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3 phases, 4 types de vaccin: le gouvernement détaille sa stratégie de vaccination

Le gouvernement, Jean Castex en tête, tenait ce jeudi soir une conférence de presse afin de faire le point sur les campagnes de vaccination anti-Covid-19 à venir. L'immunologue Alain Fischer, nouveau "Monsieur Vaccin", a passé en revue les vaccins qui seront proposés à la population.

L'exécutif a tenu ce jeudi soir une conférence de presse consacrée à l'explication et à la description des campagnes de vaccination à venir contre le Covid-19. Le Premier ministre, Jean Castex, le ministre de la Santé, Olivier Véran, assistés du secrétaire d'Etat à l'Europe, Clément Beaune, et d'Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l'Economie, ont détaillé les modalités pratiques de la vaccination prochaine. Le Professeur Alain Fischer, immunologue et chargé ce même jeudi de piloter cette campagne vaccinale, a quant à lui dressé le panorama scientifique de l'opération.

• Une vaccination gratuite, en trois phases, et pourvu d'objectifs chiffrés

Jean Castex a commencé par plusieurs mises au point. Tout d'abord, il l'a rappelé, "le vaccin sera gratuit pour tous". Si l'on savait que cette vaccination se découperait en trois phases, il a assorti chacune d'entre elles d'objectifs précis.

Commençant en janvier, la campagne visera à vacciner un million de seniors résidents des Ehpad et de professionnels de ces établissements dès le premier mois. En février, on orientera la vaccination en direction des personnes vulnérables, rendues fragiles par leur âge ou leurs pathologies, soit 14 millions de personnes. La troisième phase embrassera l'ensemble de la population et sera initiée au printemps.

Calendrier de la stratégie de  vaccination au 3 décembre
Calendrier de la stratégie de vaccination au 3 décembre © BFMTV

• La nouveauté ARNm

L'immunologue Alain Fischer avait pour sa part à charge de peindre le tableau scientifique de la situation. Il a notamment fait la typologie des vaccins qui seront proposés à la population au cours des prochaines semaines ou des prochains mois, qu'il a classé en "quatre types".

Parmi les trois vaccins les plus proches d'une autorisation de mise sur le marché (à savoir ceux des sociétés Pfizer/BioNTech, Moderna et AstraZeneca), on relève ainsi deux techniques différentes. "L’une consiste à injecter par voie intramusculaire de l’ARN, qui est un message de l’information génétique dans une petite bulle lipidique qui va pénétrer dans les cellules en se fondant dans la membrane", a détaillé le spécialiste.

"A l’intérieur des cellules, cet ARN va être traduit en protéine qui induira une réponse immunitaire. Cette stratégie est complètement nouvelle car elle n’a jamais été utilisée à grande échelle chez l’homme", a-t-il poursuivi.

Les solutions de Pfizer et Moderna appartiennent toutes deux à cette première catégorie.

• Incertitudes autour des adénovirus modifiés

"Vient ensuite une autre stratégie vaccinale qui repose sur des petits virus que nous connaissons bien: les adénovirus, de petits virus banaux respiratoires, rhumes, etc... On peut modifier ces virus sans gravité en laboratoire – ça s’est fait depuis de nombreuses années pour d’autres objectifs - AstraZeneca a développé un tel vaccin avec les équipes de l’Université d’Oxford", a-t-il enchaîné.

Néanmoins, les premiers résultats présentés par le laboratoire sont sensiblement inférieurs à ceux de Moderna et Pfizer.

"Quelques incertitudes autour de ce vaccin font qu’il ne sera pas mis à disposition tout de suite, non pour des raisons non pas de sécurité mais d’efficacité", a toutefois noté Alain Fischer.

• Deux autres techniques attendues courant 2021

L'immunologue a ensuite tracé une perspective: "Deux autres types de vaccin viendront en 2021." "Le troisième est une stratégie plus classique qui consiste à faire produire par des cellules la protéine spike de l’associer à un adjuvant lipidique et de l’injecter dans les cellules intramusculaires. C’est la solution développée par Sanofi et une société américaine", a-t-il observé, précisant que les résultats étaient attendus au printemps.

"La quatrième stratégie qui viendra encore un peu plus tard consiste à utiliser des virus modifiés qui pourront se diviser provisoirement dans le corps et amplifient l’expression de la protéine spike nécessaire à la vaccination", a-t-il terminé.

• Des connaissances encore limitées

Au moment de prendre la parole, Alain Fischer avait pris soin de pointer les limites de nos connaissances sur ces vaccins, incitant à la prudence. "Le recul à ce jour sur l’efficacité de ces vaccins ne dépasse pas deux à trois mois, et les données ne sont pas encore complètes pour savoir à quel point ces vaccins sont efficaces sur les personnes les plus à risques", avait-il d'abord souligné, posant encore:

"Il faudra savoir si le vaccin d’une part protège l’individu vacciné contre l’infection mais aussi protège contre la transmission, ce qui permettrait de briser la chaîne et de voir, plus vite, la pandémie se résoudre. Il faudra plusieurs mois pour avoir ce dernier type d’information".
Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV