19. Si la vaccination a pu démarrer ce week-end dans les établissements hospitaliers en Île-de-France, ils restent extrêmement bas.

"Les Allemands ont vacciné la semaine dernière à un rythme de 20.000 par jour et il y a un débat en Allemagne considérant que ce n'est pas assez! Nous, nous sommes à 50 par jour et demain il n'y en aura pas 20.000", déplore sur notre antenne ce dimanche Mehdi Mejdoubi, professeur de médecin et chef de pôle au centre hospitalier de Valenciennes (Nord). Ce dernier estime même qu'"il va falloir plusieurs semaines pour atteindre le rythme de l'Allemagne".

Une stratégie à la traîne à la différence de nos voisins et qui irrite jusqu'au sommet de l'État, Emmanuel Macron ayant qualifié le rythme de celle-ci de "promenade en famille" pas à la hauteur "des Français" et de la situation. Une colère visiblement entendue par le gouvernement, qui affirme avoir engagé l'accélération de la campagne de vaccination.

Vacciner tous les soignants sans condition d'âge

Les premières annonces ont déjà été faites par Olivier Véran. Le ministre de la Santé a indiqué que les soignants âgés de plus de 50 ans pourront se faire vacciner dès lundi "dans les centres disposant déjà de vaccins". Une mesure en réalité déjà appliquée depuis ce week-end en Île-de-France donc, mais loin de suffire pour le corps médical.

"L'idée de vacciner les soignants c'est une très bonne idée mais je regrette qu'on ait mis la limite à 50 ans parce que le sujet c'est de vacciner tous les soignants", a jugé sur BFMTV Philippe Juvin, chef du service des urgences à l'hôpital Georges Pompidou, qui s'est d'ailleurs fait vacciner samedi.

Emmanuel Macron, dont certains propos tenus en privés ont été rapportés ce dimanche par le JDD, s'agace notamment de l'impossibilité pour les médecins volontaires d'avoir accès aux vaccins pour pouvoir donner par la suite l'exemple à leurs patients.

Pas de quoi satisfaire pleinement Philippe Juvin qui a estimé samedi soir, chez LCI, qu'"il faut vraiment faire tout à fait différemment de ce qu'on fait":

"Il faut acheter massivement des vaccins dès lundi, établir de la confiance et que tout le gouvernement se fasse vacciner dès lundi ou mardi, organiser des vaccinodromes comme le font les Allemands...", évoque celui qui également maire (LR) de La Garenne-Colombes.

Public prioritaire ou volontaire, un choix cornélien

Les choix logistiques pris par le gouvernement sont loin de faire l'unanimité. Alors que l'exécutif a fait le choix de vacciner en priorité les personnes âgées en Ehpad, particulièrement touchés par l'épidémie, et de ne pas les déplacer, force est de constater que seules quelques centaines de personnes ont pour l'instant reçu leur première dose.

"La problématique c'est que cela a été mis en oeuvre au moment des fêtes, il y a eu des professionnels de santé qui étaient en congés, aussi bien des libéraux que des professionnels qui travaillent auprès des personnes âgées", observe Éric Fregona, directeur adjoint de l'Association des Directeurs au service des Personnes âgées.

Olivier Véran a par la suite annoncé que les premiers centres de vaccination ouvriront en ville "avant début février" pour "commencer à vacciner les personnes âgées de 75 ans et plus, puis les 65 ans et plus".

Pour Rafik Massoudi, médecin urgentiste à l'hôpital européen Georges Pompidou, il ne faut pas seulement se concentrer actuellement du côté des Ehpad où certains résidents "n'ont pas la capacité de répondre" mais aussi "regarder ailleurs, il y en a d'autres qui sont chez eux et n'attendent que ça".

La question du consentement est en effet complexe dans ces établissements où six résidents sur 10 sont atteints de troubles cognitifs, ce qui complique l'obtention de l'assentiment de chaque personne, ce dernier devant se faire plusieurs jours avant l'injection. Pour Jean-Luc Leymarie, médecin généraliste à Rueil-Malmaison et président du SML-92, "on aurait peut-être pu faire différemment"

"Si la personne est d'accord pour se faire vacciner il faut la vacciner tout de suite et pas attendre 3-4 jours", estime même Rafik Massoudi.

Une logistique qui divise

Autre choix décrié: celui d'apporter jusqu'ici le vaccin aux personnes, et non l'inverse. De plus en plus de médecins sont nombreux à plaider pour l'installation de centres de vaccination dans les établissements de santé mais également dans les officines, les pharmacies jouant déjà un rôle dans la lutte contre l'épidémie en proposant des tests antigéniques.

Mais les soignants désirent aussi que soient réquisitionnés des lieux pouvant recevoir du public comme de grandes salles de sport, facilitant ainsi l'acheminement des super-congélateurs, essentiels pour la conservation du vaccin de Pfizer-BioNTech.

"Je suis maire et on ne m'a toujours pas demandé de gymnase pour organiser la vaccination c'est quand même incroyable", s'insurge sur LCI Philippe Juvin. De nombreux élus ont depuis fait part d'un étonnement similaire.

De fait, Jean-Luc Leymarie appelle également à renforcer les contacts entre les médecins et les communes pour qu'accélère dès à présent la cadence: "J'ai appelé mon maire pour organiser la vaccination dans les jours qui viennent". Certains élus vont même jusqu'à proposer leur mairie pour vacciner leurs administrés, à l'instar du maire du XVIIe arrondissement de Paris Geoffroy Boulard.

Autant de propositions pour tenter de remédier aux freins bureaucratiques que vilipende Emmanuel Macron, désormais confronté à une lenteur qu'il juge lui-même injustifiée de la campagne de vaccination. En déplacement au Tchad où il a réveillonné avec des soldats français, son Premier ministre Jean Castex a assuré de son côté que "dans les mois qui viennent, à l'arrivée, la situation sera totalement équilibrée en terme de vaccination en Europe". Et le gouvernement d'évoquer pour la première fois ce dimanche, par la voix du ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari sur BFM Politique, l'objectif de "26 millions de Français" vaccinés d'"ici l'été".

Hugues Garnier Journaliste BFMTV