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Coronavirus: comment les scientifiques veulent tracer l'épidémie par les eaux usées

Une station d'épuration - Image d'illustration

Une station d'épuration - Image d'illustration - Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Ces analyses, qui se font par PCR, avaient permis de retrouver des traces de Covid-19 dès le 5 mars dans les eaux usées, soit plus de dix jours avant le début du confinement.

Et si l'analyse des eaux usées était un bon indicateur de la propagation du Covid-19 dans un pays? C'est en tout cas la conclusion à laquelle arrivent les scientifiques du projet Obépine, fruit d'une collaboration entre Eau de Paris, le Siaap (Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne) et l'Institut de recherche biomédicale des Armées (IRBA), qui ont rendu leurs conclusions dans une étude publiée le 12 avril.

Les premiers relevés remontent au 5 mars dernier, alors que la pandémie de coronavirus, qui à ce jour a fait 28.108 morts en France, n'en est qu'à ses balbutiements, soulignent Les Echos. Pourtant, ce jour-là, des traces de la maladie ont déjà été retrouvées au sein de trois stations d'épuration. Dès lors, cette expérience de traçage a été menée à une échelle plus large, sur une trentaine de sites, dont dix en Île-de-France. 

Analyse PCR

Et les résultats sont probants. Si de nombreux travaux sont encore en cours afin de comprendre le mécanisme du Covid-19, il est établi que le virus s'attaque également aux organes digestifs, et y laisse des traces. Au fil des semaines, la corrélation entre diffusion de la maladie sur le territoire et la présence de traces dans ces eaux usées, où donc se trouvent les selles des Français, s'est faite de plus en plus forte, explique cette fois-ci Le Figaro

"La technique est assez simple, et existe déjà pour chercher des virus et d’autres pathogènes dans les eaux usées. L’analyse se fait par PCR, comme pour les tests de dépistage virologique, et permet de détecter des quantités infimes de matériel génétique de virus dans l’eau", explique, dans les colonnes du quotidien, Bernard Saunier, expert en génie sanitaire et membre de l’Académie des technologies.

Patients asymptomatiques et nouvelle vague 

Dans la publication mise en ligne par les chercheurs, on apprend également que les données enregistrées via ces relevés suivaient fidèlement la courbe des cas français de Covid-19. 

"Nous avons observé une augmentation de la charge virale jusqu’à une semaine après le début du confinement, puis une lente décroissance par la suite. Un décalage d’une semaine qui s’explique par la durée d’incubation du virus et le fait que les malades rejettent des virus dans leurs selles assez longtemps, pendant une vingtaine de jours après l’infection", explique de son côté Laurent Moulin, microbiologiste et responsable du laboratoire de recherche et développement à Eau de Paris, toujours dans Le Figaro.

La technique d'analyse des eaux usées pourrait également être efficace afin d'identifier un possible retour du virus, alors que s'amorce ce lundi la deuxième semaine de déconfinement. "Dans le cadre d'un éventuel redémarrage de la pandémie, on devrait revoir une augmentation de la charge virale dans les eaux usées", explique encore le microbiologiste, qui souligne que ces analyses pourraient également permettre de quantifier la part de patients asymptomatiques en France.

Preuve de l'importance de ces travaux, Obépine devrait prochainement recevoir un financement de 500.000 euros de la part du Care, le Comité analyse, recherche et expertise, sous la houlette de l'Elysée. 

Hugo Septier