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"Il y a un sujet AstraZeneca": l'exécutif s'inquiète du peu de succès de ce vaccin

La Commission européenne envisage une action en justice contre le laboratoire suédo-britannique AstraZeneca qui n'a livré au premier trimestre que 30 millions de doses sur les 120 millions promises contractuellement

La Commission européenne envisage une action en justice contre le laboratoire suédo-britannique AstraZeneca qui n'a livré au premier trimestre que 30 millions de doses sur les 120 millions promises contractuellement - OLI SCARFF © 2019 AFP

"Nous progressons moins vite que ce que nous pourrions car AstraZeneca est insuffisamment utilisé" a déclaré le Premier ministre Jean Castex mardi devant des députés de la majorité.

Le vaccin AstraZeneca, l'un des quatre vaccins autorisés en France, peine à s'écouler au rythme voulu, au point de faire craindre des retards dans le calendrier du gouvernement. Pour l'heure, la cadence générale de la campagne de vaccination est tenue, après avoir franchi le cap des 10 millions de premières doses injectées mi-avril.

"Les 20 millions au 15 mai seront atteints", assure ainsi une source gouvernementale haut placée. "Mais si on n'écoule pas les doses d'AstraZeneca, on n'est pas certain d'atteindre les 30 millions au 15 juin", s'inquiète cette même source.

"Nous progressons moins vite que ce que nous pourrions"

"Nous progressons moins vite que ce que nous pourrions car AstraZeneca est insuffisamment utilisé. Il y a un sujet AstraZeneca", a déclaré le Premier ministre Jean Castex mardi matin devant les députés La République en marche, selon des participants à la réunion de groupe à BFMTV. "15 millions de nos concitoyens prioritaires n'ont pas encore reçu leur première injection, il faut aller les chercher en priorité".

Depuis plusieurs semaines, l'exécutif se débat pour déminer les peurs face au sérum du groupe anglo-suédois, dont les effets secondaires, pourtant bien rares, ont conduit les autorités de santé, après une brève suspension, à en limiter l'usage aux plus de 55 ans.

"On se rend compte qu'un certain nombre de nos voisins, notamment l'Allemagne et l'Espagne, injectent de manière massive AstraZeneca, alors que nous, le creux de la vague qu'on a eu ces dernières semaines, a quand même ralenti la consommation quotidienne de ce vaccin", souligne le cabinet du ministre de la Santé.

"Il y a quand même un petit frémissement positif sur la confiance", veut encore croire la même source, en se référant à la "dynamique de commandes" des professionnels de santé qui traduit une demande de leurs patientèles.

Des millions de doses sur les bras?

Selon des chiffres du ministère de la Santé arrêtés dimanche, seulement 75% des doses AstraZeneca reçues ont été injectées, contre plus de 90% pour le vaccin Pfizer. Au 2 mai, 5,2 millions de doses d'AstraZeneca avaient ainsi été livrées pour un peu plus de 3,9 millions de doses injectées.

À cette date donc, plus d'un million de doses patientaient dans les frigos des médecins et pharmaciens, avant d'en recevoir en ce début de semaine deux millions supplémentaires.

L'exécutif craint au final de se retrouver avec des millions de doses d'AstraZeneca commandées sur les bras, au point de saisir la Haute autorité de Santé pour étudier l'élargissement de la cible à d'éventuels volontaires pour ce sérum, quel que soit leur âge, et en signant une décharge.

Le spectre de l'encombrant surplus incite aussi le sommet de l'État à n'ouvrir que progressivement aux plus jeunes la campagne, en dépit de demandes pressantes de certains élus locaux. Car il s'agit d'éviter que les publics éligibles à l'AstraZeneca, c'est-à-dire les plus de 55 ans, se retrouvent en position de réclamer lors de la prise de rendez-vous les sérums disponibles pour leurs cadets, à commencer par le populaire Pfizer.

Une campagne de communication à venir?

Le gouvernement réfléchit donc à une nouvelle opération de communication qui devrait être lancée "dans les jours à venir", dit-on dans l'entourage du Premier ministre. Si Jean Castex espère toujours recevoir l'appui de stars pour faire la promotion des vaccins - le nom de la chanteuse Sheila avait circulé, avant que l'information ne soit démentie par la principale intéressée - il s'agirait cette fois plus classiquement de messages sur les réseaux sociaux et à la télévision notamment.

"Une réflexion est en cours pour, d'une part, maintenir l'intention vaccinale, notamment pour un public plus jeune, et d'autre part pour renforcer la confiance dans tous les vaccins", explique la même source.

Les communicants du gouvernement marchent cependant sur des oeufs car promouvoir nommément AstraZeneca, en particulier à la télévision, pourrait revenir à de la publicité, avec toutes les contraintes juridiques afférentes en matière de médicaments. Cette difficulté se double d'un autre défi: quels leviers actionner pour atténuer des réticences jugées "irrationnelles", alors que le vaccin est qualifié de fiable par les autorités scientifiques.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon avec AFP Journaliste BFMTV