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Vaccins contre la grippe: pourquoi cette pénurie ?

Alors que le gouvernement déclare une pénurie de vaccins dans 18 à 20% des pharmacies, l'Union syndicale des pharmaciens parle de 80% d'officines en rupture de stock.

Un gouffre entre les chiffres. Pour éviter l'engorgement des hôpitaux avec des malades de la grippe saisonnière, alors que des patients du Covid-19 occupent de plus en plus de lits, une grande campagne de vaccination a été lancée en France, et a remporté un large succès. Mais le gouvernement et les pharmaciens ont rapidement signalé des pénuries de vaccins, d'une ampleur très différente.

"Il y a 18% des pharmacies qui étaient à date en rupture de stock", a déclaré le ministre de la Santé Olivier Véran mardi matin sur RTL. "Beaucoup se font réapprovisionner, donc nous allons continuer cette campagne de vaccination grippale, jusqu'au mois de décembre, et nous ferons plus de vaccins que les années précédentes. C'est une bonne nouvelle".

L'Union syndicale des pharmaciens d'officine (USPO) avance de son côté un chiffre de pénurie bien plus élevé, et présente une situation bien plus dramatique. "Des doses vont encore arriver, mais aujourd'hui, entre 80 et 90% des pharmaciens n'ont plus de stock, ils ne peuvent plus vacciner", déclarait le week-end dernier Pierre-Olivier Variot le vice-Président de l’USPO Région Bourgogne-Franche Comté, lors d'une visioconférence de l'USPO.

Pourquoi une telle pénurie?

Deux facteurs entrainent cette année une telle pénurie. D'une part, avec la situation sanitaire actuelle, deux fois plus de personnes ont décidé de se faire vacciner. "On a vacciné en l'espace de quelques jours plus de Français que ce qu'on vaccine habituellement en plus d'un mois", explique sur RTL Olivier Véran.

D'autre part, les laboratoires n'ont pas fourni les vaccins en temps et en heure, choisissant d'étaler les livraisons. "On n'arrive pas à comprendre pourquoi les laboratoires cette année ont décidé de nous livrer en octobre, en novembre voire en décembre, des quantités de vaccins qui normalement devraient déjà être à disposition des pharmaciens", explique à BFMTV Gilles Bonnefond, président de l’USPO.

Résultat, même les personnes actuellement prioritaires pour se faire vacciner ne peuvent, dans certains endroits, pas recevoir de dose de vaccin. "La pharmacie où je vais, elle est en rupture depuis une semaine. J'ai rendez-vous avec mon médecin, j'aimerais amener la piqûre mais bon...", explique à BFMTV Morka, âgé de 66 ans, personne prioritaire pour la vaccination.

20% de doses en plus par rapport à 2019?

Cette année, les pharmaciens espéraient que les laboratoires mettent sur le marché français 20% de doses en plus par rapport à l’année dernière. "L'an dernier à peu près 11 millions de doses ont été dispensées par les pharmacies aux patients, et on nous avait promis cette année 20% de doses supplémentaires", explique Pierre-Olivier Variot.

"L'industrie a mis 20% de doses en plus, mais par rapport aux doses qu'elle avait prévu de nous donner", et qui avaient été revues à la baisse selon lui. "On n'aura pas les 15 millions qui étaient prévues, mais de l'ordre de 13 millions de doses à distribuer à nos patients", déclare le représentant USPO.

BFMTV a contacté les deux laboratoires en France qui fabriquent les vaccins contre la grippe saisonnière. Mylan n’a pas donné suite.

Sanofi confirme de son côté qu'il a "livré, et livrera encore, en temps prévu, l’intégralité des volumes commandés, selon l’échéancier convenu, ainsi que les grossistes". Le laboratoire assure également avoir cette année "décidé de son propre chef de porter la production à la limite de ses capacités et à produire +20 à +25% de vaccins en plus que l’année précédente".

Un "délai incompressible"

Mais il ajoute que "la production du vaccin grippe est une course contre la montre: le délai de 6 à 7 mois, entre le mois de février/mars et septembre, est incompressible. Il n’est pas possible de lancer une nouvelle production pour la même campagne de vaccination".

Le gouvernement est actuellement en train de chercher 3 millions de doses manquantes sur le marché européen, mais elles ne seront pas disponibles avant décembre.

Amélie Rosique, Rym Bey, Juan Palencia, avec Salomé Vincendon