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Seconde vague de coronavirus: ces signaux qui inquiètent les scientifiques

Si l'hypothèse d'une seconde vague de Covid-19 ne peut être exactement prédite, plusieurs signaux récents, dont la multiplication des cas dans certaines zones, laissent penser que l'épidémie pourrait faire son retour.

"Il y aura une deuxième vague, pour nous ça ne fait aucun doute." Si le ton de son affirmation peut paraître péremptoire, le professeur Pierre-Louis Druais, membre de la Haute Autorité de santé et du conseil scientifique, a eu le mérite ce jeudi sur l'antenne de BFMTV de couper court à un débat qui secoue depuis plusieurs semaines la communauté scientifique.

En mai dernier, alors que la France se déconfinait peu à peu, plusieurs spécialistes, dont le professeur Didier Raoult, mais aussi Karine Lacombe, cheffe de service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine de Paris, estimaient en effet qu'un retour en force du Covid-19 était peu probable. Pour d'autres, qui appelaient à la plus grande prudence, l'hypothèse ne semblait pas si incongrue.

Pour autant, ces derniers jours, plusieurs signaux inquiétants font leur apparition sur le territoire français, et nombreux sont les professionnels de santé à déplorer le manque de suivi dans le port du masque et le respect des gestes de distanciation sociale, pourtant essentiels pour limiter la progression du coronavirus.

  • La multiplication des cas en Mayenne

Un département en particulier est le centre de toutes les attentions. Entre le 25 et le 30 juin en Mayenne, le nombre de nouveaux cas positifs au Covid-19 est passé de 54 à 109 puis de 109 à 219 entre le 30 juin et le 6 juillet. Une multiplication rapide des cas qui a poussé les autorités à y organiser un plan de dépistage massif à partir de la semaine prochaine.

"Nous allons tester l'ensemble des Mayennais par étapes. Nous allons cibler la semaine prochaine les habitants de Laval et de la commune voisine de L'Huisserie, puis le sud du département et à la fin l'ensemble des Mayennais", a annoncé le directeur général de l'Agence régionale des Pays de la Loire (ARS), Jean-Jacques Coiplet, lors d'une visioconférence.

Cette séquence de dépistage a débuté ces dernières heures par l'envoi, par courrier ou par mail, d'une invitation aux habitants du département. À l'heure actuelle, six nouveaux clusters ont d'ailleurs été identifiés en Mayenne, dont quatre à Laval, un a Craon et un dernier à Château-Gontier. Ils sont 68 sur l'ensemble du territoire.

Et l'apparition de ces nouveaux clusters n'est d'ailleurs pas sans conséquences sur la vie sanitaire locale.

"On a commencé à voir un premier impact sur le système de santé puisque le taux de passage aux urgences pour suspicion de Covid est remonté à 3,6% et hier soir, on a eu deux nouveaux cas en réanimation", explique de son côté Pierre Blaise, Directeur du projet régional de santé de l’ARS.
  • La situation s'aggrave en Guyane

Lors de la prise de parole d'Emmanuel Macron en juin passé, Emmanuel Macron avait annoncé le passage au vert de l'ensemble de la France métropolitaine. Une décision qui ne concernait pourtant pas deux territoires d'outre-mer que sont Mayotte et la Guyane.

En Guyane justement, la situation ne cesse d'empirer jour après jour, où plus de 5000 cas positifs ont été recensés pour 29 morts. Une circulation active, et rapide, du coronavirus qui pousse les hôpitaux locaux à s'organiser.

"Les trois établissements sont en difficulté, c’est une vague comme on n'en a jamais vu en Guyane et de nombreuses personnes se présentent aux portes des hôpitaux", prévient Christophe Robert, directeur du centre hospitalier de Cayenne.

Afin de palier au manque de personnel, le plan blanc a été activé dimanche passé, et 130 réservistes opérationnels ont été dépêchés sur place. Pour autant, le comité d'experts médicaux reste inquiet, et estime que ces renforts ne seront pas suffisants "au regard de ce que l'on redoute comme pic à venir". Un pic qui devrait intervenir mi-juillet.

Fin juin, Matignon avait d'ailleurs émis l'hypothèse d'un reconfinement en Guyane si la dynamique ne changeait pas. Édouard Philippe, qui était alors Premier ministre, avait personnellement pris parti pour cette hypothèse.

  • Alerte sur les eaux usées en Île-de-France

Dès les premières semaines de diffusion du coronavirus en France, les eaux usées ont semblé être un bon indicateur de l'avancée de la maladie dans le pays. C'est en tout cas la conclusion à laquelle étaient arrivés les scientifiques du projet Obépine, fruit d'une collaboration entre Eau de Paris, le Siaap (Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne) et l'Institut de recherche biomédicale des Armées (IRBA), qui ont pu relever que plus les traces de Covid-19 étaient nombreuses, plus les cas se multipliaient.

Les semaines suivantes, le taux de présence du SARS-CoV-2 avait drastiquement baissé, jusqu'à plus ou moins disparaître. Pour autant, signe inquiétant, six des douze analyses effectuées après le confinement, entre le 22 mai et le 25 juin se sont révélées positives au coronavirus.

Ces résultats permettent-il néanmoins de tabler sur un retour en force de l'épidémie dans la capitale? "C’est l’inquiétude, mais nous avons besoin d’éléments complémentaires", nuance Anne Souyris, adjointe à la mairie de Paris en charge de la santé.

"Mais nous devons construire la méthode pour les exploiter. Nous ne voulons pas nous engager sur de fausses pistes", déclare-t-elle.

"A ce stade, nous n’avons pas d’alerte majeure sur une reprise épidémique", explique de son côté Aurélien Rousseau, directeur de l’Agence régionale de santé d'Ile-de-France. De fait, la surveillance de la présence de SARS-CoV-2 dans les eaux usées devrait être accrue dans les semaines à venir, en particulier dans les stations d'épuration.

  • Quelle saisonnalité pour le Covid-19?

Dans une vidéo publiée il y a quelques semaines, le professeur Didier Raoult avait prévenu. Afin de savoir comment l'épidémie allait évoluer dans les mois à venir en France, il fallait suivre l'évolution du virus en Nouvelle-Zélande, pays aux climats et aux latitudes similaires aux nôtres, et qui est entré ces derniers jours en période hivernale.

Depuis, l'hypothèse a fait du chemin et l'Australie, pays voisin, a reconfiné près de 5 millions de personnes à Melbourne, en raison de la flambée de nouveaux cas dans l'État de Victoria.

Les pays européens doivent-ils s'inquiéter outre-mesure? Si l'on en croit les résultats d'une étude de l'université de Virginie, avec l'appui d'épidémiologistes de l'Université du Maryland et publiée dans le Jama Network Open à la mi-juin, l'épidémie de coronavirus a plus férocement touché huit villes dont la température était comprise entre 0°C et 10°C, et l'humidité jaugée à 5%.

Pour autant, dans un entretien accordé à BFMTV.com, Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS et chercheuse experte en immunologie à l'institut Cochin, souligne que dans l'attente de résultats plus probants en ce qui concerne l'hémisphère sud, la prudence devait rester de mise.

"Je suis dubitative quant au caractère saisonnier du virus. Basé sur quoi? Sur des corrélations. [...] Il y a des foyers qui apparaissent en France, c'est reparti aussi en Chine, même si, apparemment, ils ont réussi à contrôler", conclut-elle.
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV