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Plus de morts à Paris qu'à Marseille? L'infectiologue Christophe Rapp accuse Didier Raoult de "populisme scientifique"

L'infectiologue à l'hôpital américain de Paris souligne que les arguments utilisés par le polémique professeur ne sont pas encore étayés scientifiquement, et doivent par conséquent être pris avec prudence.

Dans une vidéo publiée ce mardi sur ces réseaux sociaux, Didier Raoult a une nouvelle fois créé la polémique. Entres autres accusations, le Directeur général de l'IHU Méditerranée Infection, basé à Marseille, a pointé du doigt la prise en charge des malades du Covid-19, qui selon lui aurait été défaillante à Paris. 

"La mortalité de Paris est plus de cinq fois supérieure à celle de Marseille. [...] On voit que ce n'est pas parce que les gens étaient plus âgés, parce qu’il y a des jeunes qui sont morts en Île-de-France, et donc il y a une grande différence dans la prise en charge, ce qui doit amener à se poser des questions très sérieuses sur la gestion de l’épidémie dans cette partie de la France", a-t-il assuré. 

Peur de la population et défiance des élites 

Si ces données restent à nuancer, ces propos ont, quelques heures plus tard, fait réagir Christophe Rapp, infectiologue à l'hôpital américain de Paris et médecin consultant de BFMTV, qui, sur notre antenne, a qualifié la sortie de Didier Raoult de "populisme scientifique."

"C'est un épisode supplémentaire. Sur le plan scientifique ce n'est pas étayé, comme souvent on confond vitesse et précipitation. Je crois que là, il faudra débriefer à la fin, mais sur la forme on est quand même entre Michel Simon dans Boudu sauvé des eaux, Fidel Castro et Gérard Depardieu. Sur la forme, c'est du populisme scientifique qui surfe sur la peur de la population et la défiance face aux élites", martèle-t-il, visiblement extrêmement remonté. 

Au fil de son argumentaire, Christophe Rapp s'est également posé de nombreuses questions, notamment celle de la légitimité d'Éric Raoult pour répondre à ce type d'interrogations. 

"En tant que médecin, je trouve ça confus et pas du tout cohérent. J'ai deux enfants étudiants en médecine, ils sont atterrés de voir qu'on peut raconter des bêtises comme ça quand on est professeur de médecine. Je rappelle qu'il est microbiologiste et non pas infectiologue, alors il faudra arrêter de marquer infectiologue sur le bandeau, car on n'est que 80 professeurs de maladies infectieuses en France et ce n'est pas le même métier", tacle-t-il encore. 

"L'humilité n'est pas la caractéristique de certains"

Sur le fond du sujet, Christophe Rapp insiste sur l'importance de prendre ces données avec prudence. 

"Ce qu'il faut dire à la population, c'est que les chiffres ne sont pas consolidés, ce sont des études qui seront publiées ultérieurement. Ce qui est intéressant, c'est que ce n'a aucun lien avec les tests et avec les traitements. Il faut rester prudent, malheureusement l'humilité n'est pas la caractéristique de certains", analyse ce dernier.

Et d'en remettre une dernière couche sur l'attitude de Didier Raoult. 

"On est un peu lassés de ça, on est au déconfinement. Moi je regrette que le ministère de la Recherche ne s'empare pas de ce genre de dossier, où on peut raconter des bêtises en permanence. Un grand médecin est fédérateur, partage avec ses collègues et peut orchestrer quelque chose. L'autre sujet, c'est les liaisons dangereuses qu'il entretient, il a effectivement le portable des grands de ce pays."

Il conclut d'ailleurs en assurant qu'il est "malheureux" qu'Emmanuel Macron lui ait rendu visite dans sa clinique marseillaise en avril dernier.

Hugo Septier