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"Demi-mesures", "assez intelligent": les soignants partagés après les annonces de Jean Castex

21 millions de Français seront confinés pour la troisième fois à partir de ce vendredi soir minuit.

Un an après le premier confinement généralisé de la population en raison du Covid-19, 21 millions de Français seront, à compter de ce vendredi minuit, reconfinés pour la troisième fois, a annoncé Jean Castex jeudi soir.

Une décision qui concerne 16 départements: ceux d'Île-de-France, des Hauts-de-France, ainsi que la Seine-Maritime, l'Eure et les Alpes-Maritimes. Cette mesure restera assortie d'un couvre-feu, repoussé à 19 heures sur l'ensemble du territoire national.

"On choisit encore une voix intermédiaire"

"La situation appelle des mesures beaucoup plus fortes", avait argué Jean Castex jeudi soir. Alors que le personnel soignant réclamait de nouvelles restrictions depuis plusieurs semaines, certains membres du corps médical ne cachent pas leur déception face aux annonces du Premier ministre.

"Dans les mesures, on choisit encore une voix intermédiaire. J'espère que ça va marcher, mais je n'en ai aucune certitude. On accumule les demi-mesures depuis novembre, ça c'est très clair", regrette au micro de BFMTV le Pr Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à l'hôpital Parisien de la Pitié-Salpêtrière.

Un premier couvre-feu national à 21 heures avait été décrété en octobre 2020, avant un reconfinement du territoire métropolitain en novembre, puis l'instauration d'un couvre-feu à 20 heures avant les fêtes de fin d'année, abaissé territorialement puis nationalement à 18 heures en janvier.

Jean-François Timsit, chef du service réanimation et des maladies infectieuses de l'hôpital Bichat, à Paris, affiche son scepticisme vis-à-vis de ces nouvelles annonces gouvernementales:

"C'est intéressant pour les jeunes qui vont pouvoir continuer à respirer dehors, par contre je ne suis pas sûr que vu la charge du virus à l'heure actuelle, ça soit suffisant pour enrayer l'épidémie. Donc il n'y a pas trop de perspectives pour moi", indique le médecin, qui se dit "assez inquiet sur le prochain mois sur ce qui va se passer en particulier à l'hôpital et en soins critiques".

"Désormais, on a un horizon"

Mathias Wargon, chef des urgences à l'hôpital Delafontaine de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) en appelle à la responsabilité et au civisme des Français et des entreprises:

"Si le confinement est vraiment respecté, s'il y a du télétravail, s'il n'y a pas trop de contacts entre amis, oui ce sera une bonne chose. On peut espérer que ce soit une bonne chose, mais s'il n'est pas respecté, ça ne changera pas grand-chose", estime le soignant sur BFMTV.

Dans les colonnes du Parisien, Karine Lacombe, la cheffe du service d'infectiologie de l'hôpital Saint-Antoine, à Paris, juge que la décision prise par l'exécutif était la "bonne".

"Elle est en adéquation avec la menace sanitaire. Pour autant, le gouvernement n'a pas choisi de faire un confinement dur, il a fait un compromis entre la nécessité de contrôler l'épidémie et l'acceptation sociale". À l'hôpital, "cela va être difficile, mais désormais on a un horizon!", ajoute-t-elle.

Une vue plutôt partagée par Jean-Michel Constantin, chef du service anesthésie-réanimation à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. "Si on se met sur un point de vue purement hospitalier, la cloche (un confinement dur, NDLR) aurait sûrement été plus intéressante, mais si on regarde sur un plan sanitaire, la santé mentale, tout le monde en a marre, si on met un peu d'économie, si on veut que ce soit respecté, je crois que le compromis est assez intelligent", a-t-il estimé ce vendredi sur France Inter.

Le confinement prendra effet pour une durée annoncée de quatre semaines, "au moins". Jeudi, la France a enregistré près de 35.000 nouveaux cas de Covid-19, rapporte Santé Publique France. Un chiffre qui pour la deuxième journée consécutive a dépassé la barre des 30.000.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV