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Plus contagieux mais moins grave que Delta: la nature du variant Omicron se précise

Séquençage du virus dans un laboratoire à l'institut Pasteur à Paris, le 21 janvier 2021

Séquençage du virus dans un laboratoire à l'institut Pasteur à Paris, le 21 janvier 2021 - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP

L'expérience sud-africaine et britannique, et les études conduites au Royaume-Uni permettent désormais à la commaunauté scientifique d'en savoir plus sur le variant Omicron, désormais majoritaire en France.

L'intrusion d'Omicron sur la scène mondiale bouleversée depuis deux ans par la pandémie du Covid-19 a une nouvelle fois changé la donne. Mais dans l'entretien qu'il a accordé au JDD , le ministre de la Santé, Olivier Véran, avance: "Cette cinquième vague sera peut-être la dernière."

De prime abord pourtant, la circulation galopante du virus en France et sur la planète, dopée par Omicron, n'incite pas exactement à ce prudent et relatif optimisme. La dernière souche du Covid-19 est ainsi devenue, à la veille du Nouvel An, majoritaire parmi les infections. Et celles-ci s'emballent: chaque jour, le peloton des néo-contaminés dépasse les 200.000 personnes - encore 219.000 signalements samedi soir.

Seulement, si la haute contagiosité d'Omicron - et sa supériorité sur celle de Delta - est indéniable, sa moindre gravité l'est également. Les expériences sud-africaines et britanniques, où le variant s'est diffusé en premier lieu, ainsi que les études en provenance de ces pays permettent à la fois d'imaginer avec plus de netteté les courbes qu'il suivra partout ailleurs. Et de mieux connaître sa nature.

Des données britanniques très encourageantes

Bien sûr, le suivi d'Omicron, identifié en novembre seulement, ne présente pas assez de recul pour offrir une lumière complète sur son objet. Toutefois, la communauté scientifique n'a plus peur de faire part de quelques certitudes le concernant. Ainsi, répondant lui aussi au JDD ce dimanche, Arnaud Fontanet, épidémiologiste, associé à l'Institut Pasteur et membre du Conseil scientifique, n'a pas hésité: "C'est un variant moins virulent, avec moins de formes sévères du Covid-19 (que Delta, NDLR)." Même son de cloche pour le gouvernement:

"Les données anglaises publiées hier [vendredi, NDLR] le confirment: il y a trois fois moins de formes graves de la maladie avec Omicron qu’avec Delta", a par exemple lancé Olivier Véran auprès du même média.

Les "données britanniques" arrêtées au 31 décembre auxquels fait référence le ministre de la Santé se rapportent aux analyses conduites par l'Agence de sécurité sanitaire locale et le département de biostatistique de l'Université de Cambridge - détaillées ici. Celles-ci ont porté sur plus d'un million de patients: 528.176 touchés par le variant le plus récent, et 573.012 souffrant de son prédécesseur.

Moins d'hospitalisations

Leurs conclusions établissent en effet que le risque d'hospitalisation avec Omicron est le "tiers" de ce qu'il est avec Delta. L'agence de sécurité sanitaire britannique va plus loin: "Dans cette analyse, le risque d'hospitalisation est plus bas dans les cas Omicron pour les infections symptomatiques comme asymptomatiques après deux et trois doses de vaccin, avec une réduction de 81% du risque d'hospitalisation après la troisième dose comparé aux cas d'Omicron chez les non-vaccinés."

L'agence, relayée ici par Politico, note encore une diminution - selon une fourchette de 31 à 45% - du risque d'admissions en réanimation dans le cas d'Omicron par rapport à Delta.

Une sévérité moindre qui trouve des traductions très concrètes, comme le remarque Arnaud Fontanet: "Les médecins britanniques constatent que leurs patients Omicron ont moins souvent besoin de ventilation mécanique; les durées de séjour à l’hôpital sont plus courtes."

Il faut cette fois se reporter à la lecture des derniers éléments officiels livrée dans les médias britanniques pour corroborer cette vision. Ainsi, le Daily Mail a noté vendredi que "le nombre des patients atteints du Covid alités dans des lits à ventilation mécanique (avait) baissé au cours du dernier mois, de 931 au 30 novembre à 868 au 29 décembre".

Vers une immunité collective renforcée?

Autant d'observations qui autorisent l'épidémiologiste de l'Institut Pasteur à enfoncer le clou auprès du Journal du dimanche: "Il y a une diminution de la sévérité du virus, estimée aujourd’hui de 50 à 80% par rapport à Delta." Le spécialiste met en évidence le fait "qu’il infecte des personnes souvent déjà vaccinées et donc mieux protégées contre les formes graves".

Seconde bonne nouvelle - paradoxalement nourrie par sa vaste et inquiétante diffusion -, cette tendance se confirmera naturellement au fil des contaminations. "Omicron est tellement contagieux qu’il va toucher toutes les populations du monde. Il va entraîner une immunité renforcée on sera tous plus armés après son passage", croit ainsi savoir Olivier Véran.

Mais l'abaissement de la virulence d'Omicron n'est pas seulement conjoncturel. Il a aussi des racines plus directement médicales. "Plusieurs études menées par des équipes de chercheurs réputées viennent de montrer que le variant Omicron se multiplie moins bien dans les cellules pulmonaires", pointe Arnaud Fontanet.

Même moins grave, la transmissibilité supérieure d'Omicron comparé à Delta menace de mettre le pays sous tension. Et les cas contacts impliqués par les contaminations viennent encore redoubler le phénomène: car, en plus des nécessités des soins, plane le risque d'une perturbation des services et du monde du travail en raison du respect d'une période d'isolement. Mercredi, devant la Commission des Lois de l'Assemblée nationale, Olivier Véran avait estimé que "10% de la population" était désormais cas contact. Une évaluation qui pousse d'ailleurs l'exécutif à revoir son protocole en la matière.

Une contagiosité qui s'explique de mieux en mieux

Mais les zones d'ombre commencent également à se dissiper autour de la question de la contagiosité d'Omicron. "C’est vraisemblablement sa capacité d’échappement immunitaire davantage que sa contagiosité intrinsèque qui explique sa plus grande transmissibilité", explique Arnaud Fontanet, qui clarifie son expression:

"Du fait des nombreuses mutations sur sa protéine de surface appelée spicule (c'est-à-dire la pointe par laquelle le virus pénètre l'organisme, NDLR), Omicron contourne très efficacement la protection vaccinale ou celle conférée par une infection au Sars-CoV-2".

Est-ce à dire qu'à terme, Omicron serait plus résistant aux vaccins? Pas vraiment: cette aptitude à "s'échapper" irait plutôt dans le sens d'une multiplication des formes bénignes, selon l'expert qui ajoute: "La protection contre les formes sévères, qui dépend d'une autre composante de l'immunité, moins altérée par les mutations du virus, est très bien conservée, de l'ordre de 80-90% après une dose de rappel". Arnaud Fontanet a achevé en évoquant un dernier point encourageant:

"La durée d’incubation est plus courte, de l’ordre de trois jours au lieu de quatre à cinq avec Delta."
Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV