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Efficacité, délai de protection: ce que disent les études scientifiques sur la 3e dose de vaccin

Un soignant prépare un vaccin contre le Covid-19 à Francfort, le 23 novembre 2021

Un soignant prépare un vaccin contre le Covid-19 à Francfort, le 23 novembre 2021 - Thomas Lohnes © 2019 AFP

Le gouvernement a donc arrêté sa décision. Pour faire face au renforcement de la menace représentée par le Covid-19, il a choisi d'étendre la campagne de rappel du vaccin à l'ensemble de la population et de réduire les délais entre les doses. Un choix qui suit la voix des experts et va dans le sens des études scientifiques parues ces dernières semaines, comme BFMTV.com le constate ce jeudi.

Un Conseil de défense sanitaire mercredi, puis une consultation des formations politiques et voilà la décision arrêtée ce jeudi. Tandis que l'épidémie de Covid-19 repart en flèche dans le pays, le gouvernement a choisi d'étendre la campagne de rappel du vaccin, initiée dès le 1er septembre auprès des plus âgés et des plus vulnérables.

Cette fois, la "troisième" dose (les guillemets rappelant que les personnes immunodéprimées dépassent ce chiffre) sera accessible à tous les adultes et ce, cinq mois après la deuxième injection au lieu des six mois observés jusqu'ici.

Si la réflexion de l'exécutif a nécessairement pris en compte l'état de l'opinion publique et si des arbitrages politiques sont intervenus dans ce processus, celui-ci suit avant tout l'avis des experts et les conclusions de la littérature scientifique sur le sujet. Les études indiquent en effet tout à la fois le déclin de l'efficacité des deux piqûres au fil des mois et le bénéfice médical représenté par l'administration d'une dose supplémentaire.

• Avec le temps, l'efficacité de la deuxième dose diminue

Les autorités - politiques comme sanitaires - ne cessent de le dire. Certes, le vaccin est le meilleur rempart contre le Covid-19 mais la double dose ne suffit pas à protéger au-delà de quelques mois. Son efficacité décroît avec le temps. Ainsi, une personne refusant le rappel s'exposera à voir sa protection contre le fléau s'éroder. L'affirmation peut paraître abstraite voire péremptoire. Il n'en est rien. Deux travaux scientifiques récents viennent ainsi d'établir le phénomène, chiffres à l'appui.

Une étude conduite par les chercheurs de l'Université britannique d'Oxford auprès de 700.000 patients environ entre décembre 2020 et août dernier - date à laquelle elle a commencé à circuler avant son approbation par les pairs - a mesuré le déclin de la pertinence de la double dose de Pfizer et AstraZeneca (alors même que l'Université d'Oxford a collaboré à l'élaboration du second) face au variant Delta du Covid-19.

Les scientifiques ont d'abord noté qu'un mois après sa deuxième injection de Pfizer/BioNTech, un individu donné était protégé à 90% contre le variant. Au bout de deux mois, il l'était encore à 85%. Et cette lente mais inexorable chute continue ensuite. Après un intervalle de trois mois, l'efficacité de Pfizer tombe à 78%.

Dans le cas d'AstraZeneca, la trajectoire est à la fois moins impressionnante mais similaire. Un mois après la deuxième dose, le produit suédo-britannique offre une protection de 67% face à Delta. C'est encore 65% à deux mois, puis 61% en fin de trimestre, après quoi la statistique rejoint la courbe pfizérienne.

Des chercheurs affiliés à l'université californienne George Mason ont eux aussi adopté une approche différenciée en fonction des trois vaccins (Pfizer, Moderna et l'injection unique Johnson & Johnson) autorisés aux Etats-Unis et ce, sur une plus longue période: six mois. Leurs conclusions, publiées le 4 novembre dernier dans la revue spécialisée Science, sont plus éloquentes encore.

Nourries par les remontées en provenance d'un panel de 800.000 vétérans de l'armée américaine doublement vaccinés, elles corroborent la péremption des vaccins à une ou deux doses.

Ainsi, il apparaît que si en mars, le groupe ayant reçu sa deuxième injection de Moderna jouissait d'une protection efficace à 89% contre le virus, celle-ci était ramenée à 58% fin septembre. La décrue est plus rude encore en ce qui concerne le vaccin de Pfizer/BioNTech. En effet en mars, son efficacité était mesurée à 87%. Six mois plus tard à 45%.

Enfin, le dosage unique de Johnson & Johnson passe encore moins bien l'épreuve du temps. Ce laps de six mois suffit à réduire son efficacité face au Covid-19 de 86% initialement à... 13%.

• Protection accrue: la dose de rappel a déjà fait ses preuves

C'est entendu donc: au fil des mois, les vaccins perdent de leur efficacité. Mais qu'apporte le rappel? Est-il tellement efficace?

Une étude israélienne, publiée le 29 octobre dernier dans The Lancet, plaide solidement en faveur des vertus de la troisième dose. Pour ce faire, les scientifiques de l'Institut Clalit, appuyés par l'Ecole de médecine de Harvard, ont opposé deux groupes de nombre égal, chacun composé de 728.321 patients.

Dans le premier panel, les vaccinés à trois doses (avec une semaine de recul), dans le second, ceux à deux inoculations (et ayant reçu leur deuxième dose au moins cinq mois auparavant). Puis, les auteurs de l'étude, menée entre le 30 juillet 2020 et le 23 septembre 2021, ont filtré leurs résultats à travers un triple tamis: les nombres d'hospitalisations, de cas graves et de morts respectifs. Le panorama obtenu est sans appel sous ces trois critères.

Au bout de cette période, on a relevé seulement 29 admissions à l'hôpital au sein du premier groupe contre 231 pour l'autre, soit une efficacité de 93%. Là où les bénéficiaires d'une dose de rappel n'ont enregistré que 17 cas sévères de Covid-19 dans leurs rangs, pour une efficacité jaugée ici à 92%, les doubles vaccinés en ont déploré 157. Enfin, on a constaté sept morts malgré le rappel, pour une protection de 81% donc, contre 44 dans l'autre panel.

• Rappel: des effets immédiats

La campagne de rappel présente un dernier avantage d'après les scientifiques: la protection qu'elle offre est très rapidement optimale. C'est en tout cas ce qu'ont affirmé récemment les autorités sanitaires de notre pays. Alors que la deuxième dose a généralement besoin de deux semaines pour achever sa montée en puissance, les effets de la troisième dose sont presque instantanés.

Ce mercredi, sur notre plateau, Alain Ducardonnet, consultant de BFMTV pour les questions de santé, a développé: "Les taux d'anticorps remontent en trois jours et le bénéfice clinique, c'est-à-dire les diminutions en hospitalisations et réanimations, c'est une semaine à huit jours." Et le 17 novembre, Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, a assuré auprès de LCI: "Quand on reçoit un rappel, il est efficace 48 heures plus tard. Il y a un boost de l'immunité qui est immédiat."

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV