BFMTV

Coronavirus: l'épidémie est-elle vraiment "en train de se terminer" comme l'affirme Didier Raoult?

Alors que le débat autour d'une potentielle nouvelle vague de Covid-19 fait rage parmi les scientifiques, tous appellent à la plus grande prudence pour les semaines à venir.

Redoutée par certains, inéluctable pour d'autres, la deuxième vague de coronavirus sera-t-elle une réalité en France? À l'heure actuelle, la réponse est encore floue et, même chez les professionnels de la santé, les avis restent divergents, alors que le pays entame ce mercredi son troisième jour de déconfinement.

"Il n'y a nulle part de deuxième vague" 

Mardi, c'est le professeur Didier Raoult, le très médiatisé et controversé directeur de l'IHU de Marseille qui, dans sa publication quotidienne sur les réseaux sociaux, a affirmé que l'épidémie "était en train de se terminer." 

"On voit que cet épisode-là est en train de se résoudre et qu'il n'y a nulle part de deuxième vague. Il y aura des cas sporadiques qui apparaîtront ici ou là. Éventuellement si quelqu'un est super contagieux, il y aura quelques cas autour de lui, mais cela ne traduit plus une dynamique épidémique", a-t-il assuré. 

Un argumentaire également défendu par Karine Lacombe, cheffe de service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine de Paris qui a expliqué mardi soir sur BFMTV qu'une seconde vague de Covid-19 n'était pas à l'ordre du jour. 

"S'il y a une deuxième vague, elle ne sera pas comme celle qu'on a vu, avec des schémas classiques, ce sera plutôt des petits cas, des petits clusters, des regroupements qu'on va réussir à confiner. Je pense que ça se passera comme ça et petit à petit, on en aura de moins en moins", a-t-elle souligné.

"On ne maîtrise pas" 

Cependant, il convient de temporiser ces hypothèses. Lors des premières heures du déconfinement, et en particulier à Paris, les autorités ont dû intervenir à plusieurs reprises aux alentours du canal Saint-Martin et du Sacré-Coeur afin de mettre fin à des attroupements. Une situation potentiellement explosive, et qui pourrait être à l'origine d'une nouvelle série de contaminations, comme le faisait remarquer mardi matin sur BFMTV Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Tenon à Paris.

"Le premier réflexe des gens c'est de dire 'on n'était que trois ou quatre', mais chacun peut toucher trois ou quatre autres personnes. Il y a une étude américaine du CDC (Centers for Disease Control and Prevention, ndlr), où ils sont partis de neuf personnes qui ont eu le Covid-19 de manière asymptomatique, ils ont trouvé 533 personnes contact à partir d'eux. Il faut expliquer ça aux gens, on ne maîtrise pas", martelait-il. 

Pour lui, on ne peut pas dire qu'une seconde vague est "inéluctable", mis elle reste cependant "fort possible pour plein de raisons mécaniques." 

Plusieurs critères 

Alain Ducardonnet, cardiologue et consultant santé pour BFMTV, assure quant à lui que si une nouvelle vague se présentait, la France devrait se baser sur deux critères. 

Notamment sur "l'importance de cette vague". "Est-ce que cela va se terminer comme le dit Didier Raoult, où est-ce que des cas vont revenir? C'est ce qui est important, de savoir si on va pouvoir les contrôler. C'est complètement différent de la première vague puisqu'on a une meilleure connaissance du virus et la capacité de le tester. Les premiers foyers épidémiques ont bien été cernés par ces tests et par le traçage des patients", développe Alain Ducardonnet.

Ce dernier estime également qu'il faut observer la situation dans les autres pays touchés qui ont procédé au déconfinement et où "il y a ce petit rebond, mais pas d'explosion." 

Enfin, Alain Ducardonnet pose la question de la temporalité d'une potentielle seconde vague. Si, selon lui, elle pourrait ne pas arriver dans l'immédiat, il faudra en revanche observer les premiers jours de la rentrée "avec le retour de la grippe." 

Hugo Septier