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Fin de la gratuité des tests Covid-19: comment continuer à suivre l'évolution de l'épidémie?

Test PCR de dépistage du Covid-19 en août 2020 à Paris

Test PCR de dépistage du Covid-19 en août 2020 à Paris - ALAIN JOCARD © 2019 AFP

Les tests dits de "confort" deviennent, à partir de ce vendredi, payants en France, ce qui risque mécaniquement d'entraîner une chute du nombre de dépistages.

À partir de ce vendredi 15 octobre, sauf pour raison médicale, les dépistages pour le Covid-19 deviennent payants en France. Les tests dits de "confort", soit pour obtenir un pass valide ou pour voyager, ne seront donc plus gratuits pour les personnes majeures, et couteront au minimum 44 euros pour un PCR et 22 euros pour un antigénique.

Cette nouvelle mesure, outre les économies qu'elle doit permettre à la sécurité sociale, a également pour but de lancer une nouvelle vague de vaccination. Cela doit "encourager la vaccination, plutôt que la multiplication des tests", déclarait le président français Emmanuel Macron cet été. Pour les personnes vaccinées, le dépistage reste en effet gratuit.

Mais on peut s'attendre à ce que, avec des tests payants, moins de personnes se décident à en faire ce qui pourrait par conséquence brouiller le suivi de la circulation du Covid-19 en France.

"Les données épidémiologiques seront plus difficiles à interpréter"

"Les données épidémiologiques seront plus difficiles à interpréter dès mi-octobre avec la réduction du nombre de tests réalisés en raison de leur déremboursement", écrivait dans un avis du 6 octobre le Conseil Scientifique.

"Il y aura un impact, dans la mesure où sûrement moins de tests seront réalisés à cause du frein financier", abonde auprès de BFMTV.com Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses. On peut donc s'attendre à une "sous-estimation du nombre de personnes positives", explique-t-il, mais aussi à des résultats globaux biaisés, car "ceux qui iront désormais se faire tester seront cas contacts ou présenteront des symptômes du Covid-19", soit une population qui a plus de chances d'obtenir un test positif.

"Il va y avoir une période d’incertitudes au moins ou le R0 va se rapprocher ou dépasser 1" dans plusieurs régions, déclare à BFMTV.com l'épidémiologiste Dominique Costagliola. Ce chiffre est actuellement de 0,8. Toutefois selon elle, "après quelques semaines, on pourra à nouveau interpréter les tendances, mais en se rappelant que le nombre de cas détectés représentera sans doute durablement une fraction plus faible des cas infectés".

En région Auvergne-Rhône-Alpes, "on envisage une baisse prévisible de plus de 80% du nombre de tests dans nos centres, et c'est un peu dommage dans le sens où on va devenir aveugle par rapport à l'épidémie", déclare à France Bleu Olivier Vidon, président du groupe Oriade Noviale, qui représente 45 laboratoires d'analyse. Outre la détection de personnes positives, les tests permettent également de "faire du criblage et du séquençage, donc d'avoir un vrai suivi de l'épidémie et de pouvoir voir l'apparition de variants et d'anticiper les rebonds".

Les tests, un indicateur biaisé et fluctuant

Toutefois, ces biais de suivi de l'épidémie "existaient déjà avant", souligne Mircea Sofonea. Avant la mise en place du pass sanitaire, seule une partie de la population, soit cas contact soit symptomatique, allait en effet se faire dépister. Globalement, les chiffres concernant le dépistage ont beaucoup fluctué depuis leur mise en place, en fonction des restrictions, mais aussi des périodes.

"Depuis mars 2020, plus de 150 millions de tests ont été réalisés, dont 6 millions par semaine au mois d'août, en lien avec l'extension du pass sanitaire", écrit le site Service Public. Mais ce chiffre a depuis diminué, ainsi sur la semaine du 4 au 10 octobre, 3,2 millions de tests ont été réalisés en France. Et la première semaine de juillet (avant la mise en place du pass sanitaire) ce chiffre n'était que de 1,9 million.

"Le dépistage est un des moins bons indicateurs, il n'est pas représentatif et biaisé" pour surveiller l'épidémie de Covid-19, explique à BFMTV.com Philippe Amouyel professeur de santé publique au CHU de Lille.

"L’indicateur des tests n’a jamais été le meilleur ni le plus réactif, car il a beaucoup évolué depuis le début de l’épidémie", explique également à La Croix l’épidémiologiste Pascal Crépey. Entre le manque de tests par moment, et l'arrivée des autotests ou des antigéniques, "les raisons de se faire tester ont changé au fil du temps, et donc la signification de cet indicateur aussi".

D'autres indicateurs à surveiller

Pour observer la circulation du virus, "on ne s'est jamais reposé que sur les tests", explique Mircea Sofonea, même si cette donnée "reste informative".

Avec moins de tests, "il faudra suivre les données du réseau Obepine [qui mesure la circulation du virus dans les eaux usées], elles ne seront pas impactées pour suivre la circulation du virus au plus près", déclare Dominique Costagliola. Cette méthode, "permet de détecter à l'avance une montée ou une baisse épidémique, et c'est un indicateur non biaisé qui touche toute une population", abonde Philippe Amouyel.

Les chiffres des patients Covid-19 à l'hôpital, aux urgences comme en réanimation, sont également depuis l'arrivée du virus un signe de l'évolution épidémique, et de la gravité d'une vague. Jusque-là, les confinements et mises en place de restrictions supplémentaires ont d'ailleurs été corrélés à la surcharge de patients dans les hôpitaux.

La crainte de passer à côté de cas positifs

La crainte de ces épidémiologistes vise plutôt les personnes qui n'iront pas se faire tester en raison du coût du dépistage. Ainsi, si une personne non vaccinée a des symptômes et veut aller se faire tester gratuitement, elle doit par exemple présenter une prescription médicale, donc d'abord prendre rendez-vous chez un médecin. Pour Mircea Sofonea, ce système est une "source d'inquiétude", car il va retarder le moment du test, alors qu'une personne est contagieuse quand elle a des symptômes, "ce délai d'un ou deux jours peut être crucial".

D'autre part, l'obtention d'un pass sanitaire sur présentation d'un test négatif permettait de ratisser large dans la population, et d'identifier au passage des personnes positives qui s'ignoraient, par exemple parce qu'elles étaient asymptomatiques. Avec l'arrivée du froid, que l'on sait propice à la circulation des maladies infectieuses respiratoires, ces personnes supplémentaires qui sont contaminées, mais non diagnostiquées, peuvent inquiéter.

D'ici la fin de l'année 2021, "on peut s'attendre à une reprise de la circulation virale avec la baisse des températures, le regroupement des personnes en milieu clos qui l'accompagne, et la baisse progressive de l'efficacité vaccinale contre l'infection", écrit ainsi le Conseil scientifique dans son dernier avis.
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV