BFMTV

J'ARRÊTE LE SUCRE #9 - Pourquoi les produits light ne sont pas si light

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - Joël Saget-AFP

J'ARRÊTE LE SUCRE #9 - Moins de sucres avec un soda light? Moins de gras avec un yaourt allégé? Peut-être, mais il n'est pas certain que le bilan soit positif. Au contraire, ce serait même mauvais pour votre santé.

>> Cet article est l'épisode 9 de notre série "J'arrête le sucre"

Faut-il opter pour des chips, mayonnaise, fromage, soda, yaourt ou encore biscuit "light" si l'on souhaite perdre du poids, maîtriser sa glycémie, réduire son taux de mauvais cholestérol (LDL) ou tout simplement prendre soin de sa santé? Les rayons des supermarchés regorgent de ces produits promettant une version allégée en gras ou en sucre. Pourtant, ils sont loin de faire l'unanimité.

0,8% de matières grasses mais des édulcorants toxiques

Exemple avec un pot de crème au chocolat. Dans sa version classique, il contient du lait entier, de la crème, du chocolat, du sucre, des œufs frais, de la poudre de lait écrémé, de la poudre de cacao maigre et quatre aditifs. Au total, un de ces petits pots recèle 10g de gras et un total de trois sucres.

Du côté d'une marque qui a fait de l'allégé sa spécialité, l'emballage annonce 0,8% de matières grasses. Si l'on y regarde de plus près, ce dessert se compose de lait à 0,9%, chocolat en poudre, poudre de lait écrémé mais aussi d'amidon de maïs, amidon modifié de tapioca, lactose, fructose (ces quatre derniers étant du sucre), gélifiant, cacao maigre, arômes et cinq additifs. Dont de l'acésulfame K (E950), soupçonné d'être cancérigène et qui possède un pouvoir sucrant 100 à 200 fois plus élevé que le sucre de table. Un autre édulcorant intense artificiel est également présent: l'acide cyclamique (E952), 1000 à 1800 fois plus sucré que le sucre naturel et interdit aux États-Unis en raison de ses effets négatifs sur la cancérogenèse. Bilan: si un de ces pots contient certes à peine 1,3g de gras, il recèle l'équivalent de deux sucres ainsi que deux édulcorants soupçonnés d'être particulièrement toxiques. 

"Les produits allégés en gras n'ont pas lieu d'être"

Ce n'est en effet pas parce qu'un produit se présente comme moins gras qu'il est bon pour la santé. Comme l'explique pour BFMTV Stéfane Guilbaud, formateur en changement de comportements alimentaires et auteur de Je ne mange pas de produits industriels, lorsque le gras est éliminé, le produit n'a plus de tenue. "Du coup, les industriels doivent ajouter du sucre. Un produit déjà naturellement sucré le devient encore plus." Sans compter que, pour Magali Walkowicz, diététicienne et auteure du Compteur de glucides, "se priver de gras, c'est se priver d'acides gras essentiels", assure-t-elle à BFMTV.

"Les produits allégés en gras n'ont pas lieu d'être. En plus, ce qui est retiré est remplacé par du sucre, des édulcorants ou des additifs afin de conserver une texture. Quand on allège d'un côté, il faut bien ajouter de l'autre."

Un point de vue que partage Thomas Clouet, cuisinier et auteur de plusieurs livres de recettes. "Le gras, c'est un support de goût. Si vous l'enlevez, le produit est plus fade. La meilleure arme pour les industriels, c'est bien le sel et le sucre", pointe-t-il pour BFMTV.

Les édulcorant stimulateurs de la sensation de faim

Pas mieux pour les produits allégés en sucre qui contiennent des édulcorants, très peu caloriques voire pas du tout, et recommandés aux diabétiques. Exemple avec une tablette de chocolat noir à 70% contenant seulement 2% de sucres. Lorsque l'on regarde la liste des ingrédients, il n'y a en effet pas de sucre. Mais du maltitol, un édulcorant. Ce dernier arrive même en deuxième position, juste après la pâte de cacao. Ce qui en fait le deuxième ingrédient le plus présent. S'il y a donc bien moins de 0,4g de sucre pour 100g, cette tablette compte 28,5g de polyols, représentant près d'un tiers du produit.

Les édulcorants, particulièrement présents dans les sodas light, n'ont pourtant prouvé aucune efficacité pour perdre du poids. Ce que confirme l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses): il n'y a "aucun bénéfice" à consommer des édulcorants intenses dans le cadre d'un contrôle du poids, de la glycémie ou du diabète de type 2. L'Anses ajoute: "il n'existe pas d'élément probant permettant d'encourager, dans le cadre d'’une politique de santé publique, la substitution des sucres par des édulcorants intenses". Pire, le risque de diabète augmente en les consommant.

En réalité, un édulcorant agit comme un stimulateur de la sensation de faim et de l'envie de sucré, sorte de leurre pour le cerveau. Mais pour le corps, le compte n'y est pas. Ce qui provoque une consommation supérieure au repas suivant.

"Aucun effet sur le contrôle du poids"

"Qu'il soit naturel ou de synthèse, son goût sucré envoie un message trompeur. L'organisme s'attend à une arrivée de sucre qui n'arrive jamais. Cela a pour conséquence de perturber le métabolisme de la glycémie. Le corps réclame ce sucre, engendrant une sensation de faim permanente, l'addiction aux glucides, le grignotage et, finalement, la prise de poids avec l'épuisement de la machine pancréatique", dénonce pour BFMTV Marion Thelliez, naturopathe et auteure de Je me libère du sucre. Une analyse que partage Anthony Berthou, nutritionniste spécialisé en micronutrition.

"Les édulcorants ont des effets délétères sur le long terme, regrette-t-il pour BFMTV. Ils n'ont aucun effet sur le contrôle du poids. Et en plus d'une modification du microbiote, ils ont une part de responsabilité dans les problèmes d'insulinorésistance."

Anthony Berthou ne fait aucune différence entre édulcorants de synthèse -comme l'aspartame, l'acésulfame K, la saccharine- et naturels -de la stévia au sirop d'agave- qui "maintiennent une dépendance au goût sucré". Et se dit partisan d'un détachement à cette saveur "plutôt que de rechercher à tout prix un ersatz de sucre".

Nash ou "maladie du soda"

Sur le cas du sirop d'agave, ce dernier se compose majoritairement de fructose, métabolisé par le foie. Or, consommé en dehors des fruits, il est en partie responsable de la stéatose hépatique non-alcoolique (nash) ou "la maladie du soda".

En France, 10% de la population est concernée par cette maladie, soit six millions de personnes. Elle se caractérise par une inflammation du foie et peut évoluer vers un cancer, sans aucun lien avec la consommation d'alcool.

"Le travail du foie est le même pour métaboliser une canette de soda (qui contient du fructose mais pas d'alcool) et une canette de bière (qui contient de l'alcool mais pas de fructose), détaille Marion Thelliez dans son livre. Trop de fructose concentré entraîne des problématiques de triglycérides et de stéatose hépatique: notre foie devient gras, comme celui d'un alcoolique ou d'une oie gavée."

Impossible de connaître le dosage

Autre problème: impossible de savoir quelle est la proportion d'édulcorants dans ces produits, n'étant pas spécifiée sur les étiquettes. L'Autorité européenne de sécurité des aliments évalue la dose journalière admissible à 40 mg/kg de poids corporel et par jour. Mais pour une personne qui en consommerait à tous les repas y compris dans ses boissons avec les sodas, pourrait-il dépasser cette dose?

Pour Mégane Ghorbani, responsable de campagnes chez Foodwatch, une ONG de défense des consommateurs, les informations obligatoires présentes sur les étiquettes sont actuellement "très insuffisantes pour garantir la transparence". Et dénonce pour BFMTV une certaine opacité.

"Les fabricants ne sont pas obligés d'indiquer les quantités d'édulcorants dans la liste d'ingrédients si ces ingrédients ne sont pas vantés à l'avant de l'emballage. On ne peut que s'appuyer sur l'ordre dans lequel ils sont présentés dans la liste pour estimer leur quantité. Les consommateurs et consommatrices n'ont donc pas vraiment accès à l'information."

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois Journaliste BFMTV