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Faut-il rendre le futur vaccin anti-Covid obligatoire? Le débat relancé

Image d'illustration - Vaccin contre la Covid-19

Image d'illustration - Vaccin contre la Covid-19 - AFP

Alors que l'espoir d'un vaccin anti-Covid renaît avec les dernières avancées des laboratoires Pfizer et BioNTech, la question d'une vaccination obligatoire en France se pose, mais se heurte à plusieurs limites.

Les groupes pharmaceutiques Pfizer et BioNTech ont annoncé lundi dans un communiqué, divulguant des résultats préliminaires, que leur candidat-vaccin était à 90% efficace contre le Covid-19. Même si ces résultats sont impressionnants et encourageants, ce produit pourrait ne pas être mis sur le marché avant plusieurs mois, s'il l'est un jour. Mais cette nouvelle a relancé la question de la vaccination obligatoire en France.

Ce mardi, le député européen écologiste Yannick Jadot s'est dit favorable à rendre le vaccin contre le Covid-19 obligatoire. "À partir du moment où le vaccin sera là, j'espère que tout le monde ira se faire vacciner," a-t-il declaré sur Franceinfo. "La vaccination obligatoire est évidemment une piste à envisager", a également avancé le député Les Républicains Aurélien Pradié sur Public Sénat.

"On est sur une méfiance qui est extrêmement forte"

Cependant, selon un sondage Ipsos, les Français sont très réticents à ce vaccin contre le Covid-19. "Il y a une défiance à l'égard de la vaccination, qui a toujours existé, mais qui là est particulièrement forte", explique ce mardi sur BFMTV Etienne Mercier, directeur du Pôle Opinion Ipsos. "On est sur une méfiance qui est extrêmement forte". Selon leur document, réalisé en octobre et publié jeudi dernier, seulement 54% des Français interrogés accepteraient à l’heure actuelle de se faire vacciner, il s'agit du taux le plus bas observé dans les 15 pays étudiés.

En France, 11 vaccins sont obligatoires depuis 2018, dont ceux pour la rubéole, la rougeole ou encore le tétanos. Les enfants doivent obligatoirement être vaccinés pour entrer dans des collectivités comme les crèches, les écoles ou les colonies de vacances. Les autres, comme celui pour la grippe, ne sont que recommandés, par exemple à certaines tranches de la population plus fragiles.

Or "si la France a des taux de couverture vaccinale meilleurs que les autres pays pour les vaccins obligatoires, en revanche ils sont très insuffisants pour la plupart des vaccins recommandés", explique le site du ministère de la Santé. D'où la proposition de rendre celui pour le Covid-19 obligatoire.

"Écouter le fait que certains puissent exprimer un doute"

"On peut comprendre cette circonspection et ce doute pour un nouveau vaccin, c'est quand même un vaccin pour une nouvelle maladie sur laquelle il n'y a pas de recul. Qu'il y ait une prudence, c'est plutôt du domaine du rationnel", déclare sur BFMTV Antoine Flahault, directeur de l'institut de santé global de l'université de Genève.

Il préconise d'entendre ces peurs, car selon lui, "les gens sont assez peu contre le vaccin anti-tétanos ou contre la poliomyélite. Quand il y a un nouveau vaccin il faut écouter le fait que certaines personnes puissent exprimer un doute". Lui propose que le vaccin "soit hautement recommandé comme on le fait par exemple avec le vaccin contre la grippe chez les personnes à risque. Ça serait tout à fait légitime, je ne suis pas sûr que l'on puisse aller beaucoup plus loin".

"Dans l'atmosphère où l'on est aujourd'hui, l'obligation entraînerait un profond mouvement de refus", déclare sur RTL le médecin et président de la Ligue contre le cancer Axel Kahn. "Il vaut mieux, pour obtenir un bon taux de couverture vaccinale, la conviction plutôt que l'obligation".

"Je ne suis pas favorable à l'obligation de la vaccination, en tout cas dans un premier temps car cela ne semble prématuré", explique dans Le Parisien le député LaRem Jean-François Eliaou, également médecin immunologiste. Selon lui, le facteur obligatoire ne devrait apparaître que dans un second temps, si trop peu de gens se font vacciner, "au moins pour certaines catégories de population".

Viser certaines catégories de la population

Dans tous les cas, il n'est pas certains que la France ait les capacités de vacciner toute sa population. "Je ne suis pas sûr qu'on ait très rapidement des stocks pour tout le monde", explique Antoine Flahault, "il faut laisser aussi un peu de vaccins aux autres".

Plutôt qu'une vaccination obligatoire pour tous, il faut plutôt, selon lui, se diriger vers un ciblage des individus à risque, qui ne vivent pas du tout la maladie de la même façon, et ne se retrouvent pas devant les mêmes dangers. À moins de 50 ans, le Covid-19 reste "très bénin, comme une infection respiratoire virale assez standard contre lesquelles souvent les gens ne se vaccinent pas", explique-t-il. Alors que "quand on a plus de 70 ou 80 ans, on est dans une maladie très grave", raison pour laquelle la vaccination devrait être plus fortement appuyée.

"Je pense qu'on mettra progressivement sur le marché ces vaccins en visant d'abord les populations pour qui on est certain d'un bon rapport bénéfice sur risque", déclare ce mardi sur BFMTV Yves Gaudin, virologue et directeur de recherches au CNRS Paris-Saclay, "c'est-à-dire les personnes âgées évidemment, les soignants, qui sont très exposés à la maladie". Il ne s'agira pas de vacciner "massivement par exemple des jeunes enfants qui eux ont quand même un risque très faible de développer une maladie sévère".

En cas de campagne vaccinale, la Haute Autorité de la Santé recommande en effet de viser en priorité le personnel soignant, les personnes âgées de plus de 65 ans et celles présentant des pathologies à risques.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV