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"Pourquoi attendre?": des médecins déplorent le "temps perdu" avant l'obligation du masque

Sur un marché, à Paris, le 14 mai 2020.

Sur un marché, à Paris, le 14 mai 2020. - Ludovic MARIN - AFP

Agitant le risque d'une deuxième vague de l'épidémie, les médecins saluent l'annonce du président de la République, mais demandent à ce que le port du masque obligatoire soit installé plus rapidement.

En France, le port du masque sera obligatoire dans les lieux clos à partir du 1er août, a annoncé mardi Emmanuel Macron. Une décision à la fois saluée et critiquée par les médecins, qui ne comprennent pas pourquoi attendre deux semaines pour mettre en place cette règle. Car la crainte d'une deuxième vague grandit depuis plusieurs jours , avec l'apparition de plusieurs clusters en France. Dernièrement c'est le département de la Gironde qui est passé en "vulnérabilité modérée".

"L'idée est bien sûr bonne, de mettre en place des encadrements par rapport à ce masque et ce port du masque, mais moi je me demande pourquoi attendre le 1er août?", a réagi ce mercredi sur BFMTV Anne Levy-Mozziconacci, médecin généticienne à l'hôpital nord de Marseille.

"Le temps perdu est délétère"

"Je pense qu'on aurait pu aller plus rapidement en indiquant que dans les endroits clos, le port du masque est, dès lundi de la semaine prochaine, obligatoire", a déclaré dès mardi sur FranceInfo le généticien Axel Kahn, rappelant que le confinement, mesure bien plus contraignante, n'avait été annoncé que 24 heures à l'avance.

Ce médecin fait partie des signataires d'une tribune, publiée samedi dans Le Parisien. Plusieurs médecins y alertent sur un retour de l'épidémie, et demandent aux Français de respecter les gestes barrières, mais aussi la mise en place du port du masque obligatoire dans les lieux publics clos. Des voisins européens ont déjà mis en place cette mesure, l'Angleterre l'imposera par exemple à partir du 24 juillet.

"Appliquer cette mesure est urgent. On sait qu'à tout moment, il peut y avoir une résurgence de l'épidémie. Le temps perdu est délétère. Attendre quinze jours de plus, c'est trop", déclare l'un des signataires de la tribune, Antoine Pelissolo, dans Le Parisien. L'annonce présidentielle pourrait toutefois "permettre de retrouver une motivation collective", selon lui.

"C'est facile, pas cher, donc pourquoi s'en dispenser?"

"Maintenant que l'on sait avec certitude que le virus circule, et que même dans certains endroits il y a un risque de passage à une circulation plus importante, c'est une mesure très simple d'application qui permet de prévenir l'extension de l'épidémie. C'est facile, pas cher, donc pourquoi s'en dispenser?", a lancé mardi sur BFMTV Bruno Mégarbane, chef de service de réanimation médicale à l'hopital Lariboisière APHP.

"Le prix que l'on devra payer si l'on n'a pas pris les mesures de prévention qui s'imposent sera extrêmement important", déclare également le médecin, qui rappelle que le port du masque est actuellement obligatoire dans les transports en commun. Pour lui, les déclarations du président permettent toutefois de "clarifier les recommandations et d'harmoniser les pratiques".

Le préfet de Seine-Saint-Denis avait pris les devants, en imposant dès lundi, un arrêté obligeant le port du masque dans les lieux clos recevant du public à Saint-Ouen.

"On a laissé un certain laxisme s'installer"

Certains médecins s'inquiètent que ces mesures obligatoires arrivent toutefois trop tard, et que les Français soient difficiles à discipliner sur ce point. "Depuis le déconfinement nous aurions dû avoir ce discours", déplore sur RMC Christophe Prud'homme, médecin urgentiste à l'hôpital Avicenne (Seine-Saint-Denis). "On a laissé un certain laxisme s'installer, et puis là on veut réinstaurer des mesures coercitives",

"Ces contradictions dans les discours ne sont pas convaincantes pour la population, et si les gens ne sont pas convaincus, et bien ils n'adopteront pas les bonnes mesures", ajoute le médecin.

Pour une application plus souple et efficace, Anne Levy-Mozziconacci pense "qu'il faut donner la responsabilité aux villes, aux ARS (Agences Régionales de Santé), en fonction des régions, et en fonction des situations", des mesures de protection à prendre. "Plus de spécificité locale me paraît être adapté à la situation, qui est différente en fonction des villes et des départements en France".

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV