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Rougeole, coqueluche: non vaccinés, ils ont été gravement malades

Vaccination contre le Covid-19 pour les plus de 75 ans le 18 janvier 2021 à Nantes (photo d'illustration)

Vaccination contre le Covid-19 pour les plus de 75 ans le 18 janvier 2021 à Nantes (photo d'illustration) - LOIC VENANCE © 2019 AFP

Ils n'ont pas été vaccinés contre la rougeole ou la coqueluche et sont tombés malades. Certains ont failli y perdre la vie, d'autres ont conservé des séquelles. Ils témoignent.

Pour certains, leurs parents étaient opposés aux vaccins. Pour d'autres, ils ont oublié les rappels. Quatre personnes témoignent pour BFMTV.com des formes graves de maladies, comme la rougeole ou la coqueluche, qu'ils ont développées faute d'en être protégées.

"On aurait dit Elephant Man"

Marco (qui a souhaité que son prénom soit modifié), un photographe de 44 ans, a contracté la rougeole quand il en avait 32. "Je pensais avoir une grosse grippe", raconte-t-il à BFMTV.com. "Mais je me souviens m'être réveillé dans la nuit et que ça n'allait pas du tout." De fortes douleurs à la gorge, une fièvre qui grimpait d'heure en heure et une salivation très importante. "Je crachais des litres de salive."

Il se rend aux urgences et est hospitalisé. Se passent vingt-quatre heures dans un état comateux durant lesquelles ses souvenirs sont flous. Le lendemain matin, quand il croise son reflet dans le miroir du cabinet de toilette, il se reconnaît à peine. "Ma tête avait doublé de volume. J'était boursouflé, tout rouge, on aurait dit Elephant Man. J'ai vraiment eu peur."

En quelques jours, il va nettement mieux grâce aux traitements. C'est alors le défilé d'internes dans sa chambre. "J'imagine qu'un cas de rougeole comme moi, ils n'en voyaient pas souvent." On viendra même le prendre en photo - avec son autorisation - pour illustrer ce patient peu commun. "Il doit y avoir des photos de moi en slip dans les encyclopédies de médecine."

Si Marco n'a pas été vacciné contre la rougeole, c'est parce que sa mère y était opposée. "Elle était convaincue que les vaccins étaient dangereux et faisait partie de mouvements hippies orientés sur les médecins alternatives." Aujourd'hui, il confie n'avoir que peu de contacts avec elle. Quant aux vaccins de ses enfants, ce père de famille se montre très scrupuleux: "Il est hors de question qu'on loupe un rappel."

Trois semaines de coma

Plus qu'une grosse frayeur, certains ont failli y perdre la vie. Jean-Baptiste Boisseau, 34 ans, a attrapé la rougeole il y a une dizaine d'années. Ce Bordelais était alors étudiant en dernière année d'école de commerce et s'apprêtait à s'installer à Paris avec sa petite amie pour entamer un stage de fin d'études de plusieurs mois.

Après un week-end d'intégration, le jeune homme se sent particulièrement fatigué. "Ça ne me paraissait pas aberrant après avoir fait la fête mais c'est vrai que je n'étais déjà pas bien en forme avant", confie-t-il à BFMTV.com. Au retour, il reste chez lui deux jours.

Mais au matin du deuxième jour, il découvre que son corps est recouvert de plaques rouges et se sent mal. Il appelle son père. Quand ce dernier arrive, le jeune homme ne parvient plus à parler et la fièvre est monté jusqu'à 41°. Il l'emmène aux urgences en catastrophe.

"Je me souviens qu'il y avait une dizaine de personnes qui attendaient leur tour, qu'on m'a donné du paracétamol mais après ça, je ne me souviens plus de rien."

Jean-Baptiste Boisseau passera trois semaines dans le coma avec un pronostic vital engagé à deux reprises. À son réveil, il a perdu treize kilos et ne peut plus marcher. "Mes parents ne savaient pas comment me le dire, c'est un pote qui me l'a annoncé. À partir du bassin, plus rien ne fonctionnait. Malgré la morphine, ça m'a fait un choc." Pour les médecins, le jeune homme est un "miraculé", il figure même dans une étude scientifique avec 35 autres cas critiques de rougeole.

Cinq ans pour remarcher

Quand, un peu plus tard, il interrogera son neurologue au sujet de ses capacités à remarcher et que celui-ci lui répondra que "de toute façon, on fait de très bon fauteuils électriques", le jeune homme décide qu'il n'en sera pas ainsi. "J'ai voulu lui donner tort, c'était hors de question que je reste en fauteuil. Et c'est finalement grâce à lui que j'ai remarché."

Une rééducation qui lui prendra cinq ans. "Il a fallu tout rééduquer, et tout n'est pas revenu." Car le jeune homme conserve des séquelles: des douleurs sporadiques et des difficultés pour la miction. S'il a pu reprendre une activité physique, lui qui adorait surfer ne peut plus monter sur une planche, ni courir.

Le jeune homme termine ses études mais décide de changer de direction. "Je ne me retrouvais plus dans le commerce". "Idéaliste", il cherche quelque chose qui fasse sens. Il intègre ainsi l'équipe de MesVaccins.net, une plateforme d'information, de communication et d'expertise sur les vaccins et les voyages.

Jean-Baptiste Boisseau en a voulu à ses parents. Mais si ces derniers ne l'ont pas vacciné contre la rougeole, ce n'est pas par choix. "C'est un oubli", indique-t-il. "Ce ne sont pas des anti-vaccins. C'est juste qu'à l'époque, c'était une maladie qu'on avait oubliée."

"Surprise d'être toujours en vie"

Audrey*, une écrivaine de 38 ans, conserve elle aussi des séquelles de la coqueluche qu'elle a contractée quand elle en avait 24. "J'avais une santé en béton", témoigne-t-elle. "Maintenant, ce sont des bronchites chroniques. Je passe mes hivers à tousser." Elle a également développé de nombreuses allergies, ne supporte plus la pollution et se voit contrainte d'augmenter régulièrement les doses de ses médicaments pour qu'ils continuent à faire effet.

En cause: un simple oubli de rappel de vaccin. "J'ai payé trop cher mon ignorance et la facture est lourde." C'est sa belle-mère, en contact avec des enfants, qui lui a transmis la maladie. "À l'époque, à Saint-Nazaire, la couverture maximale n'était pas suffisante." Hospitalisée, on la renvoie chez elle. "Les médecins me disaient que c'était normal." Mais elle se souvient s'être sentie en danger.

"Je me demandais si j'allais guérir ou y rester. J'ai vraiment pensé que j'allais mourir. Je toussais tellement fort que je me suis cassé plusieurs côtes et j'ai eu un décollement de la plèvre, une douleur insupportable. Ça me faisait tellement mal que je n'arrivais plus à respirer, je haletais. Une fois, je suis tombée KO, j'ai dormi vingt-heures d'affilée. Quand je me suis réveillée, j'étais surprise d'être toujours en vie."

Depuis, elle se dit "hypervigilante" sur les vaccins. Elle-même s'est fait vacciner contre les infections à pneumocoque - vaccination obligatoire pour les enfants depuis le nouveau calendrier vaccinal - et elle a aussi vacciné son fils contre la varicelle - facultatif. Il le sera également à l'adolescence contre le papillomavirus - recommandé pour les garçons par la Haute Autorité de santé.

"J'ai moi-même été la première surprise par la gravité de mon état. On oublie trop facilement que ce sont des maladies graves. Et c'est quand on a laissé sa santé sur le trottoir qu'on se rend compte qu'on ne la récupérera pas. J'ai mis plusieurs années à en faire le deuil."

"J'ai failli mourir"

Si Isabel*, une coach de 53 ans, n'a pas été vaccinée contre la rougeole quand elle était encore bébé, ce n'est pas par choix. "Je suis née au Portugal", nous explique-t-elle. "À l'époque, les vaccins étaient payants. Le manque d'argent mettait clairement en danger les enfants."

À l'âge de trois mois, elle contracte la rougeole. "J'avais de très fortes fièvres, je sais que j'ai failli mourir." Les médecins parviennent à la sauver in extremis. Depuis, les vaccins font partie de la religion de la famille. Elle-même n'hésitera pas une seconde à se faire vacciner contre la Covid-19 dès qu'elle y sera autorisée. Pour le moment, le vaccin est réservé aux personnes de plus de 75 ans ainsi que celles présentant des pathologies à "haut risque".

"Quand on est arrivé en France, j'avais 8 ans, je me souviens que ma mère a veillé à ce que nous ayons tous nos vaccins à jour, elle ne manquait aucun rappel. J'ai grandi avec l'idée selon laquelle les vaccins sauvent la vie. Il faut être conscient de la chance inouïe que nous avons, en France, de pouvoir être vacciné gratuitement."

Les témoins marqués d'une * ont souhaité n'être présentés que par leur prénom.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV