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"Sur le vaccin, on doit être irréprochables": comment l'exécutif veut répondre à la méfiance

Le président Emmanuel Macron lors d'un conseil de défense avec le ministre de la Santé Olivier Véran (2è d) et le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler (d), à l'Elysée, le 12 novembre 2020

Le président Emmanuel Macron lors d'un conseil de défense avec le ministre de la Santé Olivier Véran (2è d) et le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler (d), à l'Elysée, le 12 novembre 2020 - Thibault Camus © 2019 AFP

Une source ministérielle interrogée par BFMTV estime que "la présidentielle pourrait se jouer" sur le vaccin. En attendant leur mise sur le marché, l'exécutif planche sur sa stratégie de communication.

Les annonces encourageantes des laboratoires s'enchaînent, mais la méfiance des Français s'installe. Ils ne sont que 4 sur 10 à envisager de se faire vacciner contre le Covid-19, selon un sondage Elabe pour BFMTV publié ce jeudi. Les réfractaires disent notamment craindre un manque de recul sur la maladie et le vaccin, mais aussi d'éventuels effets secondaires indésirables, malgré les essais cliniques menés sur plusieurs dizaines de milliers de personnes.

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Comment répondre à ces Français inquiets? "L’enjeu politique est colossal", reconnaît une source ministérielle auprès de BFMTV, avant d'ajouter: "La présidentielle pourrait même se jouer là-dessus". Les jours et les semaines à venir sont cruciales pour l'exécutif, qui outre la définition de la stratégie vaccinale en tant que telle, planche sur la communication à adopter sur ce dossier.

Le gouvernement a à cœur d'éviter de nouveaux ratés, comme cela a été le cas sur les masques et les tests, et refuse "une troisième séquence approximative" au sujet des vaccins. "Il y a eu les masques, puis les tests… sur le vaccin, on doit être irréprochables", confie une source au sein de l'exécutif.  

"Si on se foire sur ça, ça peut être dramatique", reconnaît aussi un conseiller de l'exécutif. "On ne peut pas avoir une stratégie qui marche en Allemagne et pas chez nous, par exemple".

D'autant que les pouvoirs publics ont bien conscience de la forte défiance de la population à l'égard du vaccin. "Même du côté du personnel médical, ils sont nombreux à déjà ne pas se faire vacciner contre la grippe...", déplore-t-on du côté du gouvernement.

"On y arrivera que si on a une communication claire, pédagogique, et surtout sans non-dits: le recul qu’on aura sur ce vaccin sera nécessairement resserré dans le temps. Il faudra bien expliquer que l’on ne sait pas tout, sur les effets secondaires notamment", affirme-t-on encore en coulisses.

L'exécutif veut insister sur la fiabilité du processus

Pour cela, l’exécutif compte aussi insister sur le fait que la France a un protocole sanitaire fiable, et que les vaccins subissent de très nombreux tests avant leur commercialisation - d'abord dans les pays qui les conçoivent et ensuite dans les pays où ils ont vocation à être commercialisés.

L’exécutif souligne encore que si l'histoire sanitaire française a parfois montré des ratés dans la mise sur le marché de médicaments, chacun d'entre eux a permis de progresser. Mais "le chemin d’un vaccin jusqu’à sa mise sur le marché est long, c’est aussi cela qui doit être un gage de confiance", insistent les autorités sanitaires. 

Le gouvernement est conscient qu'il va devoir faire preuve de prudence. "On risque un procès en imprudence si on vaccine trop vite, un procès en impréparation si on vaccine trop tard", confie-t-on au sommet de l'État, comparant ce dossier à celui de l'hydroxychloroquine, dont plusieurs études ont conclu à l'inefficacité dans le traitement du Covid-19: "Aujourd’hui, personne ne nous reproche la non-mise sur le marché de la chloroquine...".

Selon nos informations, l'idée de nommer une personne en charge de la stratégie vaccinale française a été évoquée mardi au cours d'une réunion des directeurs de cabinet des ministres, mais rien n'est pour l'heure tranché. Il existerait certaines divergences de points de vue sur la stratégie à mettre en place, notramment en terme de communication gouvernementale.

Certains, au sommet de l'État, plaident pour la nomination d'une personnalité dédiée au dossier "vaccin", qui porterait la communication. D’autres, au contraire, considèrent qu’il faudrait davantage s’appuyer sur le socle médicinal pour un tel sujet, et notamment sur les médecins connus des français, leurs médecins, donc avoir un relais auprès notamment des médecins de ville.

Ces derniers sont plus proches, plus efficaces, plus rassurants pour les Français. "Il faudra sans doute, à terme, les deux", reconnaît un conseiller, qui confie aussi: "L’option de la nomination d'un Monsieur ou Madame Vaccin est celle privilégiée à ce stade, mais encore faut-il le ou la trouver...".

Reste aussi à se coordonner avec nos voisins. Ce jeudi, le Conseil européen doit commencer à affiner la stratégie globale européenne sur le timing des campagnes de vaccination, et la communication qui en découlera nécessairement. Selon nos informations, les agences française et européenne du médicament commencent à recevoir les détails des candidats-vaccins en cours d’élaboration.

Par ailleurs, la Commission européenne a déjà demandé aux pays européens de se coordonner sur la stratégie de vaccins, notamment de les démarrer sensiblement au même moment, pour faire clair. "Cela constituera une bonne partie du Conseil Européen de ce jeudi", a fait savoir l'Élysée. Le but est évidemment d’éviter à tout prix une Europe à deux vitesses, et les conséquences qui en découleraient, comme cela avait pu être le cas pendant la première vague.

Une source ministérielle s'inquiète notamment d'un scénario au cours duquel "un pays dirait aux ressortissants d'un autre pays frontalier: 'ton pays est en retard sur les vaccins. N'étant pas vacciné, tu ne franchis pas la frontière'".

L’exécutif entend aussi rester attentif à l’élaboration d’une stratégie vaccinale sans "sur-stockage", comme cela avait pu être le cas avec les masques et les tests. "On ne veut pas d’un nouveau 'chacun pour soi', car l’Europe n’en sort pas grandie", selon ce même ministre.

Anne-Saurat Dubois et Agathe Lambret avec Jeanne Bulant