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Reconfiner pour sauver Noël? En Europe, de plus en plus de voix le suggèrent

Des décorations dans un sapin de Noël (photo d'illustration)

Des décorations dans un sapin de Noël (photo d'illustration) - Joël Saget

Plusieurs économistes et responsables politiques estiment que sauver Noël est une nécessité absolue, quitte à reconfiner la population de manière temporaire.

"Si nous unissons nos efforts pendant les six prochaines semaines, nous aurons l’occasion de célébrer Noël correctement." Lundi soir, alors qu’il annonçait le confinement de son pays pour les six prochaines semaines, le Premier ministre irlandais Micheál Martin égrenait les raisons justifiant cette nouvelle quarantaine. Parmi elles figurait en bonne position la sauvegarde des fêtes de fin d’année, extrêmement importantes dans ce pays fervent, à très large majorité catholique.

"Nous ferons de notre mieux"

Mais Micheál Martin n’est pas le seul responsable politique européen à faire montre de son inquiétude, à un peu plus de deux mois de l’échéance. Dans une vidéo publiée la semaine passée, la chancelière allemande Angela Merkel appelait à la responsabilité collective pour sauver Noël.

"Des mois difficiles se profilent devant nous. Comment sera notre hiver, comment sera Noël, tout cela sera décidé ces prochains jours et semaines, et ce sera décidé par notre comportement", avait-elle expliqué.

Lundi soir, c’est au tour du Premier ministre britannique Boris Johnson d’évoquer le sujet lors d’une conférence de presse organisée à Downing Street.

"Tout ce que je peux dire à des millions de personnes qui se posent la même question, c'est que nous ferons de notre mieux pour essayer de nous assurer que la vie redevienne la plus normale possible pour Noël", assurait-il.

Protéger l'économie

A l'image de la situation irlandaise, un sauvetage de Noël passe-t-il inévitablement par un reconfinement? En Allemagne et au Royaume-Uni, en raison de l'accélération de la circulation du SARS-CoV-2 sur ces territoires, de nouvelles restrictions ont été mises en place sans pour le moment imposer de quarantaine. En France, le ministre de la Santé Olivier Véran l'avait toutefois assuré, il n'y aurait pas de reconfinement préventif avant les fêtes de fin d'année.

Pour autant, de nombreuses voix se font entendre afin de procéder à un reconfinement, même court, ces prochaines semaines. En Belgique, les vacances de la Toussaint ont par exemple été rallongées de trois jours à cet effet, afin d'éviter un retour trop anticipé dans les salles de classe dans un pays où la maladie est de plus en plus vigoureuse.

Un prolongement pourtant pas suffisant pour l'économiste Eric Dor, directeur des études économiques et professeur à l’IESEG School of Management de Paris et Lille, qui estime dans un entretien à la RTBF qu'il est important d'endiguer rapidement la circulation du virus outre-Quiévrain.

"On n’aura pas d’autre choix qu’un confinement total du style de celui qu’on a connu au printemps, qui à ce moment-là s’étendrait évidemment jusqu’au mois de décembre. [....] Le mois de décembre est un mois particulièrement important pour le chiffre d’affaires du commerce, par exemple, ou de la restauration, des secteurs qui ont été tellement éprouvés", assure-t-il.

Pour ce dernier, épargner l'économie d'un reconfinement lors de ce moment-clé de l'année est indispensable à bien des égards.

"Il est indispensable que l’économie fonctionne pour générer les recettes fiscales qui permettent de financer les soins de santé ; toute la sécurité sociale, les retraites, les allocations chômage et les allocations aux handicapés."

Anticiper les achats de Noël

L'argument économique pourrait d'ailleurs être un argument décisif au cours de ces prochaines semaines. Dans sa réflexion, Eric Dor est rejoint par les prix Nobel d'économie 2019, Abhijit Banerjee et Esther Duflo, qui recommandaient un confinement du 1er au 20 décembre dans une tribune parue dans Le Monde fin septembre.

Dans cette dernière, la question de savoir comment éviter les interdictions de déplacements en fin d'année se pose. "Que faire pour éviter cela?", s'interrogent les deux spécialistes. "Décréter un confinement dans tout le territoire pour la période de l’Avent, disons du 1er au 20 décembre, en demandant aux familles de rester chez elles et de ne pas anticiper les vacances en se précipitant chez les grands-parents."

"Le coût pour l’économie serait important, mais moins que d’avoir à annuler Noël ou qu’un reconfinement dans des circonstances bien pires quinze jours plus tard", jugent les deux économistes.

Une injonction qui devrait nécessairement s'accompagner d'une anticipation des courses de fin d'année.

"Les achats de Noël pourraient être encouragés pendant le mois de novembre (en autorisant les ouvertures tardives, les soldes, etc.), et les magasins pourraient rester ouverts pour les commandes pendant le confinement."
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV