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Le Covid-19 va-t-il plomber Noël? À l'approche des fêtes, les spécialistes s'inquiètent

La courbe des contaminations ne cesse d'augmenter, et l'entrée dans l'hiver fait redouter aux spécialistes une surenchère du nombre de personnes infectées par le Covid-19.

46 millions de Français sont désormais concernés par le couvre-feu: un ultime recours avant d'éventuels reconfinements locaux? À l’unisson, les professionnels de santé font part de leurs inquiétudes face à la flambée de l’épidémie qui pourrait s’avérer "pire que la première vague", a estimé ce vendredi matin sur RTL le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch.

Actuellement, la situation est "redoutable pour chacun d'entre nous", a-t-il lancé, affirmant appréhender l’arrivée du mois de novembre et l’ascension continue du nombre de cas. Une multiplication qui pourrait être encore aggravée par les rassemblements familiaux à l’occasion des fêtes de Noël. Comment ces festivités peuvent-elles se conjuguer avec l’épidémie de Covid-19? Leur tenue est-elle menacée?

"La situation est grave"

Tout se joue aujourd’hui, a prévenu le ministre de la Santé le 8 octobre dernier sur le plateau de BFMTV. Si Olivier Véran souhaite effectivement que "les Français puissent passer les fêtes de Noël en famille", il rappelle que cela dépend de la capacité des populations à respecter les règles en vigueur.

Gestes barrières, aération des pièces, port du masque même en famille… Déjà pour les vacances de la Toussaint qui ont débuté vendredi dernier, les recommandations sont strictes. Tout porte à croire que celles-ci perdureront pour les fêtes de Noël, si le Covid-19 ne les balaye d'ici là pas sur son passage. Et rien n’est moins sûr.

L'aggravation soudaine de l'épidémie et le couvre-feu décrété jeudi dans le Bas-Rhin ont déjà eu raison du marché de Noël de Strasbourg où, habituellement, deux millions de touristes viennent du monde entier admirer les illuminations et déambuler parmi les 300 chalets de bois. La maladie infectieuse est venue à bout d'une manifestation qui, de mémoire de Strasbourgeois, n'avait été suspendue que pendant la Seconde Guerre mondiale.

"La situation est grave", tranche ce vendredi matin sur BFMTV et RMC le professeur Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique et épidémiologiste qui prévoit encore un accroissement du nombre de contamination avec l’arrivée de l’hiver.

"On sait que le virus se transmet mieux quand il fait froid, comme les autres virus respiratoires. En hiver, on est plus souvent et plus nombreux en intérieur, c’est là qu’il se transmet. En milieu confiné, il faut porter un masque et ouvrir les fenêtres 5 à 10 mn toutes les heures", insiste-t-il.

De "nombreuses contraintes à venir"

Il prévoit "de nombreuses contraintes" à venir. "Dans la durée, il faut le voir comme un marathon: c’est une période où l'on doit tous se mobiliser pour essayer de diminuer la circulation du virus", soutient l’épidémiologiste. Dominique Costagliola, directrice de recherche à l'Institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique, n’est pas plus optimiste.

"Il y a des cas partout. Je suis très préoccupée par la situation, et je ne suis pas certaine que les mesures mises en place soient suffisantes pour contrôler l’épidémie", déplore la spécialiste.

Elle aussi n’a de cesse de rappeler la nécessité du respect des gestes barrières et "de diminuer les contacts que l’on a. Pour ça, le couvre-feu peut être efficace mais la situation est si grave que je ne sais pas si cela suffira", lâche-t-elle, ne laissant rien présager de bon pour les fêtes de fin d’année.

Et d’ajouter: "Notre seule ressource pour diminuer les contacts c’est le confinement, je ne vois pas ce qui nous reste d’autre."

Dans le même temps, le nombre d’admissions dans les hôpitaux ne cesse d’augmenter. "63% des lits en Île-de-France sont occupés par des patients covid, et ça pourrait être 100% début novembre", présage Gilles Pialoux, chef du service de l'unité des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon, alors que plus de 41.000 nouveaux cas ont été enregistrés jeudi, un triste record national.

"Personne ne peut prédire ce qui va arriver dans les trois prochaines semaines mais ça risque d’être très compliqué", abonde le professeur Christophe Rapp, consultant santé BFMTV et spécialiste des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital américain de Paris.

Plusieurs scénarios envisagés

Il déplore "une mauvaise perception du risque de la part d’une certaine frange de la population", notamment chez les 20-30 ans. Alors, le couvre-feu va-t-il permettre de freiner les contaminations et ainsi offrir de meilleures perspectives pour les fêtes de Noël?

Jean-François Timsit, chef du service réanimation à l’hôpital Bichat se dit "sceptique" au vu du "nombre de personnes en terrasse entre 18h00 et 21h00. C’est assez inquiétant, j’ai peur des conséquences".

"Si nous ne réussissons pas à juguler l’épidémie, nous devrons envisager des mesures beaucoup plus dures", a indiqué jeudi le Premier ministre Jean Castex qui précise plancher sur plusieurs scénarios pour les mois à venir. Couvre-feu avancé? Reconfinements locaux, par catégorie de personnes ou confinement général? Plusieurs possibilités sont à l’étude.

La piste d'un reconfinement préventif

En Europe, l'Irlande a déjà choisi de reconfiner la population pour sauver les fêtes de fin d'année. "Si nous unissons nos efforts pendant les six prochaines semaines, nous aurons l’occasion de célébrer Noël correctement", a plaidé le Premier ministre Micheál Martin avant l'entrée en vigueur de la mesure.

Dans une tribune publiée fin septembre dans Le Monde, les deux prix Nobel d'économie 2019, la Franco-Américaine Esther Duflo et son mari Abhijt Banerjee, plaidaient déjà pour un reconfinement national préventif pendant la période de l'Avent, du 1er au 20 décembre. "Le coût pour l’économie serait important, mais moins que d’avoir à annuler Noël", assuraient-ils.

Faudra-t-il en arriver là? Le 8 octobre, Olivier Véran a assuré avoir l'espoir "que nos pratiques au quotidien évoluent suffisamment pour que nous puissions faire reculer le virus dans la durée. Nous l'avons déjà fait, nous pouvons le refaire avec des moyens moins forts et moins violents que ceux appliqués au printemps dernier".

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV